Jean-François Kahn dissèque les relations franco-algériennes

Selon la livraison du quotidien Liberté, du 21 décembre 2010, « le journaliste et écrivain français, M. Jean-François Kahn, était dimanche soir l’invité du Centre culturel français à Alger où il a animé une conférence sur le thème “La société idéale est-elle celle qui rend les gens heureux ?”».

Une rencontre lors de laquelle « l’ancien directeur de Marianne est revenu à cette occasion sur les relations algéro-françaises.» «“C’est une incompréhension mutuelle entre les deux pays. Avant 1962 la responsabilité incombait à la France, mais aujourd’hui, je dirais que les responsabilités sont partagées entre les deux pays”», rapporte le quotidien Liberté (Lire l’intégralité de l’article sur le site de Liberté ici)

Abordant la « bipolarisation médiatique » en France et ses incidences « sur le traitement des sujets liés à l’Algérie?« , dans un entretien accordé au quotidien El Watan et publié ce mardi 21 décembre 2010, J-F. K. affirme: «(…) Concernant l’Algérie, je ne peux pas vraiment parler de pensée unique car il y a eu Marianne qui a défendu des points de vue différents sur l’Algérie. Retenez seulement qu’en France, vous avez deux lobbies très importants. L’un rassemble tous ceux qui, pour une raison ou une autre, n’ont jamais accepté l’indépendance de l’Algérie. Je parle de certains, comme les pieds-noirs et les harkis. En gros, je parle de la droite colonialiste! Il y a tout un camp qui n’a jamais accepté le fait que l’Algérie soit indépendante et pour lequel l’Algérie est toujours l’ennemi. A gauche, vous avez un autre lobby: celui des ex-«pieds-rouges» qui compte des trotskistes, etc., qui n’ont jamais pardonné à l’Algérie de ne pas avoir été ce qu’ils auraient voulu qu’elle soit en 1962-63. La convergence de ces deux lobbies exprime des rancœurs, de fortes rancœurs anti-algériennes, pour des raisons tout à fait différentes. Cette situation pèse beaucoup sur la façon avec laquelle les médias couvrent l’Algérie. Souvenez-vous, les médias ont été sur la ligne du «qui tue qui?», à l’exception de Marianne. Ceci dit, j’ai pu exprimer mes positions autant que j’ai voulu.»


Un peuple extraordinaire et schizophrène

Interrogé sur « les relations algéro-françaises (qui) traversent actuellement une zone de turbulences« , J-F. K. estime que « que les Algériens sont un peuple tout à fait extraordinaire et totalement schizophrène. C’est l’un des rares peuples où tout le monde est toujours dans l’opposition. Tout de même, cela n’empêche pas certains d’être au pouvoir. La deuxième schizophrénie a un lien avec le rapport que ce peuple entretient avec la France. Il est le plus francisé qui soit. Seulement, les Algériens le sont dans la fascination et dans la haine. Et l’être dans la fascination et dans le rejet, c’est la même chose que de l’être dans l’amour. Je remarque que la France est partout omniprésente et sous toutes les formes. Et donc, nous nous ressemblons quelque part. Vous avez des champions du monde de pétanque. Pour nous Français, cela devrait déjà nous mettre la puce à l’oreille. Le couscous est devenu un plat national en France. C’est absolument extraordinaire. Comme sous de Gaulle, il y a, sur le plan diplomatique et dans beaucoup de domaines, des conjonctions entre l’Algérie et la France. J’ai toujours pensé qu’ensemble, nous pouvions réaliser des choses extraordinaires.»

Plus loin, et interrogé sur ce « qui empêche encore (…) l’Algérie et la France d’avoir de bonnes relations », cet intellectuel affirme: « En plus des deux tendances dont je vous ai parlé, les crispations sont des deux côtés. Par certains côtés, la France a représenté une tragédie dans l’histoire algérienne. Mais elle n’a pas représenté qu’une tragédie. Elle a tout de même apporté des choses. Il est vrai que cela s’est fait dans l’intérêt des Français. Mais ça ne fait rien. Ce sont quand même les Algériens qui en ont hérité. Les Algériens ont aussi beaucoup apporté à la France. A titre d’exemple, je pourrais citer l’apport de la littérature algérienne. A un moment, nous pourrions oublier ce qui nous divise et nous dire voilà, nous avons fait des choses ensemble. Pour que cela puisse vraiment aller dans le sens que nous voulons, il faut un changement en profondeur des regards que nous portons les uns sur les autres.» (Retrouver l’intégralité de cet entretien sur le site d’El Watan ici)



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