Par un printemps de chien !

Le printemps te pose sérieusement problème d’autant plus qu’on le dit arabe et que toi tu penses être Amazigh. Je sais que tu n’es pas raciste, loin de là. Mais, tu n’es pas pleinement Kabyle non plus ! Tu parles mal le berbère et tu n’as aucune maitrise du Tifinagh. Alors, quel est ton problème avec le printemps ?

Au fond, tu penses que le printemps (comme les peuples) n’a pas de race et que, en la matière, seule celle des chiens et des chevaux est réellement prépondérante dans l’essor de l’individu et de la communauté. Il est vrai, le printemps n’est ni arabe, ni berbère, ni slave, ni espagnol, ni quoique ce soit. C’est juste une saison prometteuse, où la vie éclos, les êtres s’aiment, les herbes fleurissent et les neiges fondent.

Tu te dis, même, que le génie populaire devait être bien fêlé pour affubler du nom de cette saison fleurie un moment sanglant de la vie des humains opprimés et en bute à la tyrannie. A croire que les ruisseaux de la révolution doivent déborder de sang pour irriguer de leurs torrents les terres du progrès et aillent se jeter au loin dans les mers de l’humanité et de la civilisation.

Mais ce qui te chiffonne tant dans cette histoire où le printemps s’empourpre c’est que tu te souviens de ton printemps berbère (avril 1980 en Kabylie) et tu te dis que, en ce temps-là où des citoyens se battaient pour la liberté d’être soi-même, les donneurs de leçons d’aujourd’hui passaient leur plus belle saison à Djanet, Marrakech, Djerba ou Gizeh. Comme quoi, il fut un temps où le printemps était synonyme de séjour arabe pour nos professeurs ès démocratie.

Trente ans après, l’enfant que tu étais est devenu un adulte et voit, en larmes, au Maghreb comme en Orient des treillis arabes faucher de jeunes plantes vertes qui ne demandaient qu’à se laisser vivre. Tu te souviens, en sanglot, d’un passé récent où ces mêmes treillis, cette fois-ci bien de chez-toi, choisir un temps de printemps pour décimer plus d’une centaine de fleurs de genêts (126 jeunes kabyles tués lors du printemps noir d’avril 2001). Cette fois-là, les fleurs étaient Kabyles et la faucheuse algérienne. Le tout fut pris dans une tourmente tiers-mondiste.

Maintenant, tu te dis que, finalement, ton printemps berbère n’est qu’une saison dans un chapelet de décennies meurtrières, islamistes, dictatoriales, policières, misérables et stérilisantes. Tu te demandes si celui qui avait dit, un jour, qu’une hirondelle ne faisait pas le printemps n’était pas un con suicidaire qui n’a jamais aimé le printemps ni vu une hirondelle danser dans le ciel.

D’accord, ceci se vérifie moins en Irak où l’on ne sait plus qui est la faucheuse, qui est l’hirondelle et quand est-ce que le printemps cesserait sa pluie de feu. En Afghanistan idem. Les hirondelles meurent, aussi, foudroyées par le sabre d’un mollah, l’ire de la tribu ou les bombes que d’autres hirondelles (en fer) larguent depuis les cieux de géhenne au nom de la paix universelle.

Oui, c’est parfaitement ça ! Ce printemps arabe, tu dois le saluer car il est aussi le tien puisqu’il est un printemps fait par la jeunesse. Et ta jeunesse est plus forte que ta race. Même dans un printemps de chien !!!

Alors, tiens-toi prêt à ouvrir tes bras aux grondements meurtriers qui pointent, déjà, à l’horizon de ton printemps. Dans ton pays !

Abdenour BOUHIREB

Post-scriptum

Pour aller plus loin à ce propos, je vous recommande ces deux articles qui ont inspiré ce présent texte :

http://karimsarroub.com/2011/01/15/naissance-du-premier-pays-arabe-democratique-au-monde/

http://blog.mondediplo.net/2011-07-28-Les-populations-amazighes-croient-en-leur



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