Leçon d’histoire/géo: la quarantaine

Jamais un mot n’a su réunir l’espace et le temps en un seul carrefour comme le fait la « quarantaine ». Et, ce, depuis des millénaires, autant que la mémoire de l’humanité en a gardé traces. A la fois polysémique et ambigu, le substantif « quarantaine » nous plonge dans la perplexité sémantique et dans l’effroi civilisationnel.

En effet, ce vocable qui donne froid dans le dos, construit comme un scalpel physico-social pour trancher, dans un élan schismatique, l’objet qu’on lui soumet sous le nez, a, in fine, réussi à réunir à chaque fois, et paradoxalement, deux notions sur lesquelles est bâtie notre civilisation : l’histoire et la géographie.

Depuis que l’humain s’est pris au jeu du docteur et de l’infirmière, on ne sait comment sinon par sérendipité, il a su trouver ce procéder qui, selon le Larousse en ligne, consiste à « imposer un isolement provisoire de durée variable aux personnes, aux navires ou aux animaux et aux marchandises provenant d’un pays infecté par une maladie contagieuse.» Pour ceux qui veulent garder leur sérieux, je leur recommande la lecture enrichissante de l’entrée « Quarantaine » sur Wikipédia, la seule encyclopédie qui vous veut du bien.

Mais, rassurez-vous, Bururu se propose de démêler, devant vous, l’épineuse question de ce mot écrit en fil barbelé. Ce qui n’a pas empêché les sens de sautiller par-delà les murets comme des cabris refusant de rester dans l’enclos en bois et cédant à l’appel des grands espaces.

L’espace et le temps

A présent qu’on a compris que la quarantaine vise à séparer un élément de son ensemble d’origine pour que celui-là ne contamine pas celui-ci, nous pouvons aisément noter que la découverte de cette méthode, à la limite de l’embastillement, a eu ceci de particulier :

-         Elle repose sur le temps (l’histoire) puisque cette séparation est souvent réalisée avec un compte à rebours de l’ordre de 40 jours ;

-         Elle consiste à convoquer l’espace (la géographie) puisque on essaie de mettre le mis en quarantaine le plus loin physiquement de ses congénères.

Nous voyons, donc, que la quarantaine avance sur ses deux pieds (l’histoire et la géographie) pour empêcher que la civilisation ne stationne à la case « pandémie » pour de bon. Et nul territoire et nul siècle n’ont été épargnés par l’une et l’autre.

Partout et de de tout temps, des individus et des populations, soupçonnés de porter les germes d’une quelconque maladie infectieuse (biologique ou culturelle), ont été confinés dans des sanctuaires ad-hoc ou dont ce fut la vocation, avec pour consigne de ne point se mêler au reste de la communauté. Les espaces d’isolement étaient au choix : des îles perdues, des terrains vagues, des massifs boisés, des fermes réquisitionnées, des friches industrielles ouvertes aux quatre vents, des bâtiments sanitaires et même des hospices religieux.

Quarante jours, ça dure combien déjà ?     

Jusque-là, tout le monde est d’accord que mettre en quarantaine quelqu’un ou quelque chose (faune et flore), c’est le confiner quelque part pour un temps. Mais si les origines de ce procédé sanitaire nous replonge dans l’antiquité et l’époque médiévale, il (le procédé) n’en demeure pas moins qu’il porte encore des consonances mystico-religieuses qui troublent notre enquête et rendent nos calculs approximatifs.

La tradition rappelle que le jeûne (une forme spirituelle et physique d’isolement) durait quarante jours, la traversée du désert (quête spirituelle en forme d’isolement) durait, elle aussi, 40 jours et même les voleurs d’Ali Baba dans les Mille est une nuits, étaient 40 !

A la foi de ce qui précède, nous sommes portés à croire que la quarantaine, comme son nom l’indique, devait durer 40 jours, pas une nuit de plus, car, en la matière, pas moyen de cumuler des points fidélité comme le propose la plupart des grandes chaines hôtelières. Mais l’histoire et la géographie nous démontrent que cette notion est à géométrie variable.

Par des glissements successifs et par la nécessité de rendre flexible la démarche médicale et la pensée de l’Homme, ces quarante jours deviennent, au bon gré du prescripteur ou de celui qui détient le pouvoir de police entre ses mains, 60 jours, un mois et même deux semaines !

L’empire des sens

Au moment où ces lignes s’écrivent, un pays est arrivé à compresser ces 40 jours dans une semaine dans une sorte de réduction spatio-temporaire. Cela rappelle la théorie de la relativité qui promet de remplir la tête d’une épingle par ce que le cosmos contient comme matière.

Question 01 : celui qui tient l’épingle entre ses doigts fait-il parti du cosmos ou est-il un figurant bien rémunéré ?

Question 02 : l’épingle, à son tour, est-elle incluse dans le cosmos ?

Question 03: une fois la réduction faite, que doit-on faire de cette épingle ?

Bref, vous l’auriez compris, il n’y a pas que la quarantaine qui pose problème.

Pour revenir au sens des mots et à l’empire que ceux-ci exercent sur nos pensées et, donc, nos cultures, rappelons que la quarantaine, en plus d’être une plante à la fleur vivace et une quantité de chose avoisinant quarante unités, elle délimite l’âge où l’humain connaît une véritable dépression et une crise existentielle se manifestant par une radicale remise en cause de son CV intime. Cette crise peut durer de quelques mois à quelques années, selon les témoignages et les constats.

Pour finir, disons que la maladie infectieuse n’est pas le seul motif d’une quarantaine ! Pour cela, faisons confiance à l’humain qui, dans son grand génie, a créé les bagnes, les asiles, les prisons, les camps et les cachots où il confine ce qu’il n’a pas su prévenir ou soigner.

Généreux par nature, il a même créé les zoos, les niches et les cages pour faire gouter aux animaux les joies de la captivité.

Abdenour BOUHIREB



Pseudonymes de tous les pays démasquez-vous !

Pas question de se faire gronder par le garde champêtre en charge de tout ce qui touche aux canards à plumes. Il parait qu’il a piqué une de ces colères si noires que le ciel s’est obscurci, intimant l’ordre à tous les pseudonymes de la presse de se démasquer, toute affaire cessante.

Non ! Pas se démasquer au sens de retirer la protection qu’on porte sur le visage contre la COVID-19 par ces temps de pandémie, mais de ne plus signer leurs papiers avec des identifiants d’emprunts, factices ou des initiales, voire sans signature du tout, style dépêche d’agence de presse.

Il veut savoir qui a écrit quoi en prenant son café matinal sans à voir à le demander aux limiers de sa majesté qui, eux, ont le devoir de garder leur noms d’artistes en toute circonstance, ni de devoir renvoyer l’ascenseur à un délateur attitré, plumitif larbin qui épie et balance ses confrères. Le garde champêtre n’a jamais recours à ce type de larrons car il n’est ni trappeur ni braconnier.

Appelez-moi Bururu !

Que cela soit précisé dès à présent : Le Bururu qui sévit dans ces chroniques porte bel et bien ce nom. Tout le monde l’appelle ainsi et pas autrement. Il n’a ni nom ni prénom mais juste cet alias. Il n’a pas la chance de s’appeler Bururu le hibou, ou Bururu la chouette, comme on appellerait Shaun le mouton ou Willy l’ourson.

Hélas, il s’est retrouvé dans ces chroniques sans jamais avoir passé la moindre des castings ou des auditions (pour le métier d’acteur et pas celles des juge d’instruction ou de la police judiciaire).

Encore, il n’est ni journaliste, ni reporter ni envoyé spécial d’aucun organe de presse. Son métier c’est insomniaque noctambule chronique pour lequel il ne perçoit aucun salaire ni émolument, contrairement au vrai journaliste qui, lui, ne vit que des revenus exclusifs de son métier de rédacteur. Qu’il soit détenteur d’une carte de presse établie par l’Etat ou d’un compte Facebook seulement, cela importe peu. L’essentiel est qu’il ne vive que de son activité consistant à récolter l’information, la vérifier et la diffuser. Le reste n’est que question d’organisation dans des formes que la corporation décide de se donner.

Si vous retirez à Bururu toutes ses plumes à la recherche du moindre indice qui trahirait son passé de journaliste anonyme, vous en serez déçu. Il paraitra nu comme un ver : ni tatouage artistique véhément hérité de ses années anarchistes, ni cicatrices témoignant de ses hauts faits d’armes de maoïste révolutionnaire. Rien ! Juste un Bururu à la chair de poule, transi en cet été finissant.

« Pseudonymat » et pseudo-journalisme

Puis, quelle mouche aurait piqué notre garde champêtre national pour qu’il exigeât l’arrêt de recourir, par lubie ou scrupule, aux pseudonymes ? C’est pourtant un usage admis dans tous les pays qui ne sont pas des dictatures militaires ou des théocraties obscures, dans le monde des médias comme dans celui des Arts et des Lettres.

On ne va pas faire injure au lecteur d’en donner, ici, des illustrations. Wikipédia et les fiches des RG regorgent d’exemples de plumes aimant à se voiler dans des alias très recherchés et que tout le monde finissait par déchiffrer et reconnaître.

Les noms d’oiseaux ne sont pas du ressort du garde champêtre mais de celui des ornithologues passionnés. Lui, il est là pour appliquer la loi contre les contrevenants et protéger l’écosystème, véritable pourvoyeur de vie à tous les échelons de la chaine alimentaire.

Pour l’heure, on ne sache pas que l’utilisation d’un pseudonyme soit un délit. Quant à la responsabilité du rédacteur devant la justice, elle reste entière avec ou sans anonymat, celle de son directeur de publication aussi. La justice a tout pouvoir pour querir le journaliste faussaire et lui mettre le bec dans l’écuelle de ses errements professionnels.

Et si cela ne convient pas au prince, on n’a qu’à faire changer la loi.

Moraliser un métier ou une profession doit rester l’affaire des professionnels eux-mêmes et non leur tomber du ciel comme une météorite qui, cette fois-ci, déciderait d’en finir avec les canards. La corporation visée a besoin d’un libre accès aux sources de l’information publique, d’un statut qui lui garantit sa dignité, d’aides pour une libre entreprise et une formation continue de qualité, d’une éducation large du public/lecteur sur l’importance vitale des médias dans une démocratie, de leviers pour organiser la déontologie et l’éthique en son sein et d’une justice prenant le relais à chacune de ses révélations sur la gestion des affaires publiques.

La presse devra, surtout, être prémunie des accointances avec le monde des affaires, des chapelles politiques et idéologiques, des menaces du crime organisé, des diktats divers et variés, de l’omerta, de la censure et de l’autocensure. Ce qui est loin d’être le cas même dans les pays les plus développés, vue la portée quasi-naturelle du bipède à vouloir tout piétiner, imposant sa volonté crasse.

L’ambulance et le reporter blessé

Il est vrai que, entre pouvoirs publics et journalistes, il semble s’être instaurée une relation dialectique. Mais s’ils doivent se faire la guerre, autant clarifier les règles d’engagement dans ce conflit asymétrique à plus d’un titre: On ne tire pas sur une ambulance, surtout si celle-ci transporte un reporter blessé.

Quitte à vouloir organiser verticalement le métier, commençons par le secteur public pour sa valeur test et ses effets pédagogiques et sa dépendance hiérarchique du garde champêtre. Doit-on rappeler que le sacerdoce de toute plume, ce n’est pas de signer ou pas en bas de la feuille mais de vérifier la véracité de l’information qu’on s’apprête à balancer?

En ce sens, le dernier épisode, qui mit en cause l’agence de presse officielle, fut édifiant. Celle-ci a diffusé une information traitant de la situation des droits de l’Homme dans le pays. Une sorte de cake-news dont on raffole en haut-lieu. Cette information s’avéra fausse du point de vue de l’organisation onusienne impliquée par le sujet de la dépêche en question. Elle l’a démentie tout en demandant que rectification soit faite.

En l’espèce, et sans aller jusqu’à judiciariser les choses, le démenti, la mise au point, le mea-culpa et le rectificatif en bonne et due forme restent des moyens civilisés et pacifiés pour réparer un tant soit peu les contrecoups du journalisme.

Car, à la longue, comme le dit Bururu, l’intox devient la maladie auto-immune de tout organe de propagande.

Abdenour BOUHIREB



Bio-mimétisme ou plagiat de la nature ?

C’est tout de même curieux que ce soit l’Homme, unique héritier du Trône terrestre et censément l’être le plus intelligent de la Création, qui copie les animaux, les plantes et les minéraux (tous très mal placés dans l’échelle du QI, fabriquée par l’Homme bien sûr pour mesurer sa vanité). Il a eu recourt au plagiat pour pouvoir se fabriquer des gadgets grâce auxquels il s’ennuyât un peu moins ces derniers millénaires.

Inversement, on n’a jamais vu un animal singer l’homme pour se porter mieux dans la savane, courir plus vite, manger à sa faim ou même, pire, paraître plus intelligent. Sauf à évoquer, bien sûr, les grimaces simiesques puisque le chimpanzé, lorsqu’il imite l’Homme avec des risettes ridicules et sonores, il semble dire à qui veut l’écouter: « je savais que tu descendais du signe, mais jamais je n’ai pensé que tu allais creuser aussi bas dans l’avilissement de ton espèce

Principale si ce n’est première source d’«inspiration» : voler en formation pour les oiseaux, nager en bancs pour les poissons et avancer en essaims pour les criquets pèlerins. Ces dynamiques et ces cinétiques sont étudiées sous toutes les coutures dans les grandes écoles. Mais leurs secrets semblent protégés par des mystères en airain, à l’épreuve des microscopes.

Harmonieuse nature !

Pourquoi ces nuées de créatures, progressant les unes près des joues des autres, se meuvent sans jamais connaître le moindre des télescopages, d’accrochages ou de plantages. Aucune revue, nul observatoire, pas la moindre chaine animalière n’a jamais signalé le crash d’un ou plusieurs acridiens qui se sont mêlé les ailes au-dessus du Sahara, pas une oie sauvage partie en vrille en quittant son groupe, gênée par le battement d’aile de sa devancière, ni un poisson noyé par le coup de nageoire caudale de son semblable.

Au grand dam de l’Homos-erectus qui veut rebrousser les chemins de l’évolution sans ticket et en marchant sur le génie des vers de terre, ces chorégraphies frisent la perfection bien qu’elles nous paraissent chaotiques. Ce qui n’empêche pas le malheur de s’abattre sur tout ce que l’Homme fait se mouvoir dans un circuit, dans les airs et même sous l’eau. L’auto-tamponneuse, seule ou bien accompagnée, finit dans le décor, le bateau cul-par-dessus-tête et l’aéroplane fonçant le nez droit vers le plancher des vaches.

Maintenant qu’on a distingué entre l’original et la copie, rendons au lézard ce qui appartient au lézard !

L’homme, pour donner un coup de fouet à la mayonnaise de ses neurones, regarde autour de lui et essaie d’induire les lois qui font que la nature soit bien régie. Il y cherche l’harmonie là où la bête et la belle (le sanglier et l’orchidée) vivent en pilotage automatique.

Pillage en règle

Se posent les questions lancinantes suivantes : à qui appartient le patrimoine matériel et immatériel de la nature ? L’Homme a-t-il le droit de copier et d’exploiter, pour ses propres intérêts, les procédés dont use un mollusque pour grimper sous un récif ? Les gênes d’une bactérie sont-ils libres de droits ? La façon qu’ont les quadrupèdes ou les acariens à se déplacer peut-elle faire l’objet d’une exploitation industrielle ? L’organisation des transhumances des gnous appartient-elle aux gnous eux-mêmes, aux crocodiles tapis dans la marre en attendant le festin, au caméraman de National Geography qui la filme ou au scientifique qui l’a décortiquée le premier un flairant le bon filon ?

Du point de vue de l’Homme, se faire de l’argent sur le dos de ces bêtes, c’est juste un pillage en règle de la nature. Et c’est pire que le braconnage puisqu’il s’en tire avec bonne conscience et quitte devant la loi.

L’euphémisme pour se sauver la face

Aujourd’hui, accaparer tout ce patrimoine et y investir représente un formidable marché lucratif aux plans militaire, stratégique, politique, scientifique et économique. Mettre la main sur l’ADN d’une bactérie à l’exclusion de toute autre partie, c’est détenir un droit de vie ou de mort sur la bactérie mais aussi sur tout son écosystème, l’Homme inclus.

A l’heure des biotechnologies (euphémisme pour dire vol de la nature à des fins mercantiles), il est même question de breveter le vivant et de devenir son propriétaire. Les gênes d’un grain de blé peuvent vous appartenir comme vous appartiendrait une maison, un terrain, une veste ou tout autre objet.

Tout cela, au moment où d’autres grands laboratoires (ou officines secrètes) déversent des tonnes de billets verts dans le bio-mimétisme pour créer des drones « plus efficaces avec moins de dégâts collatéraux », des prothèses qui optimisent les fonctions corporelles ou des babioles pour riches oisifs.

On est toujours le c… de quelqu’un

Personne ne s’est dit que demain, si ce n’est déjà fait, au bureau galactique des droits de propriétés et droits voisins, des Martiens ou des Jupitériens ne vont pas breveter notre façon de descendre le Whisky cul-sec, marcher comme des canards boiteux, nos chromosomes ou mêmes nos traditions, us et coutumes. A qui se plaindre alors ?

Pour revenir sur Terre, disons que tout cela semble à jamais amorcé et c’est irrémédiable. Il reste à la banane de sauver sa peau.

Bururu propose de créer un fonds mondial où, à chaque fois qu’une idée est piquée aux animaux, aux insectes ou à la flore, une part de 25% des bénéfices soit versée comme une sorte de copyright selon des dispositions qui seront explicitées par voie réglementaire pour parler comme un journal officiel.

Cet argent sera investi dans le reboisement, la création de sanctuaire, de réserve et de parcs naturels et de la dépollution des aires souillées par les déjections de l’humanité. Ces subsides seront consacrés à soigner les plantes et les animaux en espérant que l’Homme finisse par comprendre qu’il n’est pas Dieu.

Abdenour BOUHIREB



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