Graphie du berbère: enfin le vrai débat!

En l’espace de moins d’un mois, deux sociologues algériens connus et reconnus pour leur science ont suggéré, c’est un euphémisme dans leur cas, de transcrire le berbère en caractères arabes. (Voir article précédent Transcription du berbère en caractères arabes: faux débat et vraie arnaque).

Une double charge qui n’a pas manqué de suscité la réaction de trois linguistes allant chacun de son analyse et de ses propositions pour invalider les suggestions arabisantes et interrogeant le fait historique, sociologique et linguistique pour étayer le point de vue affirmé.

Je me propose de vous indiquer les liens vers ces trois articles. Ainsi chacun se fera son propre idée sur le sujet. (Cliquez sur les liens en surbrillance pour accéder à l’article intégral).

DEBAT : De la graphie arabe pour tamazight ?  Par Djaafar MESSAOUDI

Dans l’édition du Soir d’Algérie du lundi 16 août 2010, monsieur Lahouari Addi a dit, en parlant de tamazight, que « Son avenir se joue dans sa formalisation en langue écrite avec l’alphabet arabe », se positionnant ainsi à côté des islamo-arabistes [1] qui n’ont jamais cessé d’exercer de la pression afin d’amener l’État algérien à officialiser un système que ni les vrais praticiens de la langue amazighe, ni les linguistes berbérisants n’ont choisi et ce pour des raisons que nous allons exposer ci-dessous (…)

De la standardisation de taqbaylit  Par Kamel BOUAMARA

Historique

Le processus de standardisation de taqbaylit remonte à la deuxième moitié du XIXe siècle. C’est à cette époque que commencent les premières opérations du long et lent processus de « passage à l’écrit » que connaît taqbaylit. Dans le but de mieux connaître, de l’intérieur, les populations kabyles que l’administration coloniale française n’a pas encore réduit totalement, la Direction de l’armée avait alors encouragé toutes les recherches qui ont porté sur les sujets d’intérêt général et immédiat, tels que les « œuvres de l’esprit » (telle que la langue, les récits, la poésie, …) produites par les Kabyles, leur droit coutumier, leur organisation sociale et administrative, etc. Les résultats de ces recherches, destinés d’abord à qui de droit, ont été par la suite publiés, dès cette époque. Ces travaux ont, depuis, été plusieurs fois réédités (…)

Au sujet de la transcription de Tamazight en caractères arabes  Par Mouloud LOUNAOUCI

L’aménagement linguistique est “une tentative de résoudre des problèmes sociaux, économiques et politiques par le biais d’une intervention portant sur la langue”, Weinstein, 1980.

Il n’y a pas si longtemps, parler tamazigh était en soi contre-révolutionnaire. Enfermée (au sens incarcéré) cette langue autochtone n’a pu suivre l’évolution de la société universelle. Empêchée d’exister, elle n’a pu se développer ni se moderniser pour rendre les réalités du présent. Il aura fallu attendre 1995 (après le sacrifice de plusieurs générations de militants) pour voir son enseignement accepté, et 2002 pour avoir le statut de langue nationale (article 3 bis de la Constitution).

Ce bref rappel pour dire qu’un travail colossal attend à la fois les spécialistes de la langue mais aussi les historiens, sociologues, anthropologues, ethnologues, juristes… et la société civile à travers son réseau associatif. La normalisation de tamazight (au sens, rendre son usage normal) est une nécessité pour une réelle socialisation et c’est précisément la raison pour laquelle le support graphique à utiliser est important (…).



Transcription du berbère en caractères arabes: faux débat et vraie arnaque

Ils se disent berbères, ils dissertent en français et pensent en arabe. Qui sont-ils ? Ce sont deux éminents sociologues algériens (en attendant les autres) qui viennent doctement nous susurrer à l’oreille qu’ils sont pour la transcription du tamazight en caractères arabes. En effet, à la suite de M. Addi Elhouari, voilà que M. Ali El Kenz nous informe qu’il est pour cette option pour, argue-t-il, rallier l’ensemble des algériens à cette cause, qui sans cela serait perdue.

Extrait de l’article en question (LIBERTE du 24/08/2010) « Profitant de sa présence à la soirée organisée, dimanche dernier, par le quotidien Algérie News à la librairie Socrate New à Alger, le sociologue Ali El-Kenz a donné un avis “tranchant” sur la langue berbère. “Je suis pour l’enseignement du berbère dans tout le pays et non dans une seule région puisque cette langue appartient à toute l’Algérie”, a-t-il lancé devant les nombreux présents. et d’ajouter : “… et je suis pour l’écriture du berbère avec des caractères arabes”. Il expliquera sa position sur cette question par l’importance d’avoir l’adhésion d’une majorité d’Algériens en optant pour cette transcription.»

Quant à M. Addi Elhouari et si je suis tout à fait d’accord avec lui sur l’idée qu’il faille traduire en berbère les grands textes de l’humanité, je le suis beaucoup moins lorsqu’il s’agit de fait recourir aux caractères arabes pour y parvenir.
 
Extrait de la contribution de M. Lahouari Addi (Le Soir d’Algérie, édition du lundi 16/08/2010) : « (…) La langue berbère connaîtra le même sort si elle reste prisonnière de la culture locale passée et de la poésie. Son avenir se joue dans sa formalisation en langue écrite avec … l’alphabet arabe, et dans la traduction de Homère, de Tolstoï, en passant par Les Mille et une Nuits, le Coran et Kant. A quoi servirait la langue berbère si nous ne pouvons pas lire dans cette langue des œuvres universelles et des travaux scientifiques sur la société algérienne ? L’affectivité ne suffit pas pour créer le lien social (…) ».
 
Et puisque tout le monde se donne le droit de donner son opinion « les opinions étant comme les (…) chacun en a un », moi je dis humblement:

*  Je me contrefiche que tous les Algériens rallient cette cause ;
Je pense que cette trouvaille est un cheval de Troie de l’arabo-islamisme ;
Je suis pour le latin et le tifinagh mais jamais pour l’arabe ;
Que la langue arabe se prenne en charge, vu le nombre ahurissant de ses partisans avant de prétendre sauver les autres langues ;
Le berbère n’est pas qu’une langue mais un mode de vie, une culture et une histoire et un territoire ;
Nous sommes en présence d’une tentative de spoliation identitaire de la part de gens super suspects car drapés des oripeaux de la science ;
Enfin, nos mères ne sont pas à vendre. « enaâmed ad negrent tudrine wala ad yenger lasel ».



Affaire du projet de mosquée à Aghribs: le comité de village réagit

Ci-après la déclaration du comité de village d’Aghribs suite aux heurts ayant opposé jeunes du villages opposés à la construction d’une nouvelle mosquée dans leur localité et les partisans de projet regroupés autours d’une association religieuse.

Déclaration du comité de village d’Aghrib

Depuis plus de trois ans, la population d’Aghribs est continuellement agressée dans sa dignité par un groupuscule d’aventuriers missionné pour répandre à travers la Kabylie des pratiques cultuelles importées au détriment de l’Islam convivial de nos ancêtres.

En effet, ces mercenaires émargeant à une officine étrangère, s’obstinent à lancer la construction d’une soi-disant mosquée qui, en vérité, n’est rien d’autre qu’une base avancée du salafisme. Ceci après s’être présentés au siège de l’APC au nom du comité de village et des citoyens d’Aghribs pour demander une autorisation pour l’édification de leur « repère ». Une fois la supercherie découverte, toutes les démarches nécessaires pour le retrait du permis de construire ont été entreprises par le village ainsi que l’APC.

Plus grave encore, ce projet obscurantiste est implanté à vingt mètres à peine de la mosquée ancestrale connue dans toute la région sous le nom de Sidi-Djaffar et dont la restauration était déjà bien avancée.

Blessée dans son honneur, la population d’Aghribs a, par la voix de ses représentants légaux constitués en comité, usé de tous les moyens pacifiques pour stopper cette provocation. Malheureusement, des autorités wilayales complaisantes (pour ne pas dire complices) et une justice aux ordres ont encouragé ces mercenaires à monter au créneau.

La population d’Aghribs en a, alors, appelé à la sagesse des arch environnants ; plus de cinquante délégations représentant divers villages de Kabylie ont, à l’issue d’un conclave qui a duré deux jours, mis ces mercenaires au ban de la société et assuré de leur soutien la population d’Aghribs.

Pour autant, cela n’a pas dissuadé ces chargés de mission qui, mettant à profit la recrudescence des attentats terroristes en Kabylie qu’ils savent dommageables sur le moral des citoyens, n’ont rien épargné pour exacerber la tension et instaurer un climat de peur généralisée.

Ainsi, le paroxysme de l’insulte a été atteint le jour de l’inauguration de la mosquée Sidi-Djaffar.

Ce jour-la, en effet, sans aucun respect pour ces milliers de femmes et d’hommes venus de tous les coins d’Algérie pour visiter ce haut lieu de spiritualité, le chef de ces voyous flanqué de ses deux lieutenants, a carrément fait dans l’intimidation en filmant sans retenue les invités du village. Ceci en menaçant d’envoyer ces vidéos « à qui de droit ».

Face à tant d’outrecuidance, à tant d’indécence et au mutisme des autorités, les citoyens d’Aghribs ont assumé leurs responsabilités et se sont, d’une part, débarrassé, définitivement, de la verrue salafiste et envisagent, d’autres part, de recourir aux valeurs de dignité de la Kabylie afin de bannir ces êtres indignes de notre culture, de nos traditions et de notre honneur lors d’une assemblée générale prévue dans quelques jours.

Mais au delà, un certain nombre de questions taraudent l’esprit des citoyens : pourquoi ce silence méprisant des autorités ? Pourquoi des dizaines de dépôts de plaintes sont-elles classées sans suite ? Pourquoi, avant de plier sous la pression des citoyens, ces exaltés n’ont pas hésité à faire usage de flèches métalliques sciemment aiguisées ainsi que d’armes à feu ?

Impunité, complicité…peu importe. Le moment n’est pas aux conjectures et les citoyens d’Aghribs le savent. Ils sont surs d’une chose : le salafisme ne se substituera jamais à l’Islam tolérant de leurs anciens et ils assurent de leur soutien sans faille toutes les villages menacés par ce fléau.

Fait à Aghribs, le 10 aout 2010

(Source du document, le site d’information Dernières Nouvelles d’Algérie http://www.dna-algerie.com)  

Lire également à ce sujet:

Reportage à Aghribs sur le site dna-algerie.com

Enquête de dna-algerie.com: La mosquée de la grande discorde

Article de tsa-algerie.com sur cette déclaration



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