De quel verbe repentir est le nom ?

De quoi parle-t-on en pré-campagne électorale en France ? De l’Algérie du temps de la colonisation. C’est absurde mais rassurant car cela permet de quitter le présent en crise pour un exotisme hors de l’histoire et de la géographie du moment.

En effet, nos médias annoncent que François Hollande (candidat aux primaires du PS pour la présidentielle d’avril 2012, donc huit mois avant la fin du monde) souhaite que « les choses soient dites.» Il ajoute même, pour être compris : « Nous allons célébrer en 2012 le cinquantième anniversaire de l’indépendance algérienne, l’histoire et ses douleurs multiples.»

S’il est évident que ce socialiste, à la mémoire éléphantesque forcément, parle de la reconnaissance des crimes coloniaux et de la demande de pardon qui l’accompagne, toi tu ne sais toujours pas de quel repentir parle-t-il.

Je parie 01 Euro en pleine crise (plus de 130 dinars algériens tout de même !) que cet énarque élu de la Corrèze ne vise ni la forme pronominale ni celle nominale de notre mot. A ta place, je cesserais de chercher dans le dico car un dictionnaire ne fait pas de politique. Il est aussi froid qu’un hôpital (même celui du Val-de Grâce!). Je noterai simplement que, jusque-là, ce mot sulfureux a charrié bien plus de parlote que d’agissement. Ce qui fait basculer la balance légèrement vers le côté nominal, je te l’accorde.

Depuis bientôt dix ans, il est sur toutes les bouches cousues, dans toutes les bouderies médiatiques, alimente les controverses diplomatiques et ressuscite les vielles querelles et déterre les haches de guerre enfouies près des lignes Maurice et Challe au lendemain de l’assassinat de Abane Ramdane.

Tu dois être plus malin que ça ! Comme tous les concepts politiques, repentir est à apprécier dans son contexte : c’est de la pâte à sel ou de la dynamite. Tout dépend de l’usage que tu veux en faire. Pour l’heure, il est le grain de sable qui grippe la machine du traité d’amitié algéro-français tant désiré par le couple Sarko – Boutef’ ! Se fâcher pour si peu, c’est si enfantin, non ?

Je sais, tu n’en as rien à foutre que cela constitue ou non la pomme de discorde entre les deux régimes coincés face à leurs populations. Tu penses plutôt que l’essentiel est dans le fond pas dans la forme ! Et le fond c’est le peuple qui le fait ! Tu as raison, mais dès qu’il s’agit de l’Algérie et de la France, la sémiotique part en vrille et la sémantique prend eau de tout part comme une galère de harraga.

Tu te dis : « Peufff ! Qui demande la repentance de la France pour son passé colonial ? Pas moi en tous les cas, ni l’opposition algérienne, ni les artistes et encore moins la jeunesse. Celle-ci demande du respect, des visas pour étudier et connaître la France, rien d’autre ! » Tu as raison, ceux qui émettent une telle exigence à l’adresse de la France ce sont, paradoxalement, les squatteurs de la mémoire, les faussaires de l’histoire, les usurpateurs de la légitimité démocratique et les égorgeurs d’avenir qui s’en pressent, le soir, de consulter la médecine ex-colonialiste après avoir sommé, le matin, la France de demander pardon pour les crimes commis sur le peuple algérien.

Tu te dis que ces mêmes demandeurs de repentir se sont tus (pour ne pas dire plus), lorsqu’il s’est agi de la guerre civile des années 1990 et 2000 en Algérie. Deux décennies de sang et de feu durant lesquelles des Algériens ont égorgé plus de 200 000 autres Algériens, des milliers de disparus déplorés, 20 milliards de dollars de pertes économiques enregistrés et des siècles de régression culturelle accusés. Lorsqu’on aime, on ne compte pas, tu as raison.

Or, ces égorgeurs ont été libérés, amnistiés, exemptés, absous et pardonnés sans qu’ils n’aient jamais exprimé le moindre des repentirs à l’égard de leurs victimes. Et qui sont les instigateurs de cette grâce amnistiante ? Elle est l’ouvre faussement rédemptrice de ceux qui rappellent à la France ses crimes coloniaux dès qu’ils font face à une fronde sociale ou une crise économique. Ils exhibent l’esprit nationaliste comme un cache sexe. Mais ils restent nus aux yeux du peuple car comme le dit si bien le proverbe chinois, il ne faut pas jeter la pierre à son voisin lorsque sa propre maison est de verre.

Consterné par tant d’ignominie, tu te dis que l’histoire est l’affaire de tout le monde sauf celle de l’Etat car une histoire officielle ne doit pas exister, celle exigeant repentance tout comme celle glorifiant les effets positifs du colonialisme. Tu veux qu’on laisse ces deux peuples reprendre goût à l’échange, à la discussion, à la mémoire et au dialogue pour que les cimetières s’apaisent enfin.

Mais cela ne t’empêche pas de ricaner dans ton coin car tu n’accordes aucune confiance aux hommes politiques de cet acabit. Désabusé, tu te dis au sujet d’une affaire si grave «  Ah, s’ils avaient demandé mon avis sur la question, je leur suggérerais d’élire Zizou Empereur de France et Cheb Mami Dey d’Algérie.»

Mais j’ai oublié que tu n’aimes ni la foot ni la raï et de ce crime, tu ne te repentiras jamais. Amen !

Abdenour BOUHIREB

Post-scriptum

Pour aller plus loin sur ce sujet, consulter les liens suivants :

http://www.elwatan.com/actualite/excuses-francaises-a-l-algerie-hollande-les-fera-t-il-11-08-2011-135809_109.php

http://www.algerie-focus.com/2011/08/09/francois-hollande-souhaite-que-la-france-reconnaisse-son-passe-colonial-en-algerie/

http://www.lexpressiondz.com/actualite/137107-la-france-doit-formuler-des-excuses.html



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