Chrétiens d’Algérie: le sacrifice et la ferveur

Pour les catholiques d’Algérie, Noël a été synonyme de souvenir et de mémoire dans la wilaya de Tizi-Ouzou, en Grande Kabylie. La communauté protestante, pour sa part, et après avoir occupé, à son cœur défendant, la rubrique judiciaire des médias avec les innombrables procès instruits à l’encontre de quelques fidèles pour « non-observance du jeûne » ou pour « pratique non autorisée de leur culte »,  la fête de la Nativité a été célébrée sous le signe de la communion.

Ainsi, selon le quotidien Liberté (www.liberte-algerie.com) de ce mardi 28 décembre 2010, « une cérémonie de recueillement à la mémoire des quatre pères blancs, assassinés par le GIA le 27 décembre 1994 à Tizi-Ouzou a été organisée, hier, au cimetière chrétien de la ville en présence de plusieurs personnes issues pour la plupart du monde associatif.»

« La cérémonie, qui fut émouvante, a été marquée par le dépôt de gerbes de fleurs sur les tombes des quatre pères qui avaient refusé de quitter l’Algérie malgré les menaces qui pesaient sur leur personne. Jean Chevillard, Charles Deckers, Alain Dieulangard et Christian Chessel avaient été assassinés par un commando du GIA (Groupe islamique armé) deux jours après les fêtes de Noël à Tizi-Ouzou.», souligne le journal francophone.

Le quotidien Liberté rappelle que « les missionnaires tombèrent sous les balles d’un commando islamiste membre du bras armé de l’ex-FIS dissous. À la tête de l’ordre des Pères blancs en Kabylie, Jean Chevillard, âgé alors de 69 ans, était un ancien Résistant français. Avec le concours de Christian Chessel, ingénieur en génie civil de 34 ans, il avait un projet de construire une bibliothèque pour les étudiants de la région. Charles Deckers, d’origine belge, et Alain Dieulanguard, des septuagénaires, étaient connus pour leurs actions caritatives en faveur des populations démunies. Les missionnaires qui les avaient remplacés dans le presbytère ont fait le serment de continuer la mission des quatre victimes du terrorisme islamique. Le projet de bibliothèque que nourrissait le chef de l’ordre des Pères blancs a été mené à son terme puisque la structure est aujourd’hui fonctionnelle.» (Lire l’article de Liberté dans son intégralité ici)

Au coeur de la ferveur

Sur un autre registre, le site d’information Dernières nouvelles d’Algérie (www.dna-algerie.com) convie le lecteur à lire le récit d’une « journée avec la communauté évangéliste de l’église protestante de Tizi-Ouzou, en Kabylie » à l’occasion de la célébration de la nativité en compagnie de citoyens « nés musulmans » et « convertis au christianisme protestant ». « Hommes, femmes, jeunes, vieux, mariés ou célibataires, ils sont des centaines à célébrer ce vendredi 24 décembre 2010 Noël ou la naissance de Jésus Christ», note le reporter de DNA dans sa livraison du lundi, 27 Décembre 2010.

Ainsi, selon DNA, la cérémonie s’est tenue au sein d’une « bâtisse qui sert de lieu de prière » pour « l’église protestante de la Nouvelle Ville de Tizi-Ouzou et ils sont des centaines de fidèles à célébrer la Noël, à fêter la naissance de Jésus Christ.» Un lieu où « se côtoient vieilles femmes, retraités, jeunes, hommes, femmes ainsi qu’enfants accompagnés de leurs parents.»

En écho à la polémique née suite aux restrictions administratives concernant la pratique du culte non musulman en Algérie, le journaliste de DNA précise : « Les fêtes de Noël sont célébrées chaque année avec la même ferveur religieuse par les communautés religieuses faisant partie de l’Eglise protestante d’Algérie (EPA), une institution agréée par les autorités algériennes depuis 1976. Si le fonctionnement répond aux normes propres à ce genre de communautés, il reste que les communautés chrétiennes activent sans agrément. Ceci bien que les responsables de ces églises aient déposé des dossiers en bonne et due forme auprès des administrations concernées, en l’occurrence la wilaya et le ministère de l’Intérieur.»

« Outre ce travail de culte, des séances de baptêmes sont organisées pour accueillir les nouveaux fidèles. « Chaque trois mois, une quarantaine de baptêmes sont organisés au niveau de l’église », affirment les diacres interrogés », rapporte DNA avant de préciser que « les responsables tiennent à lever toute équivoque concernant les fonds qui font fonctionner l’église. « Nous n’avons aucune subvention ni d’ici ni d’ailleurs. Les fidèles versent 10% de leurs revenus sans contrainte aucune », révèle un pasteur.» (Lire l’intégralité du reportage de DNA ici)



Jean-François Kahn dissèque les relations franco-algériennes

Selon la livraison du quotidien Liberté, du 21 décembre 2010, « le journaliste et écrivain français, M. Jean-François Kahn, était dimanche soir l’invité du Centre culturel français à Alger où il a animé une conférence sur le thème “La société idéale est-elle celle qui rend les gens heureux ?”».

Une rencontre lors de laquelle « l’ancien directeur de Marianne est revenu à cette occasion sur les relations algéro-françaises.» «“C’est une incompréhension mutuelle entre les deux pays. Avant 1962 la responsabilité incombait à la France, mais aujourd’hui, je dirais que les responsabilités sont partagées entre les deux pays”», rapporte le quotidien Liberté (Lire l’intégralité de l’article sur le site de Liberté ici)

Abordant la « bipolarisation médiatique » en France et ses incidences « sur le traitement des sujets liés à l’Algérie?« , dans un entretien accordé au quotidien El Watan et publié ce mardi 21 décembre 2010, J-F. K. affirme: «(…) Concernant l’Algérie, je ne peux pas vraiment parler de pensée unique car il y a eu Marianne qui a défendu des points de vue différents sur l’Algérie. Retenez seulement qu’en France, vous avez deux lobbies très importants. L’un rassemble tous ceux qui, pour une raison ou une autre, n’ont jamais accepté l’indépendance de l’Algérie. Je parle de certains, comme les pieds-noirs et les harkis. En gros, je parle de la droite colonialiste! Il y a tout un camp qui n’a jamais accepté le fait que l’Algérie soit indépendante et pour lequel l’Algérie est toujours l’ennemi. A gauche, vous avez un autre lobby: celui des ex-«pieds-rouges» qui compte des trotskistes, etc., qui n’ont jamais pardonné à l’Algérie de ne pas avoir été ce qu’ils auraient voulu qu’elle soit en 1962-63. La convergence de ces deux lobbies exprime des rancœurs, de fortes rancœurs anti-algériennes, pour des raisons tout à fait différentes. Cette situation pèse beaucoup sur la façon avec laquelle les médias couvrent l’Algérie. Souvenez-vous, les médias ont été sur la ligne du «qui tue qui?», à l’exception de Marianne. Ceci dit, j’ai pu exprimer mes positions autant que j’ai voulu.»


Un peuple extraordinaire et schizophrène

Interrogé sur « les relations algéro-françaises (qui) traversent actuellement une zone de turbulences« , J-F. K. estime que « que les Algériens sont un peuple tout à fait extraordinaire et totalement schizophrène. C’est l’un des rares peuples où tout le monde est toujours dans l’opposition. Tout de même, cela n’empêche pas certains d’être au pouvoir. La deuxième schizophrénie a un lien avec le rapport que ce peuple entretient avec la France. Il est le plus francisé qui soit. Seulement, les Algériens le sont dans la fascination et dans la haine. Et l’être dans la fascination et dans le rejet, c’est la même chose que de l’être dans l’amour. Je remarque que la France est partout omniprésente et sous toutes les formes. Et donc, nous nous ressemblons quelque part. Vous avez des champions du monde de pétanque. Pour nous Français, cela devrait déjà nous mettre la puce à l’oreille. Le couscous est devenu un plat national en France. C’est absolument extraordinaire. Comme sous de Gaulle, il y a, sur le plan diplomatique et dans beaucoup de domaines, des conjonctions entre l’Algérie et la France. J’ai toujours pensé qu’ensemble, nous pouvions réaliser des choses extraordinaires.»

Plus loin, et interrogé sur ce « qui empêche encore (…) l’Algérie et la France d’avoir de bonnes relations », cet intellectuel affirme: « En plus des deux tendances dont je vous ai parlé, les crispations sont des deux côtés. Par certains côtés, la France a représenté une tragédie dans l’histoire algérienne. Mais elle n’a pas représenté qu’une tragédie. Elle a tout de même apporté des choses. Il est vrai que cela s’est fait dans l’intérêt des Français. Mais ça ne fait rien. Ce sont quand même les Algériens qui en ont hérité. Les Algériens ont aussi beaucoup apporté à la France. A titre d’exemple, je pourrais citer l’apport de la littérature algérienne. A un moment, nous pourrions oublier ce qui nous divise et nous dire voilà, nous avons fait des choses ensemble. Pour que cela puisse vraiment aller dans le sens que nous voulons, il faut un changement en profondeur des regards que nous portons les uns sur les autres.» (Retrouver l’intégralité de cet entretien sur le site d’El Watan ici)



« Historique des droits de l’Homme en Algérie », par Arab Aknine

Je partage avec les lecteurs et visiteurs de ce blog, une partie de la contribution publiée par M. Arab AKNINE, dans les colonnes du quotidien Le Soir d’Algérie le 14 décembre 2010 et consacrée à « L’initiative pionnière de formalisation d’un mouvement autour des droits de l’Homme en Algérie.«  

Le texte ci-après est tronqué d’une première partie consacrée à la genèse des droits de l’homme à travers le monde et l’histoire. Vous pouvez retrouver l’intégralité de la contribution sur ce lien : 

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2010/12/14/article.php?sid=109979&cid=41 

Très bonne lecture ! 

Par Arab Aknine 

Historique des droits de l’Homme en Algérie 

« L’affirmation du concept des droits de l’Homme dans le champ politique et intellectuel est très récente en Algérie. Elle date du milieu des années 1980. L’Algérie est même le dernier des trois pays du Maghreb (avec la Tunisie et le Maroc) où s’est affirmé de façon un peu insolite et pour la première fois en 1985, le concept des droits de l’Homme. 

En Tunisie, la Ligue tunisienne des droits de l’Homme existait de façon légale depuis 1976, et l’AMDH au Maroc depuis 1979. Cela ne signifie nullement que les mécanismes des droits de l’Homme ont trouvé respect chez ces deux voisins puisque des détenus politiques et des exilés sont recensés en nombre dans ces deux pays. 

Le concept des droits de l’Homme a durant longtemps été absent de l’arsenal des instruments de lutte des militants algériens. Aussi loin que je remonte dans ma mémoire d’étudiant, je ne garde de souvenir de l’utilisation de ce concept dans les débats politiques. Ni dans les débats ni dans les lectures d’articles ou réflexions, je ne garde de souvenir quelconque du concept des droits de l’Homme. 

Le livre de R. Redjala, publié en Algérie, consacré à l’histoire de l’opposition algérienne : Opposition algérienne, très documenté, ne mentionne aucun fait ou lien historique de l’opposition algérienne à ce concept. J’ai, pour la première fois, lu et entendu parler du concept des droits de l’Homme quand j’ai eu entre les mains d’abord le document avant-projet de plateforme politique du Front des forces socialiste (1979) intitulé : Pour une alternative démocratique révolutionnaire à la catastrophe nationale, et la thèse de doctorat de H. Aït Ahmed (éditée sous le titre L’Afro-fascisme), soutenue à la fin des années soixante-dix en France). 

Après avoir feuilleté et parcouru pendant une bonne demi-heure le document, j’avoue que pour le jeune étudiant de sciences exactes que j’étais, le concept incarné me dépassait largement. Je garde encore un autre souvenir qui date de la période immédiatement postérieure à avril 1980. Une enseignante universitaire, militante du FFS, a fait usage de ce concept dans son intervention en assemblée générale de l’Université de Tizi- Ouzou. 

Je me rappelle vaguement du contenu de l’intervention ; bien qu’elle faisait un lien entre droits culturels et droits de l’Homme, elle n’a suscité aucune attention particulière parmi les étudiants présents. Je peux dire pour ma part que le concept des droits de l’Homme est largement méconnu déjà même dans les milieux étudiants et universitaires algériens. Cependant, les choses évolueront très vite et ne resteront pas à ce stade. L’hiver 1983 à Tizi-Ouzou, je me trouvais par pur hasard dans une rencontre où Hend Sadi rendait compte d’une réunion de la FIDH, à laquelle il avait pris part à Paris avec un autre camarade. C’était une participation informelle. Il avait sur lui de la documentation de
la FIDH et informait Saïd Sadi que celle-ci était disposée à travailler avec un groupe qui se formaliserait éventuellement autour des droits de l’Homme en Algérie. 

Plus tard, j’ai appris que Me Ali Mecili et Me Beauvillard avaient joué un rôle important d’information et d’impulsion au niveau international. Voilà grossièrement le peu de souvenirs que je garde des conditions dans lesquelles s’est réalisée l’initiative pionnière de formalisation d’un mouvement autour des droits de l’Homme en Algérie. La suite nous la connaissons. Si, à la fois, les milieux de l’opposition et les élites algériennes autonomes sont restés éloignés du concept des droits de l’Homme, le pouvoir et ses élites l’étaient tout autant, sinon plus. Il entretenait une propagande par l’amalgame opposant le concept de droit des peuples avec celui des droits de l’Homme pour réfuter l’universalité de ces derniers, présentés comme la chose de l’Occident. 

Il est certain que la philosophie des droits de l’Homme ne pouvait cadrer avec la culture du pouvoir et de ses élites. Dans un régime de dictature, le champ des droits de l’Homme est par excellence le terrain de prédilection au conflit, voire à l’affrontement avec les tenants du pouvoir d’Etat pour toute force qui s’y aventurerait. Cette règle de conduite va d’ailleurs se confirmer très rapidement. Pour les militants actifs de l’opposition, le champ des droits de l’Homme était un espace de luttes à conquérir. 

Pour le pouvoir, c’étaient des brèches ouvertes par ses adversaires et dangereuses pour sa survie. La virulence des propos des dirigeants de l’époque et la célérité de la répression qui s’en est suivie donnaient la mesure de l’empoignade qui allait s’engager. En effet, il y avait matière à crainte pour le pouvoir algérien quand on connaît son ardoise éloquente en matière d’injustice, de répression et d’assassinats politiques. 

La résonance internationale et les échos qu’a suscités la répression qui s’est abattue sur les membres de la jeune Ligue des droits de l’Homme (juin – décembre 1985) ont mis le pouvoir dans une position très délicate. Un formidable élan de solidarité internationale va se cristalliser en faveur de la ligue réprimée. Le procès qu’il leur avait intenté va tourner à la déroute. Beaucoup parmi les détenus seront élargis avant de purger leurs peines. Voilà ce que je peux dire brièvement sur les conditions et le contexte dans lesquels les droits de l’Homme ont fait leur entrée sur la scène publique en Algérie. 

Depuis les arrestations des membres de la jeune ligue (1985) jusqu’à leur libération en 1987, le pouvoir a tenté de parasiter le champ des droits de l’Homme par des manipulations : entraves à la liberté d’action et de mouvement des militants libérés de prison, création et officialisation de ligue alibi parallèle… 

A la faveur de l’ouverture de 1989, la ligue a pu enfin être reconnue sans pour autant bénéficier de conditions de fonctionnement normales. Ses positions tranchées en rupture avec les vœux des tenants du pouvoir lui valent toujours la diabolisation et la discrimination. En dépit de l’agrément qu’elle a obtenu des autorités, des entraves systématiques lui sont opposées par le pouvoir dans toutes ses activités. 

Le conflit entre la ligue et le pouvoir s’est davantage durci avec la crise de 1991. La ligue s’est toujours inscrite en nette opposition à la politique sécuritaire des autorités du pays. Elle est en conflit ouvert avec le pouvoir sur la question des disparitions forcées, pendant que l’Etat lui-même reconnaît l’existence de plus de 7 000 disparus. La ligue revendique la fin du système de l’impunité, avec la justice comme préalable à toute réconciliation. L’Etat propose la réconciliation par l’oubli et l’amnésie des personnes disparues. 

La question des disparitions forcées en Algérie constitue aujourd’hui le nœud de la crise. Il peut constituer le socle pour une éventuelle sortie de crise et de la démocratisation du pays. La force et la détermination des militants algériens des droits de l’Homme conjuguées à la volonté et au patriotisme de nouvelles autorités peuvent constituer le ciment de ce compromis nécessaire. »  

A. A.



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