Décès du philosophe et islamologue Mohamed Arkoun

Décès du philosophe et islamologue Mohamed Arkoun arkoun_92995

L’autre Amusnaw est parti hier soir. Né 1928 à Taourit-Mimoun, village de Kabylie, wilaya de Tizi-Ouzou, Mohamed Arkoun tire sa révérence ce 14 septembre 2010 à Paris, laissant derrière lui un héritage colossal, une oeuvre majestueuse et des coeurs chagrinés.

« Le grand islamologue Mohamed Arkoun est décédé mardi soir à Paris à l’âge de 82 ans. Considéré comme l’un des plus importants intellectuels Algériens dans le monde contemporain, Mohamed Arkoun nous a brusquement quittés au cours d’une nuit obscure laissant ainsi des milliers de ces admirateurs dans une profonde affliction », annonce le Quotidien El Watan dans son édition numérique de ce mercredi 15 septembre 2010.

Dans un portrait, non exhaustif forcément vue la stature et l’oeuvre de cet intellectuel, ce même quotidien  souligne que « durant toute sa vie bouillonnante, le regretté Mohamed Arkoun a «flirté» avec cette loi, la mort dans l’âme, si Algérienne. Et au fur des années, sa voix a été pratiquement interdite dans les cercles culturels officiels jusqu’à ce que la mort finisse par le rattraper dans son exil. Décédé, loin, très loin de son Algérie natale ensoleillée désormais par les nouvelles pensées salafistes et wahhabites, Mohamed Arkoun aura été donc exclu, de force, de la scène intellectuelle et culturelle Algérienne. »

De lui, un article de Wikipedia dit: « c’est un intellectuel franco-algérien, philosophe et historien de l’islam. Un des professeurs les plus influents dans l’étude islamique contemporaine, il est professeur émérite d’histoire de la pensée islamique à la Sorbonne (Paris III), et enseigne l’« islamologie appliquée », discipline qu’il a développée, dans diverses universités européennes et américaines, en référence à l’anthropologie appliquée de Roger Bastide. Parmi ses sujets de prédilection, l’impensé dans l’islam classique et contemporain.

Mohammed Arkoun se situe dans la branche critique du réformisme musulman. Prônant le modernisme et l’humanisme islamique, il a développé une critique de la modernité dans la pensée islamique, et plaide pour un islam repensé dans le monde contemporain. Il y a consacré de très nombreux ouvrages dont La Pensée arabe (Paris, 1975), Lectures du Coran (Paris, 1982), Penser l’islam aujourd’hui (Alger, 1993), ou encore The Unthought in Contemporary Islamic Thought (Londres, 2002). »

Le magazine TelQuel, sous la plume de Intellectuel marocain Rachid Benzine (auteur des Nouveaux penseurs de l’islam (Tarik editions, 2004), rend hommage à cet érudit et souligne que « le chercheur algérien, montré du doigt dans plusieurs pays arabes, invite à une relecture du Coran à la lumière de la science, passant le religieux au filtre de la raison critique. Contrairement à ses détracteurs, il ne développe pas une “pensée contre la religion”, mais une pensée autre de la religion. » Plus loin, TelQuel s’interroge non sans ce rappel : »Les gestionnaires du sacré, les responsables politiques, sans oublier les entrepreneurs du religieux n’hésitent pas à mener contre lui des attaques d’une grande virulence, loin des considérations scientifiques. Pourquoi dérange-t-il à ce point ? En quoi est-il “dangereux”, si tant est qu’il le soit ? Cette réticence à l’entendre n’est-elle pas le fruit d’abord d’une incompréhension de son discours ou une forme d’hommage à un esprit indépendant ? ».

Lors d’un entretien qu’il a accordé au Quotidien Liberté, le 10 décembre 2009, il avait conclut l’échange par cette phrase: « Pour mesurer le nombre de questions auxquelles je souhaite répondre de cette manière rapide et simplifiée, je renvoie à la lecture de mes livres et de mes articles. Et chaque jour qui passe soulève de nouvelles questions qui attendent des réponses pertinentes, éducatives et intellectuellement subversives, je veux dire innovantes. »

Par ailleurs, le site d’information en ligne tsa-algerie.com a publié, le 17 septembre dernier, un texte hommage rendu à Feu Arkoun par Dr. Ursula Gunther (Islamologue allemande, spécialiste de la pensée de Mohammed Arkoun). Mohamed Arkoun était, selon cette universitaire « une voix qui invitait ses interlocuteurs de toutes confessions à changer de perspective, les confrontant avec leur propre impensé, avec le domaine de l’ombre, leur posant des questions tues depuis longtemps (…) ».

Plus loin, l’auteure note que « Mohammed Arkoun dont l´œuvre a été distinguée par quantité de Prix, aspirait à repenser l’Islam en tant que système culturel et religieux. Cette critique de la raison islamique s’effectue, de son point de vue, par des changements radicaux de perspective. Il exigeait également la pluralité du sens, même si cela entraîne la fin de clarté et de l´unité. Pour lui, les changements de perspective ne pouvaient être introduits qu´en appliquant à l’islamologie les sciences sociales et humaines de même que leurs méthodes qu´il complétait et élargissait par ses propres concepts. »

Pour lire l’intégralité de cet hommage, cliquez sur ce lien (Hommage à Mohamed Arkoun, par Dr. Ursula Gunther).

Bonne lecture!



Ali El Kenz vient de rechuter

Voulant apporter une réponse réfléchie et mesurée aux critiques lui ayant été faites suite à sa suggestion de transcrire le tamazight en caractères arabes, voici que M. Ali El Kenz récidive sur les colonnes d’El Watan de ce mercredi 1er septembre 2010. (Lire ici l’article intégral de Ali l Kenz sur le site d’El Watan)

D’entrée de jeu, le sociologue nous apprend qu’il aime les langues, toutes les langues. Ce qui est à son honneur. Sauf que dans ce qui nous intéresse, ici, c’est son rapport à la langue tamazight.

Et en ce sens, il écrit : « Et, que dire des «qaçaïd» d’Aït Menguellet dont le souffle et la force océaniques, comme celles de Ababsa et El Bar Aomar me ramènent à mes mythes originaires ? ». Nous sommes tentés de lui dire qu’Ait Menguellet ne fait pas de qaçaïd  (arabisation quant tu nous tiens) mais des isefra. Et s’il ne comprend pas les paroles, cela le motiverait davantage pour apprendre la langue de ce poète pour que son bonheur soit total.

« Domestiquer la langue, n’est-ce pas le mythe rationaliste par excellence qui, de Pythagore à la numérisation actuelle, tente régulièrement d’enfermer le mot sous le chiffre, le sens sous le signe afin de mieux gouverner la pensée et de faire des humains des automates ? », s’interroge le praticien. Mais dans ce cas d’espèce, tamazight a été plus que domestiquée. Sans qu’on ne touche à sa structure, par le simple fait d’avoir arabisé en les pervertissant, les noms de lieux, un grave préjudice a été porté à cette langue. Par enchantement, les Ath sont devenus des Beni sans oublier les Aïn Ouml Ennas, les Ghilizane, etc.  En vidant le nom de son sens, de sa sémantique, de ce qui fonde son authenticité, on vise à l’anéantir en la coupant de la mémoire et du vécu.

Puis, il précise plus loin : « En fait, je découvrais la richesse de ma langue maternelle, celle-là même que j’avais fini par dévaloriser avec mes instituteurs français, mais aussi plus tard avec les professeurs d’arabe eux-mêmes qui la considéraient comme un dialecte appauvri, un patois même, qu’il fallait «éradiquer» et remplacer par la langue épurée des grammairiens ». En lisant ce passage, l’on est tenté de se poser la question suivante : qu’est-ce qu’a fait le locuteur de la langue arabe dialectale pour l’émancipation de celle-ci ? Il aura fallu attendre la crise du printemps berbère 1980 pour qu’enfin soit mise, noir sur blanc, cette revendication légitime pour être opposée aux pouvoirs publics. (Voir les résolutions du MCB). Puis, quelle fut grande la solitude du père de Nedjma, lui l’Universel qui aima ses langes maternelle et populaire.

Mais en ces temps-là, il ne faisait pas bon être revendicatif. Lors de ce printemps trouble et écarlate, feu Mammeri qui, lui aussi aimait touts les langues mais avait une préférence pour la sienne, n’avait pas trouvé beaucoup de soutien parmi nos linguistes chercheurs philanthropes de nos jours. Il fut traité de traitre à la révolution par un baathiste sans autre forme de procès.

« Mais voilà, aujourd’hui, partout ou presque dans le monde, les langues se remettent à faire parler d’elles-mêmes, si j’ose dire », écrit M. El Kenz. Nous sommes tentés de lui dire que ça ne date pas d’aujourd’hui hélas. Que de peines, que de sang, que de morts cher Monsieur ! Pour tamazight, cette langue n’a pas fait que parler d’elle. Elle résiste à l’anéantissement depuis deux millénaires. Des tentatives massives d’effacement orchestrées par les conquérants de cette terre meurtrie.

Parlant de l’expérience de l’arabisation en Algérie, notre sociologue note : « La langue enseignée, sans racines locales, devint une langue mécanique, déconnectée de son vivier naturel, soit les langues parlées par les Algériens, et dans lequel elle aurait puisé énergie et vitalité ». Un état de fait qu’il explique par « la formation de nos arabisants locaux qui les accabla de complexes dans les lieux moyen-orientaux où ils ont évolué qui s’exprimaient dans la haine viscérale de la langue française, et le mépris hautain des dialectes locaux. A tout cela, il faut ajouter l’intense rivalité qui les opposa, l’indépendance venue, à l’autre élite culturellement concurrente, celle des «francisés». Avec les religieux, ils constituaient, alors, les trois petites minorités qui se partageaient le monopole de l’écriture, si nécessaire à l’exercice du pouvoir symbolique.» Mais, il omet de dire que c’est aussi l’aspect le plus important du projet sociétal voulu pour l’Algérie par ses parrains pan-arabistes, islamo-baâthistes par le truchement de leurs agents locaux.

Monsieur El Kenz, l’arabisation est un objectif, un projet idéologique et culturel et non les incidences ou les effets, collatéraux, d’une politique accomplie par ailleurs.

Vous l’écrivez ci-bien Monsieur : «L’écriture d’une langue a souvent été une affaire de domination et son académisation une question d’Etat.» C’est pour cela, entre autres, que nous refusons cette supercherie que vous voulez nous vendre consistant à vouloir transcrire le tamazight en caractères arabes. La domination n’a qu’assez duré.

Vous citez feu le président Boudiaf (qui a été) « rapidement adopté par la population, non seulement par les perspectives politiques qu’il lui ouvrait, mais aussi par la langue qu’il utilisait pour les dire ». Doit-on rappeler qu’il reste le seul chef d’Etat algérien qui a osé appeler un chat un chat et prendre à bras le corps la question de la revendication CULTURELLE, linguistique et IDENTITAIRE berbères?

Vous écrivez que « Tamazight constitue pour l’Algérie et une grande partie du Maghreb la langue des origines. Grâce aux régions qui ont continué à le parler, il a été préservé comme langue vivante, mais n’a pas eu la chance historique de s’incarner dans une écriture durable (à l’exception du tifinagh).» Mais quel sens donnez-vous, vous homme de science au mot chance ? Il n’y a ni chance, ni providence, ni faits sans causes. Tamazight et Tamazgha ont pâti aussi et surtout de visées belliqueuses, de conquêtes et d’envahissement des riverains. Peut-être que nos aïeux et nous-mêmes, ne nous sommes pas assez sacrifiés pour la sauvegarde de notre patrimoine multimillénaire? Nous avons combattu pour L’Egypte pharaonienne, pour Rome l’éternelle, pour Byzance, pour le Califat islamique, pour l’empire ottoman, pour l’Andalousie et même contre les croisés et le sionisme mais pas assez pour notre patrie, je vous l’accorde.

Et aussitôt, l’on lit que, selon vous, « aujourd’hui, il ne s’agit plus de la reconnaissance de tamazight comme langue nationale, mais de son écriture et de son enseignement. Et cette écriture et son enseignement ne peuvent pas être pensés en dehors des contextes historiques et culturels dans lesquels elle a réussi à survivre. Notamment sa coexistence avec la langue arabe telle qu’elle a existé en Algérie, soit près de quatorze siècles.» Et l’on se pose cette question : quel est le secret de ce soudain intérêt pour la transcription de cette langue dont le dossier est pourtant sur la table des pouvoirs publics depuis plus de trente ans? (Oui, il a survécu à la Charte Nationale de 1976, date de sortie de l’album de Idir avava eynu va).

Tamazight n’a pas coexisté avec l’arabe mais elle a plutôt résisté. Lorsque quelqu’un force une autre personne à partager sa couche, le couteau sous la gorge, l’on n’est plus dans l’acte d’amour célébré par tous les poètes et lé hédonistes, mais dans un cas de viol caractérisé répréhensible par la loi et la morale.

Encore une précision : Tamazight n’est pas la langue de tous les Algériens mais celles de ses seuls locuteurs. Et ses locuteurs sont ceux qui l’ont défendue et chérie et dont certains ne sont plus de ce monde pour la parler. Pour se prétendre partisan d’une cause, il faut en être artisan. Que faire d’une science lorsque celle-ci est de mauvaise foi????



123

Le parloir de l'Impératrice |
mandarines |
actionsplessisbouchard |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | KOI DE 9 ?
| CGT ICTAM de l'OPH 93
| lephotovoltaique