El Korso à El Watan à propos de l’initiative algérienne de criminaliser le fait colonial:  » j’ai un grand espoir de voir cette proposition de loi aboutir »

Dans un entretien accordé par M. Mohamed El Korso, historien et président de la fondation du 8 Mai 1945, au Quotidien EL Watan publié ce jeudi 04 mars 2010, l’éminent homme de science annonce avoir « un grand espoir de voir cette proposition de loi aboutir.» Une déclaration qui pourrait surprendre plus d’un tant M. El Korso avait habitué les gens s’intéressant à l’Histoire, à un propos plus mesuré en la matière. Mais ceci au plan forme uniquement. L’homme a et défend des positions tranchées et sans ambages sur les crimes commis par le colonialisme français. Le contenu de cette interview est édifiant. En voici quelque extraits. (Le texte intégral de l’entretien est à lire ici.)

La proposition de loi incriminant le colonialisme, initiée par les parlementaires, vient d’être soumise au gouvernement pour examen. En tant qu’historien, pensez-vous que ce projet est en mesure de réaliser la demande algérienne, concernant la reconnaissance des crimes coloniaux et la demande de pardon par la France au peuple algérien ?

Ce projet incrimine, à mon sens, le fait colonial en tant que fait. Les crimes qui ont été commis sont des crimes d’Etat. C’est vrai qu’ils ont été commis par des personnes, mais c’était au nom de l’Etat français. C’est la raison pour laquelle, le principe, qui a été avancé par le ministre de l’Intérieur et actuel président français, Nicolas Sarkozy, selon lequel les enfants n’ont pas à s’excuser pour des faits de leurs parents, est nul et non avenu; ce principe n’a pas lieu d’être, puisque ce qui a été commis a été fait au nom de la République française qu’il préside lui-même aujourd’hui.

Deuxièmement, et concernant l’Algérie, ce projet de loi aurait dû être élaboré tout de suite, au lendemain de l’indépendance. Mais il y avait des raisons objectives qui ont fait que l’Algérie devait s’intéresser à des problèmes très urgents (des problèmes économiques, de l’enseignement et la mise en place d’un gouvernement algérien). Ce ne sont toutefois pas des raisons excusables tout à fait, parce que dès 1990, lorsque l’association du 8 Mai 1945 a parlé de crimes coloniaux et de crimes contre l’humanité, il aurait fallu réagir immédiatement. Il est vrai que là aussi, il y avait des circonstances atténuantes que sont la décennie noire et les années de terrorisme.

Cependant, la loi française glorifiant le colonialisme est une loi qui a maturé et qui était en projet dès 1999, avec la reconnaissance de la France de la guerre d’Algérie. Avant cette date, il était question des événements d’Algérie.

Il aurait fallu sauter sur l’occasion pour légiférer en la matière et devancer la loi 2005. Parce qu’actuellement, la partie néocolonialiste pense que c’est la réponse du berger à la bergère. Ce n’est pas tout à fait faux. Mais seulement sur le plan de la temporalité. Le fait colonial a été criminalisé par les Australiens et la Libye tout dernièrement…Le fait que ce texte a remué la scène française est une mise en garde contre l’Algérie. Il n’y a qu’à voir l’attitude de Bernard Kouchner, qui est une ingérence dans les affaires algériennes. Pour ce projet, j’espère qu’il incriminera le fait colonial comme crime d’Etat. Je dirais qu’il faut donner le temps au temps pour que ce projet soit fiable sur le plan juridique. J’ai un grand espoir de voir ce projet de loi aboutir et adopté. Parce ce qu’il serait inconcevable et inimaginable que ceux qui ont fait la révolution ne l’adopte pas.

Dans ce cas, ce serait synonyme de condamnation de ceux qui ont fait la révolution (tous les chouhada). Ce projet doit s’inscrire en droite ligne de l’action entreprise en 1954.

Justement, le projet prévoit la création d’un tribunal pénal spécial et le jugement des responsables des crimes. Ces objectifs sont-ils réalisables?

Il y a deux problèmes: il y a les Accords d’Evian qui ont amnistié les responsables des actes commis entre 1954 et 1962. Seulement là il y a un très grand mais…, car on a oublié qu’il y a eu agression contre l’Algérie. Etant donné que les auteurs des crimes contre l’humanité et les crimes de guerre sont encore vivants et qu’ils glorifient la torture, les assassinats – je fais allusion à Aussares et aux autres – il n’est pas concevable de mettre sur le même niveau l’agresseur et l’agressé. L’agressé étant l’Algérien, il était de son droit de se défendre en utilisant toutes les armes.

Deuxièmement, je pense qu’il faut mettre l’accent sur le crime d’Etat qui est au-dessus de celui des individus. L’Algérie est en droit de demander réparation et la France en tant qu’Etat a le devoir de prendre en considération cette revendication. Une revendication soutenue par des Français en 1954 et aujourd’hui, car elles sont des revendications légitimes, contrairement à celles des nostalgiques de l’Algérie française. Cette dernière est morte et enterrée définitivement.



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