L’histoire officielle refoule ce qui contredit le mythe de l’unanimité et de la continuité, selon ADDI Lahouari

L’histoire officielle refoule ce qui contredit le mythe de l’unanimité et de la continuité, selon ADDI Lahouari entete4

La publication, par Said SADI (Président du RCD) d’un essai traitant de la mort des Colonels AMIROUCHE et SI ELHOUAS, a soulevé une polémique inouie, car les accusations portées par l’auteur à l’encontre de l’ancien président BOUMEDIENE et le fondateur et patron du MALG, BOUSSOUF sont d’une gravité extrême.

Parmi la multitude de textes ayant alimenté cette polémique (dont la quasi totalité a été publiée exclusivement sur les colonnes du quotidien Le Soir d’Algérie), j’ai choisi la conférence donnée par l’éminent sociologue ADDI Lahouari , le 16 juin dernier à l’université Mouloud MAMMERI de Tizi Ouzou.

Outre son caractère didactique proposant des clés pour comprendre les enjeux de cette polémique et de tout débat en Histoire, le choix de ce texte est motivé par le fait que ces deux hommes se sont, maintes fois, opposés dans de rudes empoignades à propos de la genèse de la crise politique nationale et  notamment le rôle et la responsabilité de l’islamisme du régime en place.

Bonne lecture!

L’écriture de l’Histoire et ses implications politiques en Algérie

Par Lahouari Addi

Pourquoi un pays comme l’Algérie a des difficultés à débattre publiquement et sereinement du passé de la guerre de Libération nationale ? La réponse réside dans le fait que le régime actuel est issu de cette histoire et ses dirigeants ont été les protagonistes des conflits internes au FLN qu’ils refoulent. Ils construisent une histoire de la guerre de libération qui a commencé en novembre 1954 et qui s’est terminée par la victoire en 1962 et dans laquelle les Algériens et les responsables étaient unis.

Le régime se présente comme l’héritier du 1er Novembre 1954, alors qu’il n’est qu’un courant du mouvement national qui s’est imposé sur les autres. Ce qui est à souligner, c’est qu’il a exercé un monopole sur Novembre 1954 pour se présenter comme son incarnation légitime, et pour cela, il faut refouler les événements et les hommes qui contredisent ce récit. Le discours officiel retient que Boumediène a été chef d’état-major et que, à ce titre, il est le représentant légitime du mouvement national, en passant sous silence qu’il n’était pas un combattant de l’intérieur et que sa désignation à ce poste a été un compromis entre les trois B (Boussouf, Bentobal, Belkacem Krim) qui, chacun de son côté, pensait le manipuler, étant donné les qualités qu’il présentait à l’époque : timidité, faible personnalité et absence d’ambition.

L’histoire officielle va refouler ces aspects qui contredisent le mythe de l’unanimité et de la continuité. Elle est une reconstitution désincarnée du passé où l’acteur est un personnage abstrait – le peuple – représenté toutefois par le leader. Si le leader n’est pas un maquisard, s’il a violé le Congrès de la Soummam en refusant le double principe de la primauté du politique sur le militaire et l’intérieur sur l’extérieur, s’il a opéré un coup d’Etat dès l’indépendance en renversant l’organe institutionnel légitime — le GPRA— il est alors urgent de mettre sous surveillance l’Histoire car elle risque de démentir la fiction sur laquelle le régime est construit. Cependant, il ne faut pas tomber dans l’excès inverse et croire que l’histoire du pays est une succession de complots et de trahisons. Ce serait une erreur de parler de Boussouf, Boumediène et du MALG en termes négatifs et leur intenter des procès soixante ans après. Ces acteurs appartiennent à l’Histoire et, à ce titre, il faut les prendre pour des représentants de courants et de sensibilités enracinés dans la société.

La force seule n’explique pas la défaite du GPRA face à l’étatmajor en 1962. Il y a eu probablement des raisons de conjoncture, mais l’explication fondamentale réside dans le fait que l’EMG a exprimé le populisme du mouvement national. Le Bureau politique proclamé à Tlemcen, et qui réunissait Ben Bella, Khider, Boumediène, Mohammedi Said, etc. a été la victoire du populisme bien ancré dans la culture politique des couches populaires. Comme universitaires, nous ne devons pas idéaliser la société et diaboliser les dirigeants.

Cette société, à majorité rurale, exténuée par une colonisation qui lui a refusé l’insertion dans la modernité, a donné naissance à un nationalisme où l’utopie tient lieu d’espoir et qui est marqué par des limites idéologiques qui seront un obstacle à la construction de l’Etat de droit. De mon point de vue, seuls deux responsables ont essayé de dépasser ces limites : Ferhat Abbas et Aït Ahmed. Ferhat Abbas attirait l’attention sur le défaut de réduire la civilisation occidentale au colonialisme. Il souhaitait que l’Algérie apprenne de la civilisation occidentale, ce qui semblait être une trahison pour des responsables comme Mohammedi Said ou Houari Boumediène. Quant à Aït Ahmed, dès 1962, il voulait que la souveraineté passe de l’ALN à l’Assemblée nationale constituante. Ces deux hommes ont été mis en minorité parce qu’ils étaient en avance par rapport aux représentations de leur société, parce qu’ils n’avaient pas de soutien. Le commandant Moussa, que j’ai connu à Oran, m’avait expliqué qu’il voulait le multipartisme en 1962 mais il n’avait pas trouvé d’appui parmi les anciens maquisards de la Wilaya IV.

(Retrouvez ce texte en intégralité sur le site du quotidien Le Soir d’Algérie ici)

 



Laisser un commentaire

Le parloir de l'Impératrice |
mandarines |
actionsplessisbouchard |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | KOI DE 9 ?
| CGT ICTAM de l'OPH 93
| lephotovoltaique