Jean daniel à El Watan: « je crois que nous sommes dans une période dangereuse »

Jean daniel à El Watan:

Continuant à interroger les esprits ayant eu à prendre part, en militant ou témoin, aux tumultueuses relations algéro-françaises, pour éclairer un présent lourd à porter et gros de tant d’incertitudes, El Watan de ce mercredi 24 mars 2010 nous gratifie d’un excellent entretien avec M. Jean Daniel,  présenté comme un « écrivain et journaliste français d’origine algérienne, né en 1920 à Blida. »

Voici un extrait de cette interview (le texte intégral est ici)

Une loi portant criminalisation de la colonisation en préparation, inscription de l’Algérie sur la liste des pays à risque en France, déclarations de Bernard Kouchner, l’affaire des moines de Tibhirine sont, entre autres, les questions qui soulèvent des mécontentements à Alger et/ou à Paris. Quelle lecture faites-vous des relations algéro-françaises dans la conjoncture actuelle ?

C’est une phase que je trouve absurdement conflictuelle. Le temps qui est passé, les événements qui ont eu lieu aussi bien en Algérie qu’en France, la façon dont nous avons observé une période extraordinaire de complémentarité, comme lors du fameux voyage du président Bouteflika qui, pour moi, c’était le bonheur et la réussite de mes combats pour réconcilier tout le monde, en me disant qu’au moins on ne s’est pas battus pour rien, le nombre considérable d’Algériens qui vivent en France et malgré un certain nombre d’incidents qu’on répète toujours, comme la Marseillaise qui a été sifflée, ou un certain nombre d’écarts de langage ou l’affiche du Front national (FN). Avec tout cela, la question qui se pose est de savoir quel est l’intérêt de cette dramatisation ? Parce que ça ne vient pas à n’importe quelle époque tout de même. Cependant il y a eu une période extraordinaire. Je me rappelle du discours admirable prononcé par le président Bouteflika en 2000 ici à Paris. Ce discours a été très sensible pour les deux peuples algérien et français. Juste après, je suis retourné en Algérie et un accueil chaleureux m’a été réservé dans une atmosphère de réconciliation. Il y a eu aussi une période d’entraide comme lors du tremblement de terre de 2003. Des Algériens viennent en France et ils y trouvent des avantages, comme le travail, la protection sociale… Les Algériens ont choisi ce pays quand même. Alors qu’à l’époque, dans l’esprit du discours de Bouteflika, il n’y avait pas d’exigence de repentance. Ce discours exprimait plutôt des signes de révolution dans les relations franco-algériennes. La colonisation, il y en a eu partout.

Mais, à travers certains événements, comme les déclarations récentes de Bernard Kouchner sur la génération de la guerre d’indépendance, peut-on déduire qu’il existe en France un courant anti-algérien ?

Pour Kouchner, avec toute sincérité, il voulait dire qu’il y a une différence entre la génération qui a fait la guerre et les générations d’après-guerre. Maintenant, il faut que les tempéraments changent des deux côtés. Ici en France, le président Sarkozy n’a aucune envie de déplaire aux Algériens, d’ailleurs Le Pen ne l’aime pas du tout. Par ailleurs, j’ai peur que les groupes de pression, ceux qui sont favorables à la réhabilitation des pieds-noirs en France ou ceux qui se sont opposés à la venue d’Enrico Macias en Algérie, exploitent ces malentendus. Il y a eu un livre sur l’Algérie et quand le président Bouteflika en a pris connaissance, il a demandé à ce que Jean Daniel en fasse la préface. Ce que j’ai accepté, mais un mois plus tard, l’éditeur m’a demandé de laisser tomber parce que l’entourage de Bouteflika n’a pas apprécié le fait que le livre soit préfacé par un juif.

Et maintenant comment entrevoyez-vous l’avenir de ces relations ?

Toute une série de questions que je me pose : que s’est-il passé en Algérie ? Bouteflika a-t-il changé de discours et qu’est-ce qui l’a poussé à le changer ? Je me rappelle de l’ambassadeur de France en Algérie qui a trouvé le mot juste au sujet de l’histoire commune des deux pays. Il avait déclaré : « Nous devons regarder l’histoire en face et l’assumer chacun de son côté. » C’est vrai que l’on peut trouver l’occasion pour prononcer des mots qui montrent à l’autre, en l’occurrence au peuple algérien, pas forcément aux responsables politiques, qu’on a le sentiment d’une telle proximité, presque de fraternité quelquefois, et qu’on se dit qu’on a fait quelque chose qu’on n’aurait pas dû faire et que c’est honteux à certains moments, ponctuellement. Mais ceci ne peut pas être une repentance publique en disant que nous sommes des assassins, que nous n’avons fait que des hécatombes en Algérie. Il y aura des gestes qui vont s’exprimer à l’avenir. A mon avis, il y aura cette occasion parce que cela a toujours été ainsi en France, que ce soit du côté de la gauche ou de la droite. Même le président Chirac, à son époque, a prononcé des mots extrêmement importants à la fois pour les juifs et pour l’Algérie. Je crois qu’il est dommage de laisser la matière féconde des relations avec le Maghreb au Maroc et à la Tunisie. Je veux dire que ces deux pays maghrébins bénéficient de facilité de liens avec la France sur tous les plans, contrairement à l’Algérie. Comme je suis informé, je calme les esprits, parce que je sais qu’actuellement, où nous parlons de propos colériques ou conflictuels d’hommes d’Etat, il y a des tas de choses qui se font entre la France et l’Algérie sur le plan économique, il y a des Français et des Algériens qui travaillent ensemble et aussi de nombreux accords entre les deux pays dans divers domaines. Pour résumer, je crois que nous sommes dans une période dangereuse, parce que les mésententes peuvent être exploitées et ceci ne peut être évité que si les opinions publiques dans les deux pays dépassent ces clivages. Il faut dépasser ce conflit absurde en se disant la vérité et en faisant pression sur les gouvernements. Et là, je m’adresse beaucoup plus aux gens des médias. Ça ne doit pas continuer ainsi, il y a quand même un million d’Algériens en France. Un Algérien qui vient ici ne se sent pas dans un pays étranger. La France est aussi algérienne, c’est un pays où les Algériens veulent venir ce qui fait que ce pays n’est pas tout à fait ennemi.

Je vous recommande aussi la lecture du blog de jean Daniel sur le site du Nouvel Observateur. Cliquez ici pour l’atteindre.



Radio Kalima censurée

Communiqué du responsable du site Radio Kalima publié, le 18 mars 2010, par le site Le Matin DZ

La société Eutelsat, propriétaire du satellite Hotbird viens de nous informer qu’elle a cessé de diffuser les programmes de Radio Kalima à la demande des autorités algériennes. Après avoir bloqué notre site internet, il n’est plus accessible à partir de l’Algérie, le pouvoir vient de bloquer la diffusion des programmes par satellite.

Arguant du fait que nous ne disposons pas d’agrément, le pouvoir algérien impose son monopole d’Etat sur l’audiovisuel, en vigueur depuis 1962, aux entreprises étrangères.

Le pouvoir en Algérie intervient à l’étranger pour interdire aux Algériens d’accéder aux sites internet d’informations qui visiblement ne lui conviennent pas. Et de toute évidence, Radio Kalima, ne leur convient pas.
Au delà de notre cas, c’est la problématique de la censure qui se pose.

Comment accepter que des barbouzes, plus habiles à jouer du revolver et des ciseaux que de la plume, puissent décider de priver les algériens de l’accès à des sites d’information sur internet. Fort de leur inculture, les voila qu’ils retiennent en otage tout un peuple dans leur propre ignorance et décident de ce que les Algériens peuvent lire ou écouter.

Que craignent ils donc? Que nous ne dévoilions leurs pratiques de rapines? Que les Algériens se rendent comptent que ceux qui les gouvernent n’ont pas pour principale préoccupation les intérêts de l’Algérie mais le pillage de ses richesses?

Yahia Bounouar

A ce sujet, le Quotidien El Watan a écrit, le 22 mars 2010, ceci:

Le 18 mars, Eutelsat, le géant européen de services fixes par satellite (une flotte de 27 satellites, 3200 chaînes TV et 1100 stations de radio), a décidé de suspendre les programmes de la radio indépendante. Deux jours avant, le 16 mars, le site web de la Radio Kalima – une réplique de la radio libre tunisienne de Sihem Nasserdine – est devenu progressivement inaccessible. Censure officielle ? L’organisation non gouvernementale Reporters sans frontières (RSF) en est convaincue. Dans une déclaration diffusée sur son site web, RSF exprime ses « craintes » : « Nous craignons que cet acte de censure n’inaugure le début d’un contrôle d’Internet dans le pays. Nous demandons aux autorités algériennes de fournir des explications et d’ordonner le déblocage immédiat du site, effectué de manière arbitraire. Il ne faudrait pas que l’Algérie fasse son entrée dans la liste des pays qui censurent la Toile, sans quoi le droit à la liberté d’expression des Algériens en pâtirait. » RSF « menace » par ailleurs d’inclure l’Algérie dans la liste des Etats « ennemis d’Internet » et rappelle que la loi de juillet 2009 relative à la cybercriminalité n’est en réalité qu’une loi liberticide, prompte à légitimer la cybercensure. (Lire la suite de l’article ici).

Sur ce lien, l’article annonçant la création de Radio Kalima, première radio libre en Algérie.



Mohamed Harbi à El Watan: « Le GPRA a honoré les revendications exprimées dans l’appel du 1er novembre »

Mohamed Harbi à El Watan: L’historien et historique du Front de Libération National, Mohamed HARBI, a accordé une interview, parue le samedi 20 mars 2010, au Quotidien El Watan, à l’occasion du 48ème anniversaire des accord d’Evian. Voici un extrait de cet entretien que vous pouvez lire dans son intégralité ici.

Les accords d’Evian, signés le 19 mars 1962 entre la France, puissance coloniale, et les représentants du GPRA, étaient-ils exclusivement fondés sur les modalités réglementant le recouvrement par le peuple algérien de sa souveraineté nationale ?

On oublie, quand on évoque les accords d’Evian, le contexte de l’époque. Nous étions face à des problèmes militaires que nous n’avions pas les moyens de résoudre, mais nous avons réussi, aux plans politique et diplomatique, à fragiliser la position de la France qui, par ailleurs, affrontait une sédition. Le compromis d’Evian reflète cette situation. Le Gouvernement provisoire de la république algérienne (GPRA) a honoré les revendications exprimées dans l’appel du 1er novembre. Il n’a pas cédé sur la question du Sahara. Il a fait reconnaître le principe de la réforme agraire. Reste que la place des questions économiques était seconde.

Toutes les dispositions contenues dans ces Accords ont-elles été mises en œuvre ? Ont-elles été respectées par l’une et/ou l’autre parties signataires ?

Non. Par exemple, la récupération des richesses en vertu de la problématique algérienne s’est faite en contravention des accords d’Evian qui prévoyaient une juste et préalable indemnisation. Un autre exemple, les accords d’Evian transmettaient à l’Etat algérien l’héritage français en Algérie. En fait, la transmission s’est faite à l’Etat FLN. Aucun autre mouvement n’a été autorisé à présenter des candidats à la constituante. C’est également une dérogation aux accords d’Evian. Ces accords reposaient sur un pari : la cohabitation entre deux communautés sous l’autorité d’un Etat multiculturel. Il n’a pas été tenu. Le premier coup a été porté par l’OAS, les Wilayas ont fait le reste. C’est ce qui a fait dire à Jean-Marcel Jeanneney, premier ambassadeur de France en Algérie : « Si les choses se sont mal passées, ce n’est ni la faute du gouvernement français ni des Algériens… » Aucun des deux interlocuteurs d’Evian ne maîtrisait son propre camp.

Que reste-t-il des Accords d’Evian, 48 ans après leur signature ? Ne sont-ils pas dépassés ? Dans leurs relations bilatérales, l’un et/ou l’autre Etats peuvent-ils encore s’en prévaloir ?

L’Algérie a mis un terme aux clauses qui limitaient son indépendance économique et culturelle, mais elle avait un privilège quant au statut des Algériens en France.

Qu’elle se réfère à un texte de droit pour le garder, c’est de bonne guerre, même si on peut lui opposer que ces pratiques les ont rendus caducs. Mais si cette revendication n’est pas seulement un chiffon rouge à l’usage des émigrés, la diplomatie algérienne ne pourra se dérober au principe selon lequel, entre deux Etats souverains, l’équilibre des avantages est de rigueur. Et dans ce cas, pourquoi revenir à Evian et ne pas traiter l’ensemble des relations bilatérales comme cela a déjà été envisagé.

Retrouvez le texte intégral des accords d’Evian ici.



12

Le parloir de l'Impératrice |
mandarines |
actionsplessisbouchard |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | KOI DE 9 ?
| CGT ICTAM de l'OPH 93
| lephotovoltaique