Mahfoud Ferroukhi à El Watan : « Beaucoup d’éléments de l’historiographie coloniale ne reposent que sur de simples hypothèses »

 

Mahfoud Ferroukhi à El Watan : « Beaucoup d’éléments de l’historiographie coloniale ne reposent que sur de simples hypothèses » 65 Le quotidien El Watan a publié samedi dernier, le 26 décembre, un entretien avec Mahfoud Ferroukhi, archéologue algérien et dont le dernier ouvrage vient de paraitre sous le titre « Nos ancêtres les rois numides ou les Aguellids des Imazighen (du 3e siècle av J.C. au 1er siècle). Ed. Dalimen, Alger. 2009. 150 p.)

Voici un florilège de cet échange savant et iconoclaste. (Retrouvez l’intégralité de l’interview ici).

-  Vulgariser l’histoire met parfois en balance l’intérêt culturel et la rigueur scientifique. Comment avez-vous géré cet équilibre dans votre ouvrage ?

(…) Cela fait 25 ans que je travaille sur Juba II et son fils Ptolémée, et ce travail m’a amené à m’intéresser à la dynastie à laquelle ils appartenaient. Mon plus cher vœu est, qu’à travers ce livre, le grand public puisse découvrir ces rois et leur époque, mais surtout que cela suscite des vocations de recherche chez de jeunes Algériens pour approfondir sans cesse notre connaissance.

-  Vous affirmez que les rois numides ont été occultés par le « romano-centrisme ».

Le romano-centrisme a touché de nombreux peuples, dont les Numides. C’est une branche de l’européocentrisme. Notre histoire a été longtemps produite dans un cadre colonial. Les archéologues et historiens avaient alors une idéologie qui les rapprochait du monde dit civilisé et les éloignait du monde dit barbare. Il y avait une politique et une volonté de tout ramener à Rome alors que les Numides avaient une civilisation distincte.

-  Vous évoquez aussi une manie algérienne de réinterpréter l’histoire à partir de faits récents…

D’abord, on prend de moins en moins le soin de vérifier les sources. Je ne généralise pas, mais certains faits, traités durant la colonisation, sont repris tels quels aujourd’hui, sans s’assurer de leur véracité. Beaucoup d’éléments de l’historiographie coloniale ne reposent que sur de simples hypothèses. Stéphane Gsell dit par exemple que Juba I a été traîné dans les rues de Rome, attaché au char de César. Ce n’est pas vrai mais certains Algériens le reprennent pourtant. Très peu d’Algériens ont écrit sur cette période. Et aujourd’hui, il s’en trouve certains pour penser que Massinissa était un traître. Il s’est effectivement allié aux Romains à un moment donné, mais c’était stratégique. Il était amoureux, en tout cas prétendant, de Sophonisbe, princesse de Carthage, que son père a finalement mariée à Syphax. Et Massinissa s’est trouvé, par cette alliance, pris en étau entre le royaume de Carthage et celui de Syphax qui rêvait d’annexer Cirta.



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