Raconte-moi l’olivier (Par Saliha OUAR)

Chaque soir après le dîner commence la veillée autour du kanun.

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L’aïeule a le teint buriné par le vent et le soleil ; sa peau ridée accentue la douceur de son regard encore très vif. Pour raviver la flamme du kanun elle souffle sur la braise tout en remuant des bouts de bois provoquant une trainée d’étincelles. Le chat ronronne, pelotonné au plus près de l’âtre. Les enfants s’assoient sur des nattes et se serrent les uns contre les autres. Silencieux, ils attendent suspendus à ses lèvres qu’elle leur raconte des histoires d’ogresses et de princesses qu’elle commence toujours par la formule magique « Amacahu…. »

«  Ce soir, leur dit-elle, je vais vous raconter l’histoire de l’olivier. C’est aussi mon histoire car j’ai grandi dans l’amour et le respect de cet arbre mythique et généreux dont le fruit nous donne une huile bienfaitrice.

Mes parents et bien avant eux leurs ancêtres ont planté des oliviers dans leurs parcelles de terre. De génération en génération, hommes et femmes ont pris soin de ces arbres en perpétuant un rituel autour du calendrier agraire qui déterminait différentes tâches en fonction des saisons.

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Je me souviens que dès les premières pluies de l’automne, mon père et mes grands frères munis de haches et de hachettes se rendaient dans nos oliveraies pour débroussailler les alentours des arbres afin de faciliter le ramassage des olives. Ils ramassaient les branches sèches et les arbustes secs pour les brûler et ramenaient aussi des fagots de bois à leur retour à la maison.

Le signal pour le début de l’hiver était donné par l’arrivée des étourneaux (Izarzar). Ceux-ci sont voraces et peuvent dévaster des oliveraies entières. On les pourchassait par une multitude de pièges. Je me souviens surtout de « elazuq », une sorte de gluau posé sur les branches de l’olivier qui engluait les oiseaux gourmands.

Je garde vivace le souvenir de la cueillette des olives qui chaque année débutait vers le mois d’octobre pour battre son plein en décembre, avant le grand froid. Tôt le matin, ma mère préparait le repas à emporter au champ. Après la prière, hommes, femmes et enfants, nous prenions le chemin des oliveraies avec les outils nécessaires entassés dans des cwari sur le dos des mulets. Arrivés sur les lieux, les affaires étaient déchargées et défaites et tout le monde se mettait au travail.

Le froid matinal obligeait à allumer le feu car on avait besoin de se réchauffer les mains gelées par le givre du matin. A travers champs les feux étaient signalés par des volutes de fumée blanche s’élevant vers le ciel d’un bleu d’acier.

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(simohamed-abdellah.quiexpose.net/oeuvre-art-saison-des-olives)

 Des filets étaient tendus sous les arbres. Tout le monde s’activait. Avec une gaule les hommes frappaient par ci et par là en faisant le tour de l’arbre, montaient sur les branches pour atteindre les hauteurs.

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Les femmes et nous les jeunes enfants faisions le ramassage en commençant d’abord par les olives les plus éloignées en nous rapprochant de l’arbre au fur et à mesure Des familles entières étaient souvent réunies autour d’un même arbre, pour ramasser ses fruits selon la tradition de « Tiwizi » solidaire qui donnait ainsi un cachet spécial et festif à l’évènement malgré sa pénibilité. Il fallait en effet que la cueillette et le ramassage des olives se fasse le plus rapidement possible avant l’arrivée du grand froid.

Les femmes entre elles et les hommes entre eux, se racontaient les dernières nouvelles, bonnes ou mauvaises ; ça et là fusaient des rires, des chants, des blagues et de véritables joutes oratoires dédiées aux poètes préférés. Pour les garçons c’était aussi l’occasion de piéger quelques étourneaux imprudents qui ensuite étaient grillés sur les feux de bois au moment du repas de midi, car, la cueillette n’était interrompue que le temps d’un piquenique pour se restaurer.

Les olives étaient stockées dans des sacs qu’au fur et à mesure on envoyait, à dos de mulet, au moulin (l-mensra). Chaque famille y avait un emplacement réservé. Les olives ne devaient pas être stockées trop longtemps pour qu’elles ne fermentent pas au risque de donner un goût acide à l’huile.

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Le moulin (l-mensra) utilisait une méthode introduite par les romains qui nécessitait un broyeur et un pressoir.

Le broyeur était une meule en pierre tractée par un mulet ; il avait pour rôle de triturer et broyer les olives pour obtenir une «pâte» composée de pulpe d’olives séparées de leurs noyaux empilée sur des scourtins en alpha avant son passage dans le pressoir. Celui-ci comporte deux piliers verticaux, solidement fixés au sol de part et d’autre d’un bassin circulaire taillé à même la roche pour recueillir l’huile par pression.

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La pression exercée, plus ou moins forte, permet l’extraction de l’huile mélangée à l’eau qui est recueillie dans le bassin prévu à cet effet.
Le mélange eau plus huile, recueilli dans le même bassin, est dirigé vers des bassins secondaires de décantation. Avec le temps, le mélange, eau plus huile, se décante, l’huile est recueillie par l’ouverture des bassins, l’eau, quant à elle, est évacuée par des ouvertures au fond des bassins.

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                                               (Jarre)

Cependant, ma grand-mère racontait que de son temps on produisait l’huile d’olive d’une autre façon. En effet, après avoir creusé une mare on y entassait les olives, mélangées d’eau puis on les écrasait avec les pieds. La pulpe se séparait des noyaux et l’huile surnageait sur l’eau de la mare. Après décantation on ne recueillait que l’huile qui était conservée dans des jarres. Cette huile était considérée comme un produit aux vertus thérapeutiques inégalables.

L’huile d’olive, zit uzemur, possède d’immenses vertus. Dès sa naissance nous badigeonnons le nouveau né de la tête aux pieds ; elle soigne la moindre des écorchures, les rhumes, les douleurs articulaires et musculaires, la constipation. Elle s’accommode avec tous nos plats cuisinés. C’est un délice de la consommer avec des figues sèches et de la galette. Autrefois, on utilisait de l’huile d’olive pour éclairer les maisons avec la lampe à huile (l-mesvah). Pour se réchauffer, en hiver, on faisait brûler du bois d’olivier, même vert, dans la cheminée.

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(Lampe à huile ancienne – l-mesvah)

Mes enfants, vous avez bien écouté cette histoire, la mienne mais aussi celle de l’olivier. Gardez-la en mémoire et toi Ghilès tu pourras même l’écrire dans un de tes cahiers. Vois-tu mon fils, je suis vieille et comme on le dit si bien : « un vieux qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle ». « Si tu écris mon histoire, celle de l’olivier, elle restera vivante. »

Ghilès, a 12 ans il est déjà en classe de 6ème. C’est un enfant au regard pétillant d’intelligence et d’une nature très curieuse. 

« Yemma azizu, dit-il, j’aime beaucoup ce que tu viens de nous raconter, moi aussi j’aurai aimé chasser les étourneaux et ramasser les olives comme vous le faisiez autrefois. Si tu me le permets je vais à mon tour vous dire ce que je sais de l’olivier. Nous l’avons étudié en cours de Sciences Naturelles. ?? ». Avec le sérieux d’un petit professeur Ghilès prit une profonde inspiration avant de s’adresser à l’aïeule et à ses petits frères et sœurs.

« Ceci sera un cours de botanique !!! Ecoutez-moi bien…..L’Olivier porte le nom savant de Olea europea, de la famille des Oléacées. Les livres disent qu’il est originaire de Syrie ou d’Asie mineure et que ce serait les Grecs et les Phéniciens qui auraient répandu l’olivier jusqu’en Provence et, lors de la colonisation de Carthage en Afrique du Nord. Il est cultivé dans tout le bassin méditerranéen, et dans toutes les régions du monde ou le climat est chaud. L’olivier demande une forte chaleur et craint les fortes gelées, il s’adapte très bien aux sols calcaires, argileux et des milieux acides. Cet arbre est une légende par sa longévité millénaire. On dit que l’olivier le plus vieux du monde en Grèce aurait 3000 ans. Savais-tu, Yemma Azizu, que l’olivier ne meurt jamais car même si le tronc est détruit, des rejets reconstituent spontanément l’arbre et ainsi il se continue sans interruption !! Les peuples de la méditerranée vénèrent et respectent l’olivier, arbre généreux qui les nourrit et continuera de nourrir les générations futures. D’ailleurs, toute une symbolique entoure cet arbre qui est présent dans toutes les religions ; dans le Coran l’olivier est un arbre béni, dans la bible il est très présent et c’est un rameau d’olivier que la Colombe ramène à Noé après le déluge ; dans le judaïsme l’huile d’olive est présente dans tous les rites pour les onctions au cours des sacrements. L’olivier est aussi un symbole de paix et de sagesse en raison de sa longévité étonnante et de son feuillage persistant.

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(Planche botanique de l’olivier – 1897 – Franz Eugen Koeler.) 

D’une hauteur maximum de 3 à 8 mètres, à l’état sauvage, l’olivier est un arbre à feuilles persistantes, simples lancéolées, entières, et opposées.

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(Huilerie moderne)

Il fleurit d’une manière très discrète et porte au printemps de petites grappes de fleurs jaunâtres, odorantes. Les olives, fruits de l’olivier sont des drupes ovoïdes, charnues, d’abord vertes, elles deviennent noires à maturité. Il y a plusieurs variétés d’oliviers qui donnent des huiles de goût très différent. Certaines variétés d’olives sont récoltées avant maturité, pour produire les olives vertes après une préparation spécifiques car les olives sont trop amères à l’état naturel.

Actuellement, la transformation des olives pour l’obtention d’une huile d’olive de qualité se fait dans des huileries modernes automatisées pour la plupart. La cueillette des olives reste encore un évènement annuel qui permet aux familles de se retrouver pour une tâche pénible mais qui n’a rien perdu de son attrait. Il reste à se demander si le caractère sacré de l’olivier ainsi que le rituel qui l’entoure se perpétuera avec les générations montantes….

Yemma Azizu je te promets que jamais je n’oublierai ton histoire, notre histoire, que ce soit celle de l’olivier ou d’une autre de nos traditions. Je les raconterai à mes amis, et plus tard à mes enfants. »

La nuit est bien avancée ; le feu du kanun commence lui aussi à ne présenter que quelques braises incandescentes. Les enfants commencent à somnoler signifiant que l’heure était venue de se mettre au lit. L’aïeule essuie furtivement une petite larme. L’évocation de son enfance en est la cause, mais aussi le sentiment de fierté pour son petit Ghilès.

Sources

L’olivier en Kabylie entre mythes et réalités- Rachid Oulebsir- Ed L’Harmattan

matyac1515.skyrock.com/3032884608-Olive.html

lexpressiondz.com/actualite/167627-on-reprend-la-cueillette-des-olives.html

Fabrication de l’huile d’olive in lemidi-dz.com

agoumatine.centerblog.net/3288755-Cueillette-des-Olives

provence-indigo.com/fr/les_arbres/olivier/olivier_conte.htm azititou.wordpress.com/author/azititou/page/99/

Saliha OUAR



Décès du cinéaste Abderrahmane Bouguermouh

Abderrahmane Bouguermouh

Abderrahmane Bouguermouh (Crédit: © www.bouguermouh.com) Sources: http://www.africultures.com

Le site d’information Tout sur l’Algérie annonce, ce dimanche 3 février 2013, le décès du cinéaste Abderrahmane Bouguermouh des suites d’une longue maladie.

«  Le cinéaste Abderrahmane Bouguermouh est décédé, à l’âge de 77 ans, dans l’après‑midi de ce dimanche 3 février, à l’hôpital de Birtraria à Alger, des suites d’une longue maladie, a‑t‑on appris auprès de sa famille. L’enterrement aura lieu mardi à Ighzer Amokrane, dans la commune d’Ouzellaguen, à Béjaïa, selon la même source « , écrit TSA dans sa livraison.

(Retrouvez l’article dans son intégralité sur le site de TSA ici)

Dans une biographie consacrée à Feu Bouguermouh, le site « Africultures » note: « Né le 25 février 1936 à Ouzellaguène, fils d’un instituteur de la sévère école normale française et d’une mère analphabète qui ne connait que les poèmes et chants kabyles. Etudes secondaires à Sétif où il voit de prés l’horreur et la mort lors des événements de 1945. En 1957, il rencontre l’écrivain Mouloud Mameri ! Début d’une longue amitié. Après un passage à l’IDHEC (Institut des hautes des Etudes Cinématographiques) en 1960. Bouguermouh réalise des émissions de variétés pour la télévision, RTF, à Cognacq Jay.« 

« En 1963, il retourne au pays et participe à la création du CNCA (Centre National Cinématographique Algérien). Il en est exclu en 1964, à cause de ses idées. En 1965, sur un texte de Malek Haddad, il tourne « Comme une âme », un moyen métrage en berbère. Le film est refusé par le ministère qui en exige une version arabe. Il part alors pour Paris où, il post-synchronise le film en français: cela lui vaudra un deuxième licenciement, la confiscation et la destruction des positifs et des négatifs. Le film ne sera jamais diffusé« , écrit également le même site consacré aux cultures africaines.

(Retrouvez cette biographie en intégralité sur le site Africultures ici)



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