Hommage à Mohand Said Lechani – par Saliha OUAR

Hommage à Mohand Said Lechani - par Saliha OUAR mohand_said_lechaniMohand Saïd Lechani est né en 1893 à Aït Halli, dans la commune d’Irjen, en Grande Kabylie. Enfant, il fréquente, contre l’avis de son père, partisan de la résistance culturelle, l’une des toutes premières écoles coloniales publiques ouvertes dans la région. Elève brillant, le Baccalauréat en poche il figure parmi les premiers à fréquenter la section indigène de l’école normale de Bouzareah. A dix-neuf ans il occupe le poste d’instituteur dans la plaine de la Mitidja dominée par les grandes fermes coloniales.

Figure historique de la Kabylie contemporaine, Mohand Saïd Lechani est le pionnier de l’enseignement « indigène » en Algérie, militant socialiste de la première heure et précurseur du berbérisme. Son parcours singulier, ses combats et son engagement courageux pour l’époque ne doivent pas être frappés d’amnésie et méritent un hommage appuyé. En effet, instituteur « indigène » sorti de l’école publique de la France coloniale il ne tarde pas à se distinguer en raison de ses engagements sur les fronts pédagogiques, politiques et identitaires. Homme d’engagements et de convictions il a œuvré de manière pacifique et sans relâche pour l’évolution des Algériens écrasés par le régime colonial et, après l’indépendance de l’Algérie il a continué de défendre les idées qui l’ont porté sa vie durant. Mohand Lechani s’éteint le 25 mai1985 à son domicile d’Alger. Il est inhumé dans son village natal d’Ait Halli au lieu-dit Tazegwart n Bouhelwan.

A/- Mohand Saïd Lechani, le militant en politique :

I/- Durant la période coloniale :

En 1912, à sa sortie de l’École Normale des instituteurs de Bouzaréah, Mohand Saïd Lechani, à peine âgé de 19 ans, adhère à la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) ainsi qu’à la Section française de l’Internationale ouvrière (SFIO) qu’il quittera pour rejoindre le FLN après le déclenchement de la guerre d’indépendance.

Il participe activement au Congrès Musulman de juin 1936, et à la naissance du journal anti-colonialiste de la Gauche algéroise « Alger républicain » en 1938.

À partir de 1945 il représente la Kabylie au Conseil Général d’Alger, à l’Assemblée Financière et à la Commission Supérieure des Réformes Musulmanes instaurée par le Gouverneur socialiste de l’époque. Durant ses mandatures il initie deux grandes réformes politiques:

1/- La naissance des nouveaux Centres municipaux en Kabylie à son initiative en 1946, dans la circonscription stratégique de Fort-National (actuellement Larbaâ Nath Iraten).

2/- La fusion des enseignements en 1948 réalisant ainsi l’école unique pour tous sans distinction de race et de religion ou d’origine, une grande victoire contre la ségrégation scolaire

Proche d’Alain Savary, Charles-André Julien, socialistes anticolonialistes du côté français et d’Abderrahmane Farès et Ahmed Boumendjel, du côté algérien il est co-signataire en septembre 1955 de la « motion des 61 » rejetant la politique d’intégration prônée par Jacques Soustelle. Mohand Lechani démissionne de ses mandats politiques en décembre 1955 à l’appel du FLN et rejoint la mission du Gouvernement provisoire de la République algérienne (GPRA) de Rabat en 1958, où il s’occupe des questions d’Education et d’information.

 II/- Après 1962 :

À l’Indépendance de l’Algérie, Mohand Saïd Lechani revenu en Algérie se retire définitivement de la vie politique pour ne se consacrer qu’à des activités intellectuelles et littéraires ainsi qu’à l’alphabétisation et l’encadrement scolaire en qualité de Conseiller pédagogique bénévole.

Au début des années 1970, il prête un concours actif à l’écrivain Mouloud Mammeri, durant ses démarches contre la suppression du Cours de berbère de la Faculté d’Alger.

B/- Mohand Saïd Lechani, le militant pédagogue :

Elément actif du corps des Instituteurs « indigènes », il co-fonde en 1922 la revue « La Voix des humbles », périodique socio-éducatif, porte-voix des instituteurs « indigènes », qui entre autre, revendiquaient l’égalité des Droits civiques et sociaux. Cette revue lui permet d’exposer ses théories didactiques et d’évoquer les sujets de l’heure intéressant la politique scolaire. La suppression en 1948 de l’enseignement « indigène », a été une première victoire car selon lui : « L’école ne doit être ni congrégationniste ni ségrégationniste. Elle doit s’ouvrir à tous les enfants et les rassembler en son sein sans regarder à leur appartenance raciale ou religieuse ».

Plus tard, à l’indépendance de l’Algérie, toujours égal à lui même, il écrit : « L’enseignement sera assuré par l’Etat. Ce service public est si important que l’Etat ne peut l’abandonner aux religions. Cet enseignement sera lui-même laïc, commun à tous les enfants (…) ». Si l’Algérie s’était inspiré des idées de Mohand Saïd Lechani et de bien d’autres intellectuels progressistes nous aurions évité bien des dérives à notre école et par extension à notre pays.

 C/- Mohand Saïd Lechani, le pionnier du militantisme berbériste :

Diplômé de berbère de l’Institut des Hautes études de Rabat en 1919 et de la Faculté des lettres d’Alger en 1948, il est le disciple de grands spécialistes des études et de la dialectologie berbères tels que Said Boulifa, Émile Laoust et André Basset et, plus tard, compagnon de recherches d’André Picard dernier responsable de la chaire de berbère de la Faculté des Lettres d’Alger

Emerveillé par sa langue maternelle, il écrit : « Le vocabulaire kabyle est suffisamment riche pour permettre l’expression de la pensée et des sentiments avec nuance et précision. Il faut entendre les vieux montagnards de chez-nous, ceux en particulier qui ne se sont jamais expatriés ou qui s’absentent rarement du pays pour se rendre compte de la richesse de notre langue, de son élégance remarquable, de la souplesse de sa syntaxe, de la variété de ses formes, de la sagesse et de la poésie de ses expressions. Mais seule une langue pratique et un usage constant permettent d’en saisir les finesses et le génie, d’en goûter l’esprit. Ceux qui n’ont pas suivi les réunions de djemaâ, qui n’ont pas souvent assisté aux rencontres où se règlent les différends, aux conciliabules où se tranchent les affaires de famille, d’intérêt ou d’honneur, ne peuvent se faire une idée de la qualité des ressources verbales qu’elle met à la disposition des hommes qui participent aux discussions. Les séances de cette matière où s’affrontent des orateurs de classe, maîtres de leur langue et de leur pensée, constituent un véritable régal qui charme et contente l’oreille », écrit-il pour dire tout l’amour qu’il porte à la langue kabyle.

Au début des années 1970, il prête un concours actif à l’écrivain Mouloud Mammeri durant ses démarches contre la suppression du Cours de berbère de la Faculté d’Alger.

D/- Conclusion

Au travers de ce modeste article je tenais à rendre un hommage à Mohand Saïd Lechani, un grand Monsieur méconnu, oublié et qui pourtant fut une personnalité dévouée à ce qu’on appelait « la cause indigène » à l’époque coloniale, mais pas seulement. Défenseur méconnu de la langue berbère, Mohand Saïd Lechani a lutté toute sa vie durant pour le triomphe de nobles idées qui ont pour nom : Berbérité, Modernité, et Laïcité. Intellectuel kabyle, en avance sur son temps, il mérite que l’on s’intéresse un peu plus à son œuvre. Celle-ci, qui a été partiellement éditée en France, à titre posthume, en 1996, nous permet de saisir la finesse et la profondeur de ses analyses.

Elle nous enseigne aussi qu’au travers du destin exceptionnel de certains Hommes tout peut être possible, que le joug n’est pas une fatalité et qu’il faut toujours se battre pour un monde meilleur.

E/- Bibliographie (succinte !!!)

LECHANI (Mohand Saïd)

Ecrits berbères. Textes kabyles et français, 1996

Auteurs secondaires : LECHANI (Meziane), préf.

Dialecte : KABYLE

Mots clés : LANGUE, LITTERATURE, ETHNOGRAPHIE, INEDIT

Ville, éditeur : Paris, Editions Fnar

Pagination: 157 p., photo.

Autres : LECHANI

F/- Sources

wikipedia.org/wiki/Mohand_Sa%C3%AFd_Lechani

hardeur48.over-blog.fr/article-35617802.html

humanite.fr/tribunes/mohand-said-lechani-un-jauresien-dans-l-algerie-coloniale-507231

socialgerie.net/IMG/pdf/mohamed_said_lechani.pdf

persee.fr/web/revues



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