Nomenclature des prénoms amazighs en Algérie : comme au pire moment de l’inquisition

Au temps de l’inquisition sévissait l’index : une liste d’oeuvres proscrites par l’Eglise car jugées hérétiques, blasphématoires ou irrévérencieuses. Voilà que l’Etat algérien, confronté à sa propre putréfaction clanique et institutionnelle, adoptant le procédés en l’inversant pour prescrire une liste de 300 prénoms amazighs autorisés à l’inscription à l’état civil. (Suivez ce lien pour visualiser cette liste publiée sur le site du quotidien Liberté)

Ainsi, le quotidien Liberté a fait état, jeudi 25 juillet 2013 de la publication officielle par le gouvernement algérien d’« une liste de 300 prénoms (…) adoptée et validée par le ministère de l’Intérieur et (qui) sera introduite dans la nomenclature des prénoms.»

Précisant que « cette liste a été proposée par le Haut commissariat à l’amazighité (HCA), dont le premier responsable, Youcef Merahi, estime qu’avec cette validation,“c’est une victoire lorsque le gouvernement reconnaît le déni dans le choix des prénoms amazighs”», Liberté nuance néanmoins cette euphorie en notant que «Youcef Merahi a émis des réserves quant au choix des prénoms retenus par l’administration. Ainsi, il informe que son institution avait remis une liste de près de 1 000 prénoms. Les pouvoirs publics ont décidé alors de réduire la liste à 300 prénoms, répartis sur une moitié de prénoms féminins et l’autre moitié pour les prénoms masculins.» De quoi vider le verre de la victoire des populations amazighes de sa moitié !

Plus loin, il est souligné que «Youcef Merahi a fait savoir que les prénoms amazighs déjà inscrits doivent être considérés d’office comme prénoms usuels dans l’administration. Il a appelé à l’harmonisation de l’orthographe des prénoms.» (Retrouvez l’article de Liberté dans son intégralité sur son site ici)

Aussitôt dit, aussitôt « exhaussé ». Ainsi, l’appel du HCA à l’harmonisation de la transcription des-dits prénoms, a eu pour réponse la mise en branle de la machine administration arabisante mue par le Ministre de l’intérieur comme révélé par le journal électronique Tout sur l’Algérie. En effet, celui-ci annonce dans son édition du dimanche 28 juillet 2013 : « Mercredi, à Tindouf, M. Ould Kablia avait déclaré que le gouvernement avait ordonné aux services de l’état civil à travers le pays d’enregistrer les noms des nouveau-nés en langue arabe. « Cette décision vise à éviter les nombreuses fautes d’orthographe commises dans l’écriture des noms lors de leur transcription dans les documents de l’état civil », avait-t-il expliqué en marge de la visite de travail du Premier ministre, Abdelmalek Sellal, dans cette wilaya. Il avait précisé dans ce contexte que « 300 noms en Tamazight seront désormais écrits en langue arabe ».

Pourtant, comme le souligne le même site, « le Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA) s’oppose à la transcription des prénoms amazighs avec des caractères arabes comme annoncé, mercredi dernier, par le ministre de l’Intérieur, Dahou Ould Kablia. « Nous avons donné la liste des 300 prénoms avec le caractère latin.» Donnant la parole au Secrétaire général du HCA, TSA précise que pour M. Merahi, « la transcription des prénoms amazighs en caractère arabe « va compliquer davantage la situation de l’état civil ». Il rappelle que les noms de nombreuses familles algériennes ont été déformés par l’état civil français et plus tard après l’indépendance avec l’adoption de l’arabe. » (Lire l’article intégral sur le site de TSA ici)

Alors pourquoi s’ingénie-t-on à compliquer une situation déjà affreuse pour les Amazighs d’Algérie qui ont longtemps reçu une fin de non recevoir lorsqu’il s’était agi d’enregistrer leurs enfants nouveaux-nés à l’état civil sous des prénoms amazighs ? Seul l’antikabylisme crasse du système arabo-slamiste algérien est à même d’expliquer cette inquisition dressée à l’égard de la culture et de l’identité amazighes pourtant multi-millénaires. Et on se demande à Alger pourquoi l’option autonomiste gagne du terrain chez les amazighophones !!!



Yusef U Qasi, (Youcef Ou Kaci), évocation d’un poète méconnu (Par Saliha OUAR)

Yusef  U Qasi (Youcef Ou Kaci), grand poète kabyle du XVIe – XVIIe siècle serait en 1680, selon l’estimation de l’écrivain Mouloud Mammeri, à At Gouaret en Grande Kabylie ; il faisait partie de la tribu des At Jennad . Il serait mort en 1747 dans la deuxième moitié du XVIIe siècle. Son tombeau se trouve à Ait Gouaret (commnune de Timizart, daïra d’Ouaguenoun, wilaya de Tizi-Ouzou).

Comme pour les poètes Si Muhend U M’hend et Cix Muhend Ulhusin sa vie ainsi que sa poésie sont entourées de mystère car à l’époque où il a vécu, la tradition kabyle était purement orale.

Yusef U Qasi, l’aède de TimizartN’sidi Mansour :

Ciseleur du verbe, mais aussi cavalier voyageant à travers la Kabylie et admirable orateur  il déclamait  ses poésies ainsi que des joutes oratoires, véritables tableaux  décrivant les comportements et évènements de ses contemporains. A travers son œuvre on peut entrevoir la société kabyle de l’époque car il y abordait le droit coutumier, les codes de l’honneur, l’identité et les luttes tribales.

Sa belle poésie ainsi que son sens des valeurs qui, à l’époque, avaient largement marqué les citoyens de sa région ont pu résister au temps grâce à la retransmission orale, de génération en génération, au sein de sa famille et par ses nombreux disciples.

Ce n’est que bien plus tard, grâce aux  recherches de Mohand Said Boulifa, reprises et complétées par d’autres chercheurs, que les textes des poètes de la tradition orale, dont ceux de Yusef UQasi, ont pu être sauvés de l’oubli. Un bémol toutefois, car faut-il le noter, des incertitudes subsistent concernant l’authenticité des poèmes attribués à chacun de ces poètes « orateurs ».

Concernant en particulier Yusef U Qasi, il appartient donc aux historiens, aux linguistes et aux chercheurs d’apporter un éclairage sur l’histoire de cet homme légendaire.

Yusef U Qasi , médiateur et fédérateur :

 Généreux et modeste à la fois, Yusef U Qasi  avait su s’attirer la sympathie de ses contemporains. Brave et hardi il n’employait  jamais la force pour départager d’éventuels belligérants en jouant un rôle de médiateur, cela grâce à son éloquence et à sa subtilité. Ainsi on raconte qu’il avait empêché une guerre tribale  entre les At Jenad, dont il était issu, et une tribu voisine.

Sa notoriété était telle qu’on le sollicitait depuis divers  villages de la Kabylie afin de régler les désaccords et que sa présence à elle seule suffisait pour leur règlement. On raconte aussi que dans le seul but de dissuader les parties en conflit,  il lui arrivait de prendre part aux combats. 

 Yusef U Qasi, le cavalier guerrier  (*) :

 Poète et cavalier puissant, Yusef U Qasi avait été leader dans plusieurs batailles contre les Turcs.

L’écrivain et ancien journaliste Mohamed Ghobrini dans son livre « Yusef U Qasi, le cavalier poète »,  parlant du poète écrit, je cite :

 « Ce dernier ne se désarme pas devant une situation telle que les combats menés principalement contre les troupes turques, qui voulaient rentrer dans sa région. Il n’a non plus jamais accepté le fait accompli. Il a combattu toute forme d’oppression d’où qu’elle vienne ».

Il ajoute, je cite :

 « Yusef U Qasi, est devenu par la force des choses non seulement une source incontournable dans tous les conflits, mais aussi une force qui a presque mis fin aux velléités turques qui usèrent de tous les subterfuges pour pénétrer la région des At Jenad. Les forces en présence l’ont obligé à prendre les choses en main, en préservant l’influence étrangère et son pouvoir beylical ».

Yusef U Qasi, le sage érudit…Amusnaw :

Doué d’un immense savoir oral, Yusef U Qasi, bénéficiait aussi d’une large audience auprès de la population. Il avait étudié le Coran et la langue arabe et détenait de solides connaissances en matière de vie sociale dont : le Code de la Kabylie, le Droit Coutumier, l’histoire de la tribu… Son érudition (qui touchait à de nombreux sujets et faisait de lui un “Afsih” possédant l´art de bien dire), et sa grande sagesse lui avaient valu de porter le titre d’AMUSNAW, sage savant.                                                 

L’écrivain Mohamed Ghobrini vient de sortir un nouveau recueil intitulé « Yusef U Qasi, le cavalier poète », édité par la maison « El Amel ». Il s’agit d’un recueil de poésie relatant la vie et l’œuvre de l’artiste et grand poète Yusef U Qasi, une poésie exprimée dans les trois langues : français, tamazight et arabe.  

Yusef U Qasi et l’immense poète errant Si Muh U M´hand sont revisités par le biais de manifestations culturelles au cours  des « Editions de  Poésie Amazighe à Timizart », qui  sont organisées par l´Association culturelle Yusef U Qasi et l´Association culturelle Si Muh U M´hand.

 Yusef U Qasi est un homme exceptionnel. Il avait marqué son époque et son aura qui a traversé les générations reste vivante dans la mémoire collective. Cependant,  il nous revient de perpétuer son œuvre en le sortant de l’oubli.

Sources texte et images :

 youcefoukaci.e-monsite.com/pages/mohamed-ghobrini.html (*)

depechedekabylie.com/culture

amnayubizar.blogspot.fr

wikipedia.org/wiki/Youcef_Ou_Kaci

algerie-dz.com/forums/archive/index.php/t-234657.html



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