Presse du Maghreb: Le code de déontologie des journalistes adopté

Le quotidien Liberté publie, dans son édition du jeudi 31 janvier 2013, la déclaration du Forum de Hammamat portant sur le code de déontologie des médias maghrébins, adoptée en Tunisie, le 24 janvier dernier.

Texte de la déclaration du Forum de Hammamat:

Plus de 22 directeurs de presse, des journalistes et des experts en information se sont donné rendez-vous les 23 et 24 janvier à Hammamet (Tunisie), avec comme ordre du jour, la rédaction d’un code de déontologie de la presse maghrébine.
Au bout de deux jours de débats riches et laborieux, les participants ont rédigé et signé le document, premier du genre, et ont appelé dans un communiqué final à consacrer le 24 janvier de chaque année comme “la journée maghrébine de la déontologie”. Les participants ont aussi convenu de créer un observatoire de la presse à travers des réseaux nationaux et des réunions annuelles qui se pencheront sur d’autres questions en relation avec la presse.
Ce code adopté n’engage que les signataires et reste ouvert aux autres titres. Le document intégral sera publié sur nos colonnes le 31 janvier prochain, comme cela a été convenu avec les autres confrères.

(Retrouvez la déclaration du Forums de Hammamat sur le site de Liberté ici)

A ce propos, selon le site de l’Organisation de la presse africaine, « du 22 au 24 janvier courant s’est tenu le premier « Forum de Hammamet pour la déontologie maghrébine » organisé à l’initiative de la Délégation de l’Union Européenne en Tunisie, en partenariat avec le Forum International de Réalités, la Fondation Friedrich Ebert et le soutien de l’Association des Directeurs de journaux de Tunisie.« 

« Ce forum rassemblait, pour la première fois, les principaux acteurs de la presse des cinq pays du Maghreb: Maroc, Algérie, Libye, Mauritanie et Tunisie. Des représentants de la presse européenne ont également pris part à cet événement sans précédent, qui avait pour objectif de trouver un consensus sur un code de déontologie pour l’ensemble de la presse maghrébine participante« , précise également le même site.

(Retrouvez l’article intégral sur le site de l’Organisation de la presse africaine ici)

Document: Code de déontologie des journalistes maghrébins:

Préambule
Le journaliste œuvre pour la promotion des droits humains consacrés universellement. Le droit à l’information, à la libre expression et à la critique est une des libertés fondamentales de tout individu. Le journaliste défend ces libertés. L’indépendance du journaliste est une condition essentielle d’une information libre.
Le journaliste doit toujours avoir conscience des conséquences des informations qu’il diffuse. L’intégrité professionnelle est la pierre angulaire de la crédibilité d’un journaliste.
Le droit du public à une information de qualité fonde l’ensemble des devoirs et des droits des journalistes.
Les devoirs essentiels du journaliste dans la recherche, la rédaction et le commentaire des évènements sont :

I- DEVOIRS DU JOURNALISTE

1- RESPECT DES FAITS
Le journaliste est tenu de respecter les faits. Il publie uniquement les informations dont l’origine, la véracité et l’exactitude sont vérifiées et établies. En cas de doute, il s’oblige à émettre les réserves qui s’imposent dans les formes professionnelles requises en pareil cas. Il s’engage à ne pas altérer les textes et les documents utilisés à l’appui des informations qu’il diffuse. Toute modification volontaire d’un document quel qu’il soit doit être portée à la connaissance du public.

2- ORIGINE DE L’INFORMATION
Le journaliste s’interdit de recourir à des méthodes déloyales pour obtenir des informations ou toutes sortes de documents.
L’origine des informations publiées doit être clairement identifiée.
Dans les cas où la collecte d’informations ne peut être obtenue qu’en cachant soit sa qualité de journaliste soit son activité journalistique, il s’en explique, le cas échéant, auprès du public.

3- SÉPARATION ENTRE  COMMENTAIRES ET FAITS
Le journaliste s’oblige à séparer les faits des commentaires.

4- RAPPORT AUX SOURCES D’INFORMATION
Le journaliste fait preuve d’esprit critique et garde la distance nécessaire avec toutes les sources d’information et les services de communication, publics ou privés.
Il se méfie de toute démarche susceptible d’instaurer entre lui-même et ses sources un rapport de dépendance, de connivence, de séduction ou de gratitude.

5- LE PLAGIAT
Le journaliste s’interdit le plagiat. Il cite ses sources.

6- INFORMATION ET PUBLICITÉ
L’information et la publicité doivent être séparées. Toute production à visée promotionnelle doit être mentionnée en tant que telle.

7- INCOMPATIBILITÉS  ET CONFLIT D’INTÉRÊT
La fonction de journaliste est incompatible avec celle d’attaché de presse, de chargé de relations publiques et autres fonctions assimilées.
Le journaliste ne confond pas son travail avec celui du policier.

8- PROTECTION DES SOURCES
Le journaliste protège ses sources et ne révèle pas l’origine des informations obtenues confidentiellement.

9- LA RECTIFICATION  ET LE DROIT DE RÉPONSE
Le journaliste rectifie dans les meilleurs délais et de manière franche et évidente les informations inexactes qu’il a pu diffuser. Le droit de réponse est garanti par la législation en vigueur.

10- RESPECT DE LA VIE  PRIVÉE ET DE LA DIGNITÉ  DE LA PERSONNE
Le journaliste respecte les droits de l’individu à la vie privée et à la dignité. Il respecte la présomption d’innocence et veille à ne pas mettre en cause, sans information crédible, la réputation et l’honneur d’autrui.
Il s’interdit la calomnie, la diffamation, l’injure et les accusations sans fondement.

11- LA NON-INCITATION  À LA VIOLENCE ET À LA HAINE RACIALE, ETHNIQUE  ET RELIGIEUSE
Le journaliste veille à ne pas nourrir les discriminations ou les préjugés à l’égard des personnes, des minorités ou de groupes particuliers. Il ne relaie pas des réactions de lecteurs qui risquent d’alimenter ces mêmes sentiments. Il s’interdit l’apologie du crime et veille à ne faire preuve d’aucune complaisance dans la représentation de la violence et l’exploitation des émotions.

12- RESPECT DES CULTES  ET DES CROYANCES
Le journaliste respecte tous les cultes et les croyances.

13- LES RESTRICTIONS  À L’INFORMATION
Aucune information ne doit être altérée ni supprimée tant qu’elle ne contredit pas les dispositions de ce code.

14- PROTECTION DES MINEURS ET DES PERSONNES VULNÉRABLES
Le journaliste respecte les droits des mineurs et des personnes vulnérables.
Il n’abuse pas de l’état de fragilité ou de détresse des personnes vivant des évènements dramatiques pour obtenir d’elles des informations ou des documents.

15- SOLIDARITÉ ENTRE CONFRÈRES
Le journaliste s’interdit d’utiliser les publications, ou tout autre support d’information, à des fins de règlement de compte avec ses confrères.

II- DROITS DU JOURNALISTE
Tout journaliste doit, dans l’exercice de sa profession, revendiquer les droits suivants :

16- LE LIBRE ACCÈS AUX SOURCES
Dans l’exercice de sa profession, le journaliste a un droit d’accès à toutes les sources d’information et a le droit d’enquêter librement sur tous les faits qui relèvent de son métier.

17- LA CLAUSE DE CONSCIENCE
Dans l’exercice de sa profession, le journaliste peut invoquer la clause de conscience. Il ne peut être contraint à accomplir un acte professionnel ou à exprimer une opinion qui serait contraire à sa conviction ou à sa conscience.

18- LA PROTECTION DU JOURNALISTE
Le journaliste a droit, sans conditions ni restrictions, à la sécurité de sa personne, de son matériel de travail, à la protection légale et au respect de sa dignité.

19- CONTRAT  ET RÉMUNÉRATION
Le journaliste a droit au bénéfice des conventions collectives, mais aussi à un contrat de travail individuel lui assurant la sécurité matérielle et morale ainsi qu’à une rémunération qui garantisse son indépendance économique.
Le journaliste a droit à des conditions de travail décentes ainsi que le droit à la formation continue.

(Retrouvez le code de déontologie des médias maghrébins sur le site de Liberté ici)



Evocation: qui se souvient de Bélaïd At Aâli?

Bélaïd At Aâli

Bélaïd At Aâli

Izarar Bélaïd, écrivain poète (1909 – 1950)

Par Saliha Ouar

Izarar Bélaïd, alias Bélaïd At Aâli, est un authentique auteur Kabyle, marginalisé de son vivant, longtemps ignoré des anthropologues de la littérature algérienne. Il est difficile de retracer son itinéraire, les seules sources pour le faire se limitant à ses « Cahiers », «  Tizmamin n Belaâid », ainsi que la correspondance qu’il entretient avec le Père Degezelle, « Vu levssa tamellalt » ainsi qu’il le nomme.

A/- Les plus belles années, selon lui

Bélaïd At Aâli est né en 1909 dans la région de Bouira (Tissemssilt, Ex-Vialar). Issu d’une famille cultivée, il est le sixième enfant de la fratrie. Nous ne savons pas grand-chose de son père. Dehvia At Salah, sa mère, titulaire du Brevet, ce qui est exceptionnel pour une femme et pour l’époque,  est enseignante.  C’est grâce à elle que, très jeune, Bélaïd  maitrise la langue de Voltaire, tout autant que le Kabyle. Il a six ans quand sa mère quitte l’enseignement et Bouira. La famille s’installe à Azru Uqellal, leur village d’origine, à quelques encablures de Aïn El Hammam, Ex-Michelet. Il y passe de belles années, les plus belles selon lui. Scolarisé à l’école d’Azru, Bélaïd se distingue des autres enfants par sa parfaite maitrise du français.

A onze ans il rejoint son frère Mohand-Saïd en France. Durant les cinq années de son séjour à Paris, Bélaïd, surnommé Robert, s’ouvre à la lecture, à la musique et aux Arts. Son intelligence et son physique avenant sont autant d’atouts qui lui permettent une parfaite intégration à son nouvel environnement.

En 1925, après le décès de son père il revient à Azru. Il a seize ans. Contre son gré sa mère le marie à Fadma At Saâdi du village voisin, une femme bien plus âgée que lui. Il en divorce peu de temps après préférant passer de bons moments avec ses rêveries  et ses compagnons de jeu (domino).

B/- Premières errances

Portrait de Bélaïd At Aâli

Portrait de Bélaïd At Aâli

En 1929 c’est le service militaire, il est incorporé dans une caserne du Génie militaire à Alger. Il en sort avec le grade de Sergent-chef. Son intelligence, son verbe facile et son beau physique lui valent d’être accueilli dans des familles européennes fortunées qui lui ferment la porte aussitôt qu’elles  apprennent son statut d’indigène. Alors, sans le gîte et sans le sou, Bélaïd commence une errance qui le ramène jusqu’Azru en 1931. Il occupe divers métiers, s’ennuie et étouffe dans ce petit village, raison pour laquelle il repart  à Paris. Il y trouve du travail et s’adonne à la lecture et s’achète une mandoline.

En 1934, Bélaïd est un jeune homme mûr. Il revient à Azru, et se marie avec Fatima At Chavane. La vie de famille vire progressivement au cauchemar en raison de fréquentes disputes entre sa mère et son épouse. La naissance d’un petit Ramdane n’apporte aucune accalmie. Son épouse le quitte emmenant avec elle leur enfant. Cette deuxième rupture qu’il vit comme un échec va le déstabiliser. Il retourne une fois de plus à Paris, y trouve un travail. Nous sommes en 1939, c’est le début de la guerre et Bélaïd, une fois de plus repart à Azru. Le Sergent-chef  Izarar Bélaïd est mobilisé, il rejoint son régiment qui mène la campagne de Tunisie. C’est malheureusement à cette période de sa vie qu’il prend goût à la boisson et à l’ivresse qu’elle procure de sorte qu’il en abuse. Sa propension à l’ivrognerie lui fait perdre ses galons. En 1941, il souffre du scorbut et de ce fait perd toutes ses dents. En raison de sa maladie, il obtient une permission et en profite pour rentrer à Azru. C’est à cette période qu’il fait la connaissance du Père Degezelle  de la mission  des Père Blancs de Ouaghzen. Celui-ci, impressionné par l’intelligence et la culture exceptionnelle de Bélaïd lui prête des livres de diverses disciplines. C’est aussi durant cette période qu’il se met à transcrire les contes kabyles anciens. Il observe et écoute des villageois dont il transcrit les conversations ; ses écrits sont de véritables tableaux vivants de la société kabyle. En 1943, son contingent le rappelle pour un débarquement en Corse. Il rate le départ devenant ainsi déserteur.

C/-De galères en misères

Bélaïd vend son uniforme  et reprend son errance, clandestine cette fois. Il arrive à Alger, avec la crainte des gendarmes, mais aussi rongé par la faim et la fatigue. Il vit d’expédients divers allant jusqu’à se ravitailler dans les poubelles. Il endosse le déguisement du personnage de Popeye pour échapper aux recherches de la gendarmerie, mais aussi pour voir son fils à l’insu de sa mère. Malgré ses galères Bélaïd a gardé des contacts épistolaires avec le Père Degezelle ; il trouve toujours  le moyen de lui écrire des lettres racontant dans le menu détail ses mésaventures de « clochard » et ses souffrances. D’ailleurs, il reprend la route vers Azru Uqellal comme vers un port d’attache. Bélaïd  trouve du travail ; il consacre aussi son temps à lire, écrire et jouer de la mandoline. Cette belle période n’est qu’une courte accalmie car il se remet à boire inconsidérément ce qui lui vaut de perdre son travail. Il se retrouve une fois de plus sans moyens de subsistance car, étant déserteur, il ne peut pas prétendre au ravitaillement auprès des autorités coloniales. En contrepartie de lettres qu’il écrit aux villageois il reçoit quelques piécettes qui l’aident à survivre. La misère n’empêche pas pour autant ses rêveries ; c’est à cette époque de faim et de solitude que Bélaïd écrit ses récits et ses poèmes en langue kabyle.

En 1947, Bélaïd répond à l’appel de l’errance et le voila reparti…cette fois il se rend au Maroc chez  un demi-frère. Celui-ci l’éconduit. Bélaid le déserteur, reprend ses pérégrinations en évitant les gendarmes. La rue l’accueille,  la misère est son lot quotidien, tant et si bien qu’il contracte une tuberculose. Expulsé du Maroc, il arrive épuisé et malade à Maghnia puis à Tlemcen où il trouve un travail. Malgré ses souffrances sa passion de l’écriture ne l’abandonne pas. Son état de santé empire, raison pour laquelle on l’hospitalise d’abord à Tlemcen puis à Oran, avant d’être transféré au Pavillon des incurables à Mascara. Il y passe le restant de ses jours, occupant son temps à rédiger des nouvelles sans arrêter sa correspondance avec le Père Degezelle. Se sachant arriver au bout du voyage, Bélaïd lui écrit : «  Mon existence s’achève, et je l’aurai dépensée jusqu’au dernier jour à imaginer et à composer des rêves. Mais cela suffit !…. ».

Bélaïd Izarar, alias Bélaïd At Aâli décède le 12 mai 1950 dans l’anonymat et le dénuement le plus total.

D/- « Les cahiers de Bélaïd ou la Kabylie d’antan ( «  Tizmamin n Belaâid ») (*)

Les cahiers de Bélaïd At Aâli

Les cahiers de Bélaïd At Aâli

Sous un simple titre, l’œuvre de Bélaïd At Ali telle publiée à titre posthume en 1963  par les Pères Blancs JM Dallet et JL Degezelle est constituée de deux volumes. Le premier est constitué de textes kabyles exclusivement, le second en étant la traduction en français. Tizmamin n Belaâid se décline en trois volets :

1/-Timucuhha (Contes) dont : « tamacahhut uaâqa yessawalan », « tafunast igujilen », etc.

2/-Amexlud (Mélanges) dont : « afenjjal n lqahhwa », « lexduvgga », « jeddi », « sut taddart », etc.

3/- Isefra (Choix de poèmes)

On peut dire de Bélaïd At Aâli qu’il est le premier romancier Algérien à avoir transcrit ses écrits en kabyle, mais pas seulement, car tout au long de son œuvre il s’attache à donner une dimension nouvelle à la prose. Il décrit et nomme ses personnages  dont il donne le portrait psychologique, ce qui les rend plus vivants pour le lecteur. Tout au long des écrits, on découvre une société kabyle qu’il décrit avec une précision teintée d’un humour subtil. Pour exemple dans  « Lexduvgga » (Démarches matrimoniales) il dépeint les relations entre les principaux protagonistes lors de la conclusion d’un mariage.  Les travers de la société sont savoureusement racontés dans « Afenjjal n lqahhwa » qui met en scène des vieilles femmes « papotant » sur les faits et gestes des villageois.

Dans « Isefra » Bélaïd met à nu son âme sensible. Il versifie avec l’art du mot et du verbe ses souffrances, sa solitude, mais aussi ses rêves et ses espérances.

En conclusion

Il est regrettable qu’un écrivain aussi exceptionnel que Bélaïd At Aâli soit tombé dans les oubliettes de l’histoire. Dans la trace de Ben Sedira et Boulifa il a contribué à l’épanouissement  de la littérature kabyle. Cependant il transcende ses prédécesseurs en s’affranchissant des contraintes de l’oralité, d’une part en introduisant le narrateur  dans ses textes et d’autre part en traçant un portrait psycholologique de chacun de ses personnages. Mr Izarar , Bélaïd At Ali mérite sa place au Panthéon des grands écrivains kabyles, il nous revient de lui en faire les honneurs.

Notre patrimoine culturel souffre d’une amnésie chronique, ce qui est déplorable. Il serait temps de dépoussiérer les mémoires  et de révéler au grand jour les trésors oubliés ou censurés de notre culture.

Sources texte et images

Mémoire de Magister Mohand Saïdi Saïda-2011 : Le récit de Tafunast igujilen de Bélaïd At Ali

Centre de rechercheberbere.fr ;

Kabyle.com ;

Idlisen-negh.blogspot.fr ;

Oasisfle.com

(*): Le site ci-après peut nous faire lire quelques extraits de « Les cahiers de Bélaïd ou la Kabylie d’antan » tels que publiés en 1963 par JM Dallet et JL Degezelle

http://fr.scribd.com/doc/21745461/Les-Cahiers-de-Belaid-ou-la-Kabylie-d-antan-par-Belaid-Ait-Ali



Le parloir de l'Impératrice |
mandarines |
actionsplessisbouchard |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | KOI DE 9 ?
| CGT ICTAM de l'OPH 93
| lephotovoltaique