Inépties diplomatiques algériennes

La controverse algéro-française (mais surtout algéro-algérienne) née de l’initiative prise par une centaine de députés (chambre basse du parlement algérien – APN) de soumettre un projet de loi criminalisant le fait colonial français en Algérie, ne cesse de connaître des rebondissements cocasses. Une controverse qui a aussi et surtout mis à nu les inepties insoupçonnées de la diplomatie algérienne. Pour s’en convaincre, voici, en intégralité, le texte d’une chronique de Mustapha Hammouche, parue dans le Quotidien LIBERTE, édition du 10 mars 2010. (Retrouvez cette chronique sur le site de LIBERTE ici).

On ne saura pas si le colonialisme est un crime ou non. Cent vingt-cinq députés ont “menacé” – on ne sait plus qui – des mois durant de déposer une loi criminalisant le colonialisme. Et de la faire voter, puisque l’initiative vient de la majorité. Mais avant-hier, le président de l’Assemblée nationale nous apprenait que le passage à l’acte “dépendra de la circonstance et de la conjoncture” dans lesquelles “nous serons à ce moment-là”. Si moment il y aura, puisque le projet de loi est désormais aux mains du gouvernement qui, selon Ziari, “dispose de deux mois pour répondre positivement ou négativement”, ajoutant que “sa marge d’appréciation (du gouvernement) est importante”.

Cela, on le savait, l’Assemblée n’ayant jamais appliqué sa prérogative virtuelle d’initiative de loi. Dans ce cas, la “représentation nationale” vient même d’innover en matière de procédure de production législative : un projet de loi réputé d’initiative parlementaire est transmis à l’Exécutif “pour avis”, mais “avec une marge d’appréciation importante”. Il fallait que Bernard Kouchner, ministre des Affaires étrangères, et Luc Chatel, porte-parole du gouvernement français, fussent au courant de l’itinéraire dans lequel le projet allait s’enliser ou connaisseurs de l’état de l’équilibre des pouvoirs dans notre système. Pour se rassurer, le premier s’est suffi de “constater” que l’Exécutif algérien n’avait “aucunement pris position” sur ce texte et le second s’est limité à  “noter” simplement que cette proposition est “d’initiative parlementaire” et “n’a pas été reprise par le pouvoir exécutif algérien”.

Rappelons-nous la précision faite par Bouteflika, à la fin novembre 2009, alors que le ministre des Moudjahidine avait pris des libertés de ton dans un propos à l’adresse de Sarkozy. “La politique extérieure relève du domaine réservé du président de la République et de ses plénipotentiaires dont le ministre des Affaires étrangères”, avait-il rappelé.

Quand on voit que les gesticulations législatives n’arrivent pas à entamer la sérénité des Kouchner et Chatel au fait de notre réalité politique, on est contraint de penser que c’est donc à nous qu’elles s’adressent. Nos élus à 35% attendent de nous qu’on admette enfin quelque pouvoir d’initiative autonome de notre instance législative, qu’on se mobilise comme un seul homme derrière eux au service d’une cause nationale qui attendait le courage d’un groupe parlementaire qui puisse l’entreprendre et que l’on se pâme, enfin, d’ébahissement devant leur intransigeance théâtrale sur la nécessité de juger les crimes coloniaux ! Les aurions-nous crus que le président de l’APN viendrait se déjuger de lui-même : “Nous attendons maintenant l’avis du gouvernement. Mais cette proposition n’est pas inscrite à l’ordre du jour de la session de printemps.” La France est donc tranquille jusqu’à l’automne et le projet de loi itinérant continuera à faire débat… ici. Entre-temps, il faudrait se rendre compte qu’on aura élu une Assemblée législative pour entendre des absurdités de ce type : la criminalisation du colonialisme – qui peut se concevoir pour un crime passé justement parce qu’il serait, en toute circonstance, imprescriptible – dépendra de la conjoncture !



Ait Ahmed au CN du FFS: « La véritable élite politique est celle qui résiste au souci de soi »

Ait Ahmed au CN du FFS: A l’occasion de la tenue du Conseil national du Front des Forces Socialistes (FFS) à Alger, les 05 et 06 mars 2010 derniers, Hocine Aït Ahmed, président de ce parti politique de l’opposition (résident en Suisse), a adressé un message à ses cadres militants dont voici l’intégralité: 

 

Chers camarades,

Nous faisons face à un pouvoir qui empêche toujours le peuple algérien de s’exprimer librement ; à un pouvoir déterminé à briser toute opposition et tout opposant ; un pouvoir qui n’a d’autre alternative que d’aggraver la répression ou de disparaître politiquement.

En dépit de toutes les crises qui se succèdent, se chevauchent et secouent le pouvoir, l’opposition peine à reprendre l’initiative politique.

Autour de nous, les Algériennes et les Algériens vivent dans la précarité morale et sociale. Même les espérances qu’ils avaient placées dans la conscience internationale, comme remparts et garanties de la liberté et de la démocratie sont en train de s’effondrer.

La gestion de hasard menée pendant des décennies a fini par installer la violence au cœur des institutions et des rapports sociaux. Elle bloque toute évolution et toute réforme. Elle nous maintient dans l’archaïsme et compromet sérieusement l’avenir du pays. Seuls ont droit de cité les rapports de force nue.

Aujourd’hui, l’expérimentation sociale, la gestion pacifique de conflits, les médiations sociales et politiques sont quasiment impossibles.

Chers camarades,

Nous sommes des militants, nous restons fidèles à nos engagements primordiaux. Nous ne devons ni capituler, ni abdiquer. Il n’y a pas de fatalité historique et les issues existent.

Nous avons besoin d’évaluer rigoureusement les capacités d’intervention de notre parti, tant au plan national qu’international pour tracer les chemins du changement.

Dans cet esprit, j’aimerai vous faire partager mes questionnements et vous proposer quelques pistes de réflexion.

Dans le contexte actuel de crise mondiale durable et de redéfinition des relations internationales, les initiatives d’appui aux transitions démocratiques restent timorées et ne constituent plus une priorité. Le plus souvent, elles se cantonnent dans des discours et des professions de foi.

La violence et la menace constante du recours à la force réapparaissent comme les composantes fondamentales du nouveau système pan-étatique des relations internationales.

Les puissances en mesure d’influer où d’influencer les régimes autoritaires, observent une attitude floue et donnent une impression de valse hésitation.

Au mépris des idéaux et des valeurs qu’elles proclament, au mépris des valeurs qui fondent la communauté des nations, elles préfèrent délibérément continuer de soutenir et de protéger ces régimes.

Les efforts méritoires des organisations non gouvernementales ne sont pas en mesure de renverser cette tendance lourde, en l’absence d’une véritable Société Civile Internationale.

Notre pays est emblématique de cette attitude troublante pour ne pas dire équivoque. Victime d’enjeux et d’équilibres géopolitiques régionaux voire mondiaux, il devient la profondeur stratégique des uns et le point d’appui des autres.

Comment expliquer autrement le silence, la bienveillance voire la complaisance envers un régime qui ne peut pas moderniser, stabiliser et encore moins démocratiser le pays ; un régime qui a une responsabilité écrasante dans les désastres que nous avons vécus et qui, circonstance aggravante, constitue, par ses options, un facteur potentiel de déstabilisation régionale.

Rien de ce qui se passe dans l’un des pays du Maghreb n’est sans conséquence sur les autres. La contagion est la règle. Le passé proche et lointain en témoigne, la communauté de destin qui lie nos pays n’est pas une simple vue de l’esprit.

Chers amis,

La situation actuelle de notre pays est la résultante de la conjonction de la situation internationale et de la crise interne qui perdure.

La vie publique est en voie d’extinction ; les espaces publics se rétrécissent en peau de chagrin ; aucune place n’est laissée à une expression libre de la société, encore moins à son organisation. Il n’y a pas d’élections libres, il y a crise de légitimité et de représentation politique et sociale. Ne demeure plus qu’une gangue institutionnelle. La répression et la corruption sont le seul ciment de l’Etat.

Les institutions, la sphère médiatique et l’essentiel des organisations politiques, associatives et syndicales sont dévoyées de leurs missions et responsabilités, réduites à n’être qu’un outil de contrôle et de corruption politique et sociale.

Chers compatriotes,

Sommes-nous des alarmistes ? Sommes-nous des alarmés ?

Sommes-nous des semeurs d’angoisse ou faisons-nous preuve de lucidité à un moment critique de notre histoire ?

Quel avenir pour notre pays ?

Pouvons-nous espérer un avenir d’équité, de justice, de libertés et de dignité ?

Réussirons-nous à sauver ce qui peut encore l’être ?

Chers camarades, chers militants,

Quel avenir pour notre parti ?

Face à nous, un pouvoir liberticide foncièrement opposé au pluralisme et aux Droits humains, qui ne tolère de partis que soumis ou sans ancrage social véritable.

Autour de nous, la société  se déstructure et se disloque de jour en jour. Les femmes et les hommes de ce pays ne savent plus,  peut-être ne veulent plus et en tous cas ne peuvent plus, faire de la politique.

Nous sommes porteurs d’alternatives politiques et sociales. Mais quelle est l’efficience de notre parti?

De quelles capacités d’intervention disposons-nous dans la société et dans les institutions?

Au-delà des utopies mobilisatrices et de la radicalité de nos positions, avons-nous réussi à faire barrage à la restauration de la dictature ?

Nos appels aux dialogues, nos mises en garde, nos initiatives, nos contrats et nos campagnes politiques ont-ils eu les résultats escomptés?

Nous avons des ambitions pour le pays et voulons un changement radical et pacifique. Nous ne pouvons nous suffire de déconstruire le discours du régime, dévoiler ses manipulations, ses complots et ses mystifications.

Se préserver, survivre pour survivre n’est pas l’ambition de notre parti ; ce n’est pas une option viable !

Ne devons-nous pas redéfinir notre planning stratégique ? Nos instruments de navigation politique. ?

Nous ne sommes pas des guezanates ni des chouwafates. Notre projet n’est pas de prédire l’avenir, ni d’élaborer des scénarios stratégiques sophistiqués.

Ce que nous voulons, ce à quoi je vous invite c’est de préciser les tâches à accomplir et le pourquoi de ces tâches. C’est de donner pour chacune de nos activités, des objectifs et de définir la stratégie pour les atteindre.

Chers amis,

Nous abordons une étape nouvelle :

-Dans le monde, des transformations sont à l’œuvre, et il est encore trop tôt pour en mesurer l’ampleur et les implications .

-Dans le pays,  nous devons desserrer l’étau et nous libérer de l’étreinte d’un pouvoir qui cherche à nous étouffer.

-Dans le parti, nous devons revisiter nos perspectives, nos stratégies et nos modes d’organisation.

La Conférence Nationale d’Evaluation Démocratique et Transparente, telle que prévue par nos statuts, est l’occasion idoine pour faire le point. L’opportunité de trouver les moyens de travailler plus intelligemment, plus lucidement et plus efficacement. Je me propose de vous transmettre un projet d’évaluation à la prochaine session du Conseil national.

D’évidence, la priorité stratégique est à la bonne préparation et à la tenue de cette échéance. J’estime que l’efficacité et la cohérence politique rendent inopportun le changement du Premier secrétaire. A lui d’envisager et d’apporter les aménagements nécessaires dans la composition du Secrétariat national.

Chers camarades,

Pour terminer, je voudrai vous rendre un hommage chaleureux, à vous toutes et à vous tous, militantes et militants. Je suis fier de travailler avec les différents responsables du parti, notamment les membres du Secrétariat national, qui, dans des conditions extrêmes, investissent beaucoup d’eux-mêmes au service de notre parti et de notre pays.

La véritable élite politique est celle qui résiste au souci de soi.

(Sources: site d’information Tout sur l’Algérie)



El Korso à El Watan à propos de l’initiative algérienne de criminaliser le fait colonial:  » j’ai un grand espoir de voir cette proposition de loi aboutir »

Dans un entretien accordé par M. Mohamed El Korso, historien et président de la fondation du 8 Mai 1945, au Quotidien EL Watan publié ce jeudi 04 mars 2010, l’éminent homme de science annonce avoir « un grand espoir de voir cette proposition de loi aboutir.» Une déclaration qui pourrait surprendre plus d’un tant M. El Korso avait habitué les gens s’intéressant à l’Histoire, à un propos plus mesuré en la matière. Mais ceci au plan forme uniquement. L’homme a et défend des positions tranchées et sans ambages sur les crimes commis par le colonialisme français. Le contenu de cette interview est édifiant. En voici quelque extraits. (Le texte intégral de l’entretien est à lire ici.)

La proposition de loi incriminant le colonialisme, initiée par les parlementaires, vient d’être soumise au gouvernement pour examen. En tant qu’historien, pensez-vous que ce projet est en mesure de réaliser la demande algérienne, concernant la reconnaissance des crimes coloniaux et la demande de pardon par la France au peuple algérien ?

Ce projet incrimine, à mon sens, le fait colonial en tant que fait. Les crimes qui ont été commis sont des crimes d’Etat. C’est vrai qu’ils ont été commis par des personnes, mais c’était au nom de l’Etat français. C’est la raison pour laquelle, le principe, qui a été avancé par le ministre de l’Intérieur et actuel président français, Nicolas Sarkozy, selon lequel les enfants n’ont pas à s’excuser pour des faits de leurs parents, est nul et non avenu; ce principe n’a pas lieu d’être, puisque ce qui a été commis a été fait au nom de la République française qu’il préside lui-même aujourd’hui.

Deuxièmement, et concernant l’Algérie, ce projet de loi aurait dû être élaboré tout de suite, au lendemain de l’indépendance. Mais il y avait des raisons objectives qui ont fait que l’Algérie devait s’intéresser à des problèmes très urgents (des problèmes économiques, de l’enseignement et la mise en place d’un gouvernement algérien). Ce ne sont toutefois pas des raisons excusables tout à fait, parce que dès 1990, lorsque l’association du 8 Mai 1945 a parlé de crimes coloniaux et de crimes contre l’humanité, il aurait fallu réagir immédiatement. Il est vrai que là aussi, il y avait des circonstances atténuantes que sont la décennie noire et les années de terrorisme.

Cependant, la loi française glorifiant le colonialisme est une loi qui a maturé et qui était en projet dès 1999, avec la reconnaissance de la France de la guerre d’Algérie. Avant cette date, il était question des événements d’Algérie.

Il aurait fallu sauter sur l’occasion pour légiférer en la matière et devancer la loi 2005. Parce qu’actuellement, la partie néocolonialiste pense que c’est la réponse du berger à la bergère. Ce n’est pas tout à fait faux. Mais seulement sur le plan de la temporalité. Le fait colonial a été criminalisé par les Australiens et la Libye tout dernièrement…Le fait que ce texte a remué la scène française est une mise en garde contre l’Algérie. Il n’y a qu’à voir l’attitude de Bernard Kouchner, qui est une ingérence dans les affaires algériennes. Pour ce projet, j’espère qu’il incriminera le fait colonial comme crime d’Etat. Je dirais qu’il faut donner le temps au temps pour que ce projet soit fiable sur le plan juridique. J’ai un grand espoir de voir ce projet de loi aboutir et adopté. Parce ce qu’il serait inconcevable et inimaginable que ceux qui ont fait la révolution ne l’adopte pas.

Dans ce cas, ce serait synonyme de condamnation de ceux qui ont fait la révolution (tous les chouhada). Ce projet doit s’inscrire en droite ligne de l’action entreprise en 1954.

Justement, le projet prévoit la création d’un tribunal pénal spécial et le jugement des responsables des crimes. Ces objectifs sont-ils réalisables?

Il y a deux problèmes: il y a les Accords d’Evian qui ont amnistié les responsables des actes commis entre 1954 et 1962. Seulement là il y a un très grand mais…, car on a oublié qu’il y a eu agression contre l’Algérie. Etant donné que les auteurs des crimes contre l’humanité et les crimes de guerre sont encore vivants et qu’ils glorifient la torture, les assassinats – je fais allusion à Aussares et aux autres – il n’est pas concevable de mettre sur le même niveau l’agresseur et l’agressé. L’agressé étant l’Algérien, il était de son droit de se défendre en utilisant toutes les armes.

Deuxièmement, je pense qu’il faut mettre l’accent sur le crime d’Etat qui est au-dessus de celui des individus. L’Algérie est en droit de demander réparation et la France en tant qu’Etat a le devoir de prendre en considération cette revendication. Une revendication soutenue par des Français en 1954 et aujourd’hui, car elles sont des revendications légitimes, contrairement à celles des nostalgiques de l’Algérie française. Cette dernière est morte et enterrée définitivement.



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