Berbères du Maroc, que chercheJeune Afrique?

Berbères du Maroc, que chercheJeune Afrique? couvAu sein d’un dossier consacré aux Berbères de l’Afrique du nord et sous l’exergue: « Intellectuels, linguistes, étudiants ou patrons… Ils ont repris le flambeau de la défense de la culture amazighe. Mais différemment. En s’appuyant sur l’histoire du royaume, ils sortent du folklore et des antagonismes supposés.», le magazine Jeune Afrique consacre, dans son édition du 30/11/2009, une enquête-reportage sur les « nouveaux berbères du Maroc ».

D’emblée, le parallèle fait avec les anciens berbères d’Algérie (Kabyles) est curieux voire même pas trop innocent : « Demandez à un taxi parisien dont vous soupçonnez le douar d’origine : « Algérien ? » et vous avez de fortes chances de récolter cette réponse : « Non, Kabyle ! » Refaites l’exercice avec l’« épicier arabe » du coin qui visiblement vient du Souss, la région d’Agadir : « Marocain ? — Bien sûr ». Il est soussi jusqu’aux ongles, mais jamais il ne mettra en avant ses origines au détriment de son appartenance nationale. Il est à la fois soussi et marocain, et bien sûr musulman. Ses différentes identités sont vécues et revendiquées tout uniment », écrit le journaliste de JA. Nous sommes même porté à écrire derrière lui, « contrairement aux Kabyles, renégats du nationalisme et séparatistes », tant la chose est sous entendue mais non dite car aucun fait ne peut étayer une telle contrevérité.

Contradiction première, ou du moins première incohérence : « Le Maroc est une île bordée par des mers d’eau et de sable. La nation qui s’y est forgée à l’abri des montagnes a pu – ou su – se préserver à travers les ¬siècles. Cimentée par l’islam et par un système de pouvoir original, sinon unique, c’est une nation complexe, éclatée, conflictuelle », lit-on. Alors ? Cette nation marocaine est cimentée ou éclatée, elle s’est préservée ou est-elle conflictuelle ? Elle « s’est forgée à l’abri des montagnes », mais ce relief l’a préservée de quel péril, externe forcément, donc ? A cela, JA n’apporte pas de réponse.

Voici un lieu commun par lequel JA veut montrer que « L’Empire chérifien a été longtemps déchiré par des guerres entre Makhzen et Siba, pouvoir central et dissidence. » On y lit : « Et cette dernière a été surtout le fait des tribus berbères, jalouses de leur liberté. À y regarder de près, ces guerres n’empêchaient pas de respecter des valeurs communes. On combattait le sultan tout en disant la prière en son nom. « Le jour, on fait la guerre, et la nuit, la politique », dit l’adage. Après la dernière prière, les représentants des deux camps se retrouvaient pour chercher un terrain d’entente.» Mais, plus loin, le journaliste présente les massacres perpétrés sur les populations berbères par la lignée royale. Jusqu’à un passé récent, il y a un demi siècle.

« Un épisode, dont les traces n’ont pas disparu, donne une idée du fonctionnement du système politique au Maroc. Au XIXe siècle, le sultan Moulay Slimane a dû mener trois campagnes contre des tribus du Moyen Atlas qui refusaient de payer l’impôt. Battu chaque fois mais toujours amir al-mouminine (commandeur des croyants), il a été retenu en 1822 chez ses ennemis. La vie parmi eux lui a beaucoup appris. Voici ce qu’il écrivit à la population de Fès, sa capitale : « Ma foi en Dieu me fait obligation de vous donner le conseil suivant : faites-vous les alliés des Berbères si vous voulez la paix et la sécurité, car ils ont des traditions et un sens de l’honneur qui les prémunissent contre l’injustice. En outre, ils vivent dans la sobriété… » Les dissensions, fussent-elles violentes, n’interdisent pas le souci de l’avenir et la volonté de vivre ensemble », note JA en avançant et cheminant de fil en aiguille pour affirmer (déduire ?) que : « C’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui. Et il convient de ne pas l’oublier lorsqu’on aborde les débats sur la « question berbère », sous peine de se fourvoyer.»

Pas la peine d’aller plus loin ! Ce qui cèle la fusion et l’unité sacrée entre berbères et arabes au Maroc, c’est Islam sous l’auguste ombre cléricale du Roi – Chef des croyants !!!  La preuve ? (de ce que dit JA, bien sur) : « Une question qui a été longtemps occultée. Sous le protectorat français (1912), les disparités tribales, linguistiques, confrériques étaient, nationalisme oblige, systématiquement bannies. C’est le temps de la nation une et indivisible. Le Mouvement national redouble de vigilance après le Dahir berbère de 1930. Projet de réorganiser l’administration de la justice avec un statut particulier dans certaines régions, il fut comme une tentative de « diviser les musulmans entre Berbères et Arabes ». Et fut combattu efficacement par… la prière. Dans les mosquées du royaume, les fidèles se sont rassemblés chaque jour pour accomplir le latif, une prière surérogatoire, recommandée contre les calamités. Jusqu’à l’enterrement du Dahir.»

« Après l’indépendance (1956), l’idéologie nationaliste continue à dominer les esprits, mais les réalités locales ne tardent pas à faire irruption. En 1958, une rébellion dans le Rif est assimilée à une sécession avant d’être noyée dans le sang. Des frondes éclatent en pays berbère accusant l’Istiqlal de favoriser la domination des Fassis (originaires de Fès). Avec la bénédiction du Palais, le remuant leader berbériste Mahjoubi Aherdane, ancien officier de l’armée française et résistant, fonde en 1958 le Mouvement populaire (MP), qui se veut le porte-parole des campagnes », écrit JA mais sans souffler mot sur le « traitement » opposé à « cette fronde », ni même le rôle de ce « remuant leader berbériste Mahjoubi Aherdane, ancien officier de l’armée française et résistant.»

Mais au fait ! Où sont ces « nouveaux berbères » tant promis ? Ils arrivent : « Dans ces conditions (l’émergence d’un mouvement culturel, emprisonnements, etc.), des intellectuels (souvent des linguistes) se sont attelés à défricher la question berbère sur le plan théorique. Ceux qu’on peut appeler les nouveaux Berbères ont fait preuve d’une rigueur remarquable.», lit-on.

Ainsi, au terme d’un raisonnement par l’exemple, le journaliste arrive à cette conclusion : « Les Marocains ne sont pas des Amazighs sans plus, de même qu’ils ne sont pas purement arabes. CQFD.» Mais reconnaissons qu’ils sont (pris pour tels) plus arabes qu’amazigh, par l’Etat et l’étranger.

Mais le plus frappant est cette tautologie sentencieuse : « Ce faisant, les chantres de la culture berbère ont à cœur de défendre l’islam, et pas seulement pour désamorcer leur procès en laïcité. À leurs yeux, l’islam est une affaire trop sérieuse pour l’abandonner aux islamistes.» Et puis quoi ? Bien plus ! Ce sont les berbères qui sont allés en Arabie chercher l’Islam : « C’est en amazigh que cette religion s’est répandue en Afrique du Nord, soulignent-ils. Ils mettent en exergue l’odyssée sainte des Regraga, qui relève sans doute davantage du mythe. Il s’agit d’une tribu qui avait fait le voyage pour embrasser la nouvelle foi entre les mains de Mohammed. L’affaire est entendue : les Arabes ont apporté l’islam, mais il s’est trouvé des Berbères pour aller le chercher.»

C’est dit ! N’en déplaise au Chawïa des Aurès. Mais au fait, les Aurès, c’est en Algérie ? CQFD (bis).

(L’article est en intégralité en suivant ce lien)

Dans le même dossier de Jeune Afrique:

Algérie, ce que veulent les Berbères

Les Berbères en Algérie: chronologie

Une constante : l’effort national

Pour compléter votre lecture, voici deux liens (une enquête et un reportage réalisés par un journaliste d’El Watan (Quotidien algérien francophone) :
•    http://www.elwatan.com/Rif-le-printemps-autonomiste
•    http://www.elwatan.com/Les-Amazighs-de-Sa-Majeste-et-la



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