Après son refoulement de Tunisie, Ferhat Mehenni accuse le pouvoir algérien

 

Après son refoulement de Tunisie, Ferhat Mehenni accuse le pouvoir algérien 2006_ferhat_et_le_trophee_480-3859aDans une interview accordée au Quotidien El Watan et publiée ce lundi 14 décembre 2009, Ferhat Mehenni, leader du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie, revient et analyse son refoulement, le 10 décembre dernier, d’un aéroport tunisien par la police de ce pays.

Dans cet entretien, le célèbre chanteur accuse directement le régime algérien d’être l’instigateur de cette affaire et révèle des menaces qui pèseraient sur sa personne. 

A la question relative à « l’argument avancé pour vous empêcher d’entrer dans ce pays ? », F. M. répond : « (…) Pour des raisons de sécurité, je n’avais avisé personne en dehors d’un neveu qui devait se débrouiller pour me ramener ma mère, très âgée, jusqu’à cette capitale d’un pays « frère ». Une fois sur place, je me suis dirigé vers un guichet et j’ai attendu mon tour pour les formalités policières d’entrée en territoire tunisien. L’opération a semblé déstabiliser quelque peu le policier ayant pris mon passeport. En introduisant mon nom dans le fichier de la police tunisienne des frontières, une information codée s’est affichée sur l’écran de son ordinateur. Il a demandé de l’aide à un de ses collègues, qui a appelé un chef hiérarchique en civil. Ce dernier me demande de le suivre, loin de la sortie des voyageurs. Là, il me demande de rester derrière l’enceinte d’un lieu qui fait office de bureau, où il appelle ses supérieurs.

D’un supérieur hiérarchique à un autre, il me pose des questions sur mon métier de chanteur auquel visiblement il ne voulait pas croire. Cela ne devait peut-être pas correspondre aux informations en sa possession. Au bout de 25 minutes, je lui demande ce qui ne va pas. La réponse ultime vient enfin : « Désolé, mais nous sommes au regret de vous remettre dans l’avion dans lequel vous êtes arrivé. » Il ajoute discrètement : « Nous ne voulons pas de problème avec l’Algérie ! » Une réservation est immédiatement faite et je fus le dernier passager à entrer dans l’avion du retour. J’ai passé, en tout, une demi-heure à l’aéroport Tunis-Carthage. (…) »

Le chanteur kabyle souligne plus loin : « Et tout cela s’est passé le jour anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme ! Devrais-je en déduire que Bouteflika et son régime auraient fait de la petite et charmante Tunisie une république bananière ? Je ne me le permettrais pas.» Et le plus grave reste à venir.

A la question concernant « l’interdiction d’accès en Algérie » et les risque qu’il encoure s’il rentre en Algérie et si les autorités algériennes lui ont notifié qu’il ne peut plus y revenir, le leader du MAK répond : « Il n’y a pas d’interdiction officielle émise contre ma rentrée au pays. Mais le mandat d’amener lancé à mon encontre, dont la presse algérienne avait fait part en janvier dernier, n’est pas de nature à me rassurer sur mon sort si je venais à rentrer en Algérie. »

Nous en arrivons aux accusations très graves et à peine voilées formulées par Mehenni à l’encontre des autorités algérienne : « Des fuites m’ont également averti sur un scénario catastrophe selon lequel mon éventuelle arrestation serait suivie d’un attentat « terroriste » dans lequel je perdrais la vie. Je prends tout cela non pas pour de la vérité mais pour des vraisemblances. Je ne suis ni paranoïaque ni naïf. Il est certain que je rentrerai un jour chez moi. Ce sera quand je le déciderai.» Mais ne comptez surtout pas sur Ferhat pour en dire plus sur ces fuites, leur source, leur date, etc.

(Le texte intégral de cette interview est à lire ICI).



Berbères du Maroc, que chercheJeune Afrique?

Berbères du Maroc, que chercheJeune Afrique? couvAu sein d’un dossier consacré aux Berbères de l’Afrique du nord et sous l’exergue: « Intellectuels, linguistes, étudiants ou patrons… Ils ont repris le flambeau de la défense de la culture amazighe. Mais différemment. En s’appuyant sur l’histoire du royaume, ils sortent du folklore et des antagonismes supposés.», le magazine Jeune Afrique consacre, dans son édition du 30/11/2009, une enquête-reportage sur les « nouveaux berbères du Maroc ».

D’emblée, le parallèle fait avec les anciens berbères d’Algérie (Kabyles) est curieux voire même pas trop innocent : « Demandez à un taxi parisien dont vous soupçonnez le douar d’origine : « Algérien ? » et vous avez de fortes chances de récolter cette réponse : « Non, Kabyle ! » Refaites l’exercice avec l’« épicier arabe » du coin qui visiblement vient du Souss, la région d’Agadir : « Marocain ? — Bien sûr ». Il est soussi jusqu’aux ongles, mais jamais il ne mettra en avant ses origines au détriment de son appartenance nationale. Il est à la fois soussi et marocain, et bien sûr musulman. Ses différentes identités sont vécues et revendiquées tout uniment », écrit le journaliste de JA. Nous sommes même porté à écrire derrière lui, « contrairement aux Kabyles, renégats du nationalisme et séparatistes », tant la chose est sous entendue mais non dite car aucun fait ne peut étayer une telle contrevérité.

Contradiction première, ou du moins première incohérence : « Le Maroc est une île bordée par des mers d’eau et de sable. La nation qui s’y est forgée à l’abri des montagnes a pu – ou su – se préserver à travers les ¬siècles. Cimentée par l’islam et par un système de pouvoir original, sinon unique, c’est une nation complexe, éclatée, conflictuelle », lit-on. Alors ? Cette nation marocaine est cimentée ou éclatée, elle s’est préservée ou est-elle conflictuelle ? Elle « s’est forgée à l’abri des montagnes », mais ce relief l’a préservée de quel péril, externe forcément, donc ? A cela, JA n’apporte pas de réponse.

Voici un lieu commun par lequel JA veut montrer que « L’Empire chérifien a été longtemps déchiré par des guerres entre Makhzen et Siba, pouvoir central et dissidence. » On y lit : « Et cette dernière a été surtout le fait des tribus berbères, jalouses de leur liberté. À y regarder de près, ces guerres n’empêchaient pas de respecter des valeurs communes. On combattait le sultan tout en disant la prière en son nom. « Le jour, on fait la guerre, et la nuit, la politique », dit l’adage. Après la dernière prière, les représentants des deux camps se retrouvaient pour chercher un terrain d’entente.» Mais, plus loin, le journaliste présente les massacres perpétrés sur les populations berbères par la lignée royale. Jusqu’à un passé récent, il y a un demi siècle.

« Un épisode, dont les traces n’ont pas disparu, donne une idée du fonctionnement du système politique au Maroc. Au XIXe siècle, le sultan Moulay Slimane a dû mener trois campagnes contre des tribus du Moyen Atlas qui refusaient de payer l’impôt. Battu chaque fois mais toujours amir al-mouminine (commandeur des croyants), il a été retenu en 1822 chez ses ennemis. La vie parmi eux lui a beaucoup appris. Voici ce qu’il écrivit à la population de Fès, sa capitale : « Ma foi en Dieu me fait obligation de vous donner le conseil suivant : faites-vous les alliés des Berbères si vous voulez la paix et la sécurité, car ils ont des traditions et un sens de l’honneur qui les prémunissent contre l’injustice. En outre, ils vivent dans la sobriété… » Les dissensions, fussent-elles violentes, n’interdisent pas le souci de l’avenir et la volonté de vivre ensemble », note JA en avançant et cheminant de fil en aiguille pour affirmer (déduire ?) que : « C’était vrai hier, c’est vrai aujourd’hui. Et il convient de ne pas l’oublier lorsqu’on aborde les débats sur la « question berbère », sous peine de se fourvoyer.»

Pas la peine d’aller plus loin ! Ce qui cèle la fusion et l’unité sacrée entre berbères et arabes au Maroc, c’est Islam sous l’auguste ombre cléricale du Roi – Chef des croyants !!!  La preuve ? (de ce que dit JA, bien sur) : « Une question qui a été longtemps occultée. Sous le protectorat français (1912), les disparités tribales, linguistiques, confrériques étaient, nationalisme oblige, systématiquement bannies. C’est le temps de la nation une et indivisible. Le Mouvement national redouble de vigilance après le Dahir berbère de 1930. Projet de réorganiser l’administration de la justice avec un statut particulier dans certaines régions, il fut comme une tentative de « diviser les musulmans entre Berbères et Arabes ». Et fut combattu efficacement par… la prière. Dans les mosquées du royaume, les fidèles se sont rassemblés chaque jour pour accomplir le latif, une prière surérogatoire, recommandée contre les calamités. Jusqu’à l’enterrement du Dahir.»

« Après l’indépendance (1956), l’idéologie nationaliste continue à dominer les esprits, mais les réalités locales ne tardent pas à faire irruption. En 1958, une rébellion dans le Rif est assimilée à une sécession avant d’être noyée dans le sang. Des frondes éclatent en pays berbère accusant l’Istiqlal de favoriser la domination des Fassis (originaires de Fès). Avec la bénédiction du Palais, le remuant leader berbériste Mahjoubi Aherdane, ancien officier de l’armée française et résistant, fonde en 1958 le Mouvement populaire (MP), qui se veut le porte-parole des campagnes », écrit JA mais sans souffler mot sur le « traitement » opposé à « cette fronde », ni même le rôle de ce « remuant leader berbériste Mahjoubi Aherdane, ancien officier de l’armée française et résistant.»

Mais au fait ! Où sont ces « nouveaux berbères » tant promis ? Ils arrivent : « Dans ces conditions (l’émergence d’un mouvement culturel, emprisonnements, etc.), des intellectuels (souvent des linguistes) se sont attelés à défricher la question berbère sur le plan théorique. Ceux qu’on peut appeler les nouveaux Berbères ont fait preuve d’une rigueur remarquable.», lit-on.

Ainsi, au terme d’un raisonnement par l’exemple, le journaliste arrive à cette conclusion : « Les Marocains ne sont pas des Amazighs sans plus, de même qu’ils ne sont pas purement arabes. CQFD.» Mais reconnaissons qu’ils sont (pris pour tels) plus arabes qu’amazigh, par l’Etat et l’étranger.

Mais le plus frappant est cette tautologie sentencieuse : « Ce faisant, les chantres de la culture berbère ont à cœur de défendre l’islam, et pas seulement pour désamorcer leur procès en laïcité. À leurs yeux, l’islam est une affaire trop sérieuse pour l’abandonner aux islamistes.» Et puis quoi ? Bien plus ! Ce sont les berbères qui sont allés en Arabie chercher l’Islam : « C’est en amazigh que cette religion s’est répandue en Afrique du Nord, soulignent-ils. Ils mettent en exergue l’odyssée sainte des Regraga, qui relève sans doute davantage du mythe. Il s’agit d’une tribu qui avait fait le voyage pour embrasser la nouvelle foi entre les mains de Mohammed. L’affaire est entendue : les Arabes ont apporté l’islam, mais il s’est trouvé des Berbères pour aller le chercher.»

C’est dit ! N’en déplaise au Chawïa des Aurès. Mais au fait, les Aurès, c’est en Algérie ? CQFD (bis).

(L’article est en intégralité en suivant ce lien)

Dans le même dossier de Jeune Afrique:

Algérie, ce que veulent les Berbères

Les Berbères en Algérie: chronologie

Une constante : l’effort national

Pour compléter votre lecture, voici deux liens (une enquête et un reportage réalisés par un journaliste d’El Watan (Quotidien algérien francophone) :
•    http://www.elwatan.com/Rif-le-printemps-autonomiste
•    http://www.elwatan.com/Les-Amazighs-de-Sa-Majeste-et-la



Ferhat Mehenni, animateur du MAK, refoulé de Tunisie

Ferhat Mehenni, animateur du MAK, refoulé de Tunisie arton182-6a546« Ferhat Mehenni, l’animateur du Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie (MAK), a été récemment refoulé de Tunisie où il devait rencontrer sa vieille maman âgée 84 ans », a annoncé le site d’information Tout sur l’Algérie, lors d’une mise à jour de son contenu, la nuit du 11 décembre dernier. Selon TSA, Ferhat Mehenni aurait déclaré, vendredi dernier, à la chaîne Berbère Télévision, basée en France (La vidéo est visible ici), qu’« après le refus du consulat de France à Alger de lui délivrer un visa pour venir en France, nous avons choisi la Tunisie pour se rencontrer. Mais, les autorités tunisiennes m’ont refoulé de l’aéroport et je n’ai pas pu entrer dans ce pays pour y rencontrer.»

« Le célèbre chanteur a lancé dans la foulée un appel aux autorités françaises pour délivrer un visa à sa maman. Le militant berbériste a accusé l’Algérie d’être derrière son refoulement de Tunisie », annonce le site TSA. «A l’aéroport de Tunis, les policiers m’ont expliqué que leur pays ne veut pas de problème avec l’Algérie. Nous allons vous mettre dans le même avion qui vous a ramené de Paris », rapporte le site d’information qui rappelle que « Ferhat Mehenni fait l’objet d’un mandat d’arrêt délivré par les autorités algériennes depuis une année », en citant le MAK. (Lire l’intégralité de l’article ici).

Le Mouvement pour l’autonomie de la Kabylie a mis en ligne sur son site internet un communiqué dans lequel il est annoncé : « En ce jour anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, le 10 décembre 2009, Ferhat Mehenni, opposant kabyle au régime algérien, a été refoulé à l’aéroport de Tunis-Carthage. Tunis, en exécutant servile des ordres et des basses besognes du dictateur algérien et de son pyromane ministre de l’intérieur, vient de ternir un peu plus son image et surtout de bafouer un droit universellement reconnu : celui de la libre circulation des personnes.»

Aprés avoir repris le détail des péripéties du chanteur kabyle en Tunisie, le communiqué conclut par : « Le MAK révolté par cet acte qui attente à la liberté d’un démocrate, élève une protestation solennelle contre la Tunisie et l’Algérie auprès des Nations Unies, de l’Union Européenne et des ONG dont Amnesty International, Human Rights Watch, FIDH…» (Lire l’intégralité du communique ici).



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