Ali El Kenz vient de rechuter

Voulant apporter une réponse réfléchie et mesurée aux critiques lui ayant été faites suite à sa suggestion de transcrire le tamazight en caractères arabes, voici que M. Ali El Kenz récidive sur les colonnes d’El Watan de ce mercredi 1er septembre 2010. (Lire ici l’article intégral de Ali l Kenz sur le site d’El Watan)

D’entrée de jeu, le sociologue nous apprend qu’il aime les langues, toutes les langues. Ce qui est à son honneur. Sauf que dans ce qui nous intéresse, ici, c’est son rapport à la langue tamazight.

Et en ce sens, il écrit : « Et, que dire des «qaçaïd» d’Aït Menguellet dont le souffle et la force océaniques, comme celles de Ababsa et El Bar Aomar me ramènent à mes mythes originaires ? ». Nous sommes tentés de lui dire qu’Ait Menguellet ne fait pas de qaçaïd  (arabisation quant tu nous tiens) mais des isefra. Et s’il ne comprend pas les paroles, cela le motiverait davantage pour apprendre la langue de ce poète pour que son bonheur soit total.

« Domestiquer la langue, n’est-ce pas le mythe rationaliste par excellence qui, de Pythagore à la numérisation actuelle, tente régulièrement d’enfermer le mot sous le chiffre, le sens sous le signe afin de mieux gouverner la pensée et de faire des humains des automates ? », s’interroge le praticien. Mais dans ce cas d’espèce, tamazight a été plus que domestiquée. Sans qu’on ne touche à sa structure, par le simple fait d’avoir arabisé en les pervertissant, les noms de lieux, un grave préjudice a été porté à cette langue. Par enchantement, les Ath sont devenus des Beni sans oublier les Aïn Ouml Ennas, les Ghilizane, etc.  En vidant le nom de son sens, de sa sémantique, de ce qui fonde son authenticité, on vise à l’anéantir en la coupant de la mémoire et du vécu.

Puis, il précise plus loin : « En fait, je découvrais la richesse de ma langue maternelle, celle-là même que j’avais fini par dévaloriser avec mes instituteurs français, mais aussi plus tard avec les professeurs d’arabe eux-mêmes qui la considéraient comme un dialecte appauvri, un patois même, qu’il fallait «éradiquer» et remplacer par la langue épurée des grammairiens ». En lisant ce passage, l’on est tenté de se poser la question suivante : qu’est-ce qu’a fait le locuteur de la langue arabe dialectale pour l’émancipation de celle-ci ? Il aura fallu attendre la crise du printemps berbère 1980 pour qu’enfin soit mise, noir sur blanc, cette revendication légitime pour être opposée aux pouvoirs publics. (Voir les résolutions du MCB). Puis, quelle fut grande la solitude du père de Nedjma, lui l’Universel qui aima ses langes maternelle et populaire.

Mais en ces temps-là, il ne faisait pas bon être revendicatif. Lors de ce printemps trouble et écarlate, feu Mammeri qui, lui aussi aimait touts les langues mais avait une préférence pour la sienne, n’avait pas trouvé beaucoup de soutien parmi nos linguistes chercheurs philanthropes de nos jours. Il fut traité de traitre à la révolution par un baathiste sans autre forme de procès.

« Mais voilà, aujourd’hui, partout ou presque dans le monde, les langues se remettent à faire parler d’elles-mêmes, si j’ose dire », écrit M. El Kenz. Nous sommes tentés de lui dire que ça ne date pas d’aujourd’hui hélas. Que de peines, que de sang, que de morts cher Monsieur ! Pour tamazight, cette langue n’a pas fait que parler d’elle. Elle résiste à l’anéantissement depuis deux millénaires. Des tentatives massives d’effacement orchestrées par les conquérants de cette terre meurtrie.

Parlant de l’expérience de l’arabisation en Algérie, notre sociologue note : « La langue enseignée, sans racines locales, devint une langue mécanique, déconnectée de son vivier naturel, soit les langues parlées par les Algériens, et dans lequel elle aurait puisé énergie et vitalité ». Un état de fait qu’il explique par « la formation de nos arabisants locaux qui les accabla de complexes dans les lieux moyen-orientaux où ils ont évolué qui s’exprimaient dans la haine viscérale de la langue française, et le mépris hautain des dialectes locaux. A tout cela, il faut ajouter l’intense rivalité qui les opposa, l’indépendance venue, à l’autre élite culturellement concurrente, celle des «francisés». Avec les religieux, ils constituaient, alors, les trois petites minorités qui se partageaient le monopole de l’écriture, si nécessaire à l’exercice du pouvoir symbolique.» Mais, il omet de dire que c’est aussi l’aspect le plus important du projet sociétal voulu pour l’Algérie par ses parrains pan-arabistes, islamo-baâthistes par le truchement de leurs agents locaux.

Monsieur El Kenz, l’arabisation est un objectif, un projet idéologique et culturel et non les incidences ou les effets, collatéraux, d’une politique accomplie par ailleurs.

Vous l’écrivez ci-bien Monsieur : «L’écriture d’une langue a souvent été une affaire de domination et son académisation une question d’Etat.» C’est pour cela, entre autres, que nous refusons cette supercherie que vous voulez nous vendre consistant à vouloir transcrire le tamazight en caractères arabes. La domination n’a qu’assez duré.

Vous citez feu le président Boudiaf (qui a été) « rapidement adopté par la population, non seulement par les perspectives politiques qu’il lui ouvrait, mais aussi par la langue qu’il utilisait pour les dire ». Doit-on rappeler qu’il reste le seul chef d’Etat algérien qui a osé appeler un chat un chat et prendre à bras le corps la question de la revendication CULTURELLE, linguistique et IDENTITAIRE berbères?

Vous écrivez que « Tamazight constitue pour l’Algérie et une grande partie du Maghreb la langue des origines. Grâce aux régions qui ont continué à le parler, il a été préservé comme langue vivante, mais n’a pas eu la chance historique de s’incarner dans une écriture durable (à l’exception du tifinagh).» Mais quel sens donnez-vous, vous homme de science au mot chance ? Il n’y a ni chance, ni providence, ni faits sans causes. Tamazight et Tamazgha ont pâti aussi et surtout de visées belliqueuses, de conquêtes et d’envahissement des riverains. Peut-être que nos aïeux et nous-mêmes, ne nous sommes pas assez sacrifiés pour la sauvegarde de notre patrimoine multimillénaire? Nous avons combattu pour L’Egypte pharaonienne, pour Rome l’éternelle, pour Byzance, pour le Califat islamique, pour l’empire ottoman, pour l’Andalousie et même contre les croisés et le sionisme mais pas assez pour notre patrie, je vous l’accorde.

Et aussitôt, l’on lit que, selon vous, « aujourd’hui, il ne s’agit plus de la reconnaissance de tamazight comme langue nationale, mais de son écriture et de son enseignement. Et cette écriture et son enseignement ne peuvent pas être pensés en dehors des contextes historiques et culturels dans lesquels elle a réussi à survivre. Notamment sa coexistence avec la langue arabe telle qu’elle a existé en Algérie, soit près de quatorze siècles.» Et l’on se pose cette question : quel est le secret de ce soudain intérêt pour la transcription de cette langue dont le dossier est pourtant sur la table des pouvoirs publics depuis plus de trente ans? (Oui, il a survécu à la Charte Nationale de 1976, date de sortie de l’album de Idir avava eynu va).

Tamazight n’a pas coexisté avec l’arabe mais elle a plutôt résisté. Lorsque quelqu’un force une autre personne à partager sa couche, le couteau sous la gorge, l’on n’est plus dans l’acte d’amour célébré par tous les poètes et lé hédonistes, mais dans un cas de viol caractérisé répréhensible par la loi et la morale.

Encore une précision : Tamazight n’est pas la langue de tous les Algériens mais celles de ses seuls locuteurs. Et ses locuteurs sont ceux qui l’ont défendue et chérie et dont certains ne sont plus de ce monde pour la parler. Pour se prétendre partisan d’une cause, il faut en être artisan. Que faire d’une science lorsque celle-ci est de mauvaise foi????



13 commentaires

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  1. yan 1 septembre

    Bien dit! Il faut bien que cette personne s’occupe de ses affaires! El Kenz n’a aucune honte!

  2. Anonyme 10 septembre

    Votre raisonnement est raciste et victimisant. Restez dans votre merde. Merci Professeur el Kenz pour votre analyse élclairante. Nous sommes en démocratie et toute la nation est concernée. la langue n’appartient à personne.

  3. abdenour 10 septembre

    Qu’il est confortable cet anonymat. Avancer masqué vous procure la fausse sérénité tout comme l’exil vous fait sentir la profondeur de votre patriotisme. Donner des leçons, en ombre chinoise, à ceux qui osent dire leurs pensées sans se voiler est à vos yeux le sommet de la lucidité et de l’engament!!! Bravo alors.

    Quant à votre disponibilité au dialogue, comment la qualifier? J’en ai eu un avant-goût : »Restez dans votre merde », me conseillez-vous. Apparemment, cela n’est pas sans manquer de vous attirer et, de nous deux, nous sommes fixés quant à celui qui en raffole.

    J’aurais compris que vous n’aimez pas les Kabyles et vous n’êtes pas le seul, rassurez-vous. Vous ressentez le vertige vous prendre par la petitesse de votre esprit rien qu’à penser que cette identité que nous défendons et sur laquelle vous crachez, elle trône sur 25 siècles d’existence historique.

    Un bon cachet d’aspirine vous apaisera sans doute, puis au dodo pour votre long sommeil.

    Un conseil, évitez demain de vous en repentir pour tant d’ignominie à l’égard d’une population qui n’a eu jusque-là qu’à souffrir de vos étourderies car comme disait Napoléon:  » le plus lâche des assassins est celui qui a des remords de conscience ».

    Souffrez que je ne vous salue point.

  4. aghilas-kosseila 18 septembre

    azul fellawen,
    c’est deja un effort consederable que ce monsieur el-kenz enfant natif de tamalouste ait-meloul dans une partie de kabylie orientale actuellement skikda. parle de tamazigh.
    piusque cette region a subi un laminage avec les colonisation française…et puis aux indpendances livree au baathisme et dure a l’instar de constantine…batna… oran.
    aujourd’hui le fait que certains s’y’ interesse c’est dja beaucoup…a l’instar houari addi enfant du rif n’ait said izegzawen.
    et les enfants s’y interogent… on a pas secouer les cocotiers pour rien…lorsque vous trouvez des enfants a skikda..qui vous disentsont : kabyles d’ait meloul…quand mila des beni-khetab vous disent : sont kabyles c’est deja beaucoup. apres la grande deculturation…la memoire revient petit a petit…l’essentiel c’est sa reappropriation…la transcrire et l’enseigner pour qu’elle ne disparaissent pas. curieusement un nouveau phenomene apparait beaucoup d’arabophones veulent l’apprendre. dommage il ya des bloccages… par contre nos kabyles kabylophones comme setif…tizi.. bejaia..msilla..bordj.. chelif…blida..tipaza…chrchel.. alger…etc… comment a l’abandonner… ou la laiser..il est grand de la starter. akayi athelli. amine. tanemirth ar timlillith.

  5. Abdenour 18 septembre

    Azul fellak!

    Votre commentaire est plein d’informations très intéressantes. Ce que j’apprécie le plus, c’est votre connaissance de la toponymie authentique et originale prouvant si besoin est que cette terre ne cessera jamais d’être numide, berbère et amazighe. La vérité est comme l’eau prisonnière de la roche dure. Elle finira par jaillir vers le ciel dès la première lézarde.

    J’espère vous relire sur cet espace. Bien à vous!

  6. IFLISSEN 18 septembre

    Malheureusement, ils sont bien nombreux ces arabo bathistes très allergiques et même racistes dirais-je à la kabylie.
    Ali El kenz ou n’importe quel autre khoroto est libre de vouloir emprisonner la langue kabyle dans la langue arabe que même les vrais arabes délaissent au profit d’autres langues de sciences et de technologie. Au fait, où se trouve ce EL KENZ? Il est bien en occident, non? Voilà l’arabe m’tourni, issue de la contre façon, toujours égal à lui même c’est à dire hypocrite…..Mais ce que tous ces racistes d’Algérie doivent savoir, c’est que la kabylie a tracé son chemin et ce n’est qu’une question de temps: tôt ou tard, la langue kabyle sera universelle.
    Merci a-Mass Abdennour pour ta contribution. Ce fût un plaisir de te lire. Ar thufath.
    Iflissen

  7. Mohand 19 septembre

    Bonjour,
    Sincèrement je ne comprend pas votre extrêmisme à l’égard de Ali El Kenz.
    A mon avis le fait qu’il reconnaisse a tamazight son carctère national et qu’il se prononce pour son enseignement pour tous les algériens est une grande avancée.
    Quant à la graphie, il a le droit d’exprimer sa préférence de toute façon seul l’usage déterminera la graphie officielle et pour l’instant le carctère latin domine.
    Cwit n Swab d le3qel………….

  8. Abdenour 19 septembre

    @ Iflissen et Mohand.

    Bonjour et merci pour vos commentaires. Ce qui est déplorable, c’est cette propension qu’ont certains, s’étant terrés lorsque la revendication identitaire faisait l’objet d’une véritable guerre d’extermination avant avril 1980 que lui a livrée le système, à venir nous parler de vertu du dialogue, nous intimer l’ordre de baisser le ton et voire-même revoir nos ambitions revendicatives pour plaire à une fausse communauté qui, soudain, se donne le droit d’édicter comment devra être écrite notre langue, sans même s’en considérer locuteurs.

    Dans les années 1949, il fallait se taire pour impératif de lutte de libération. Au lendemain de l’indépendance, il fallait se taire pour cause d’appartenance à la nation arabe. En 1976, il fallait se taire parce que la révolution culturelle était en marche. En 1980, il fallait se taire parce que le régime devait réfléchir à comment associer la réaction au pouvoir. En 1990, il fallait se taire parce que la réaction est à l’assaut du pouvoir. En 1995, il fallait se taire parce que les institutions sont encore convalescentes. En 2002, il fallait se taire parce que l’Etat concède un strapontin à la cause. Maintenant, il faut se taire parce que des Raspoutine des temps modernes pensent que le caractère arabe (en attendant l’esprit) est à même de faire renaitre le Tamazight.

    Où étaient ses clercs durant ce processus sanglant, meurtrier et pénible?

    Plus que jamais, il est temps de dire et ne plus se taire. Que ces faux-amis de la cause berbère mettent pied à terre et viennent lutter pour l’avènement de la démocratie et de l’Etat de droit. Ce jour-là, peut-être, nous reparlerons de leurs « conseils ».

    Merci.

  9. Sade 19 novembre

    C’est fou ce que ces « kabyles » sont chauvins, à l’égard d’un penseur d’une trompe universelle. Poser la question à Samir Amin, sinon à B.Stora. Vous serez fixés.

    « Misérables,misérables, retirer votre main de la fève ».
    Laisser la question aux débats des plus érudits d’entre vous, car elle engage l’avenir de toute une nation.

    Et…reviter votre généalogie..

  10. raslebol 20 novembre

    Les analyses d’Ali el Kenz ne peuvent être comprises par des intégristes régionaux mineurs qui à part écrire sur des blogs pour insulter les gens ne travaillent pas. Il suffit de chercher un dictionnaire d’amazigh pour voir que personne n’a pris la peine de penser à ses caractères. Après, ce racisme teinté de victimisation et de haine de soi ne sert qu’à remuer la merde en effet. Si ceux qui s’affirment kabyles, comme si kabyle était une race, pensent qu’ils pourront, au nom de leur prétendue modernité être rattachés à la France, c’est vraiment une bonne blague. Par ailleurs, pour l’exil de M. El kenz, je trouve cette remarque profondément déplacée. De la merde. Ou étiez vous dans les années 90 quand tous nos intellectuels se sont faits massacrés, derrière votre blog peut être ou alors caché derrière une barbe de circonstances..sangsue de ce débat puant le racisme anti arabe alors même que vous, comme tous les algériens, êtes autant arabes que berbères. Peut être que Le pen voudra bien se rallier à votre CAUSE.

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