« Souveraineté nationale et souveraineté populaire », par Mustapha Hammouche

Ce jour, 1er novembre 2010, l’Algérie fête le 56ème anniversaire du déclenchement de la révolution armée pour le recouvrement de l’indépendance nationale. Certains commémorent, d’autres dressent des bilans pendant que le fossé s’élargit entre citoyens et gouvernants. Lisons ce qu’en dit Mustapha Hammouche dans sa chronique sur ce thème. (Retrouvez ce texte sur le site de Liberté ici).

Par Mustapha Hammouche

Aujourd’hui, c’est le 1er Novembre, jour férié et surtout chômé. Les Algériens se retirent pour se consacrer à des préoccupations privées ou se reposer, laissant l’espace public aux officiels pour se consacrer aux activités protocolaires qu’imposent leurs fonctions.

En près d’un demi-siècle d’indépendance, la Révolution reste sacrée, mais la pratique de souveraineté a engendré de nouveaux motifs au sentiment d’arbitraire et d’injustice. De larges pans de la société ont successivement intégré le décalage entre les préoccupations partiales du pouvoir et les intérêts ignorés de la masse. Ce que retient le sens commun comme effet notable de la guerre d’indépendance, est le recouvrement national de la souveraineté, mais une souveraineté immédiatement confisquée par des forces politico-militaires locales. Le peuple est exclu de la gestion de cette souveraineté, mais en sont exclus aussi des secteurs entiers du mouvement national qui ont été vaincus dans le processus putschiste de prise de pouvoir enclenché en pleine guerre.

Les luttes sourdes ou ouvertes qui ont émaillé les premières décennies de l’Indépendance ont arraché la concession du multipartisme, depuis réduit à un rôle formel et à une fonction cosmétique dans un monde où la confiscation musclée du pouvoir n’a plus bonne presse. Justement, parce que les canaux d’expression politique et sociale ont cette existence alibi, les libertés se doivent d’être réprimées avec le plus d’ardeur. Plus qu’auparavant, quand la souveraineté servait aussi d’argument au huis clos de l’arbitraire, toutes les ressources et tout le génie du système sont prioritairement investis dans l’étouffement, si possible silencieux, des contradictions, des opinions et des protestations.

Dans un tel contexte, le 1er Novembre ne peut livrer son véritable message. Le discours officiel le présente comme la fin de l’histoire d’Algérie et résume l’épopée algérienne comme le passage de l’état de colonie à celui de nation indépendante. Interroger l’état actuel de la nation, c’est être suspect de lui préférer l’état antérieur : c’est par ce procédé que la contestation politique est tenue en respect par un système qui a su disqualifier toute autre légitimité que la légitimité révolutionnaire. Pour les plus jeunes, “l’engagement” avec le régime tient lieu de substitut de légitimité révolutionnaire. Même la compétence politique n’est pas concevable comme telle : elle se confond avec la pratique ou la familiarité du pouvoir. La compétence, au sens large, devient un simple apanage de “coopérants techniques”.

Mais depuis le début des années 1990, l’islamisme conquérant, prenant le discours idéologique arabo-baâthiste au mot et profitant du mécontentement général pour monter une armée d’irrédentistes, a obligé le système à concéder une place de choix à la légitimité religieuse. Certes, la république théocratique ne l’a pas encore emporté, mais la république autoritariste n’a pas encore triomphé son nouveau concurrent. Elle survit justement en mettant en jeu l’option républicaine. Et en sacrifiant une fois de plus le destin démocratique de l’Algérie.

C’est cette réalité problématique qui fait que les Algériens ne se sentent pas concernés par ce qui se joue en termes de pouvoir. Et qu’ils regardent les symboles de la révolution comme des acquis en dépôts. En attendant que la souveraineté arrachée au colonialisme leur soit restituée.

 

M. H.



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