Le fennec mordant du mois de mars 2014 (suite)

(http://lefennecmordant.com/LFM-03/vue-surlamare.html)

Le conflit Présidence / DRS décrit par la presse
Cow-boys VS 007 ?

Avec le conflit affectant le sommet de l’Etat autour de l’option du 4ème mandat présidentiel, abondamment commenté par la presse, il s’est dessiné, parfois en filigrane mais souvent dans le texte, le portrait d’hommes chevaliers de la présidence de la république, des fins limiers au sein du DRS, parfois des demi-dieux, dans d’autres de perfides félons. Des traits qui cristallisent les fantasmes sur l’espion, les visions oniriques sur les guerriers et les épanchements littéraires des romanciers en devenir ou refoulés. Lorsqu’ils se décrivent, les gens du pouvoir usent parfois d’images animalières, de noms d’oiseaux ou recourent à adjectifs épiques et valorisants.

Pour reconstituer le puzzle de cette fantasmagorie de films noirs, de roman d’espionnage ou d’histoire d’épouvante, relisons deux articles bien fouillés, publiés dans deux numéros d’El Watan Week-end.

Dans le texte qui suit, nous reproduirons le plus fidèlement, quelques uns parmi les descriptifs des personnages tels que reproduits ou décrits par le journaliste.

Dans El Watan Week-End du 21 février 2014, sous le titre « BOUTEFLIKA-DRS La part du bruit, la part de la fureur », le talentueux Adlène Meddi parle de son premier interlocuteur en ces termes : « Ce haut fonctionnaire de la présidence de la République ouvre grands ses bras malgré le costard cintré qui emmaillote sa grande taille. Le ton est colérique, avec une moue de dégoût déformant sa bouche (…).» Un personnage tout droit sorti d’une série policière américaine.

Lorsque ce fonctionnaire, à son tour, parle du DRS, il le fait en des termes peu amènes : « Des années et des années à piller, à se mettre du fric dans les poches, à faire les cow-boys sans qu’aucune autorité ne les arrête (…). Il faut en finir avec eux.» Une posture de justicier ou de saint rédempteur à qui ne manquent que l’auréole scintillante et les chœurs retentissants. Les agents du DRS ne trouvent aucune grâce aux yeux de l’homme qui dit encore : «Ils se sentent tout-puissants ces moustachus du DRS. Ils se barricadent derrière leur patron, ce Toufik, complètement parano, enfermé dans son bureau-bunker, qui passe ses journées – ce grand malade – à fomenter des complots, à tirer les ficelles de la politique, de la société, de l’économie, de la diplomatie et de la presse (…) pour échafauder ses plans démoniaques (…).» De quoi remercier les gouvernants de se livrer la guerre tant sont croustillantes ces révélations qui trahissent le fracas des luttes intra-muros.

ahmed medjani

Le journaliste aborde son second personnage (un agent du DRS) et le décrit comme un « gaillard (est) robuste, muscles nerveux saillants sous la veste en jeans, le 9 mm écrasant ses côtes dans son holster en cuir ramené des USA. Youcef débite sa haine sans ménagement, cette jeune recrue du Scorat n’a pas froid aux yeux, ce n’est pas dans les habitudes de la maison d’ailleurs.» Le portrait du parfait séducteur qui fera flipper toutes les gamines au sortir du Lycée. Oh le bel étalon !
Plus loin, on apprend que ce Youcefest « pourtant très mesuré dans ses propos, économe dans ses gestes.» Et au journaliste de nous expliquer que c’est une « ergonomie imposée par sa filiation au Scorat, ou Service de coordination opérationnel et de renseignement antiterroriste (…), un concentré d’éléments fantômes et efficaces.» Le chargé du casting doit être bien payé considérant le résultat de ses sélections.

D’ailleurs, cet « opérationnel », Adlène Meddi le dépeint comme quelqu’un d’ « ombrageux », et le présente comme « un ex-membre des commandos du soudain disparu et sulfureux Smaïl Lamari, reconverti dans l’industrie sécuritaire.»
Lorsque notre superflic parle de ces collègues, c’est pour nous apprendre que « ces mecs-là ont comme idole Othmane Saadi (colonel du Scorat, dit Boulahya (le Barbu), génie de l’infiltration et de la destruction des groupes islamistes, tué dans un attentat début 2010 à Akbou), pas les dandys de Sidi Yahia si fiers d’avoir dîné avec Saïd Bouteflika».» Qui disait déjà que Robocop ne savait pas manier le sarcasme ?

En passant la parole à un proche du Président, celui-ci rapporte que « Khaled Nezzar, Larbi Belkhir, Mediène et Smaïl Lamari » étaient aux yeux de Bouteflika autant de « requins qui règlent les affaires entre eux», des «gros bras qu’il faut mater du premier coup.» La cage aux folles (pardon, aux lions)  n’étant pas loin et la cravache coupe l’air en sifflant.

En abordant son dernier interlocuteur, un militaire d’active, le journaliste précise : « Imad, la quarantaine, est commandant dans une direction technique de l’état-major aux Tagarins (Alger). Etudes à l’étranger grâce à des bourses pour son excellence, famille modeste, Kabyle et mélomane, génie de l’informatique.» L’on est tenté de crier : hourra ! Enfin de l’intelligence !!!!
Adlène Meddi nous apprend qu’« avec ses jeunes camarades, ils s’évadent en pêchant au large d’Alger-Ouest en embarquant leurs guitares et en rêvant de faire leur boulot au mieux, loin des paranos du DRS ou des grabataires de l’état-major ou de la Présidence.» « (…) les jeunes officiers, bien formés, trilingues et pointilleux dans leur travail ingrat (…).»  Comme quoi l’espoir est permis.

Loquaces, ces enfants de la Grande muette !

Dans un second article, dans El Watan Week-End du 28 février 2014, sous le titre « L’armée saturée de messages », le même Adlène Meddi aborde avec tact, cette fois-ci, les hauts responsables de l’armée en des termes emprunts à une lexicographie mêlant l’algérien, le moderne et l’antique : « les politiques au képi, les archontes polémarques

A ce propos, l’ex-général major Benhadid annonce que « peu d’officiers supérieurs sont corrompus, mais le régime actuel a encouragé la corruption au sein de l’armée pour mieux la tenir.» Tout le monde est témoin que ce n’est pas Transparency International, encore moins Djillali Hedjadh qui le disent mais bel et bien un galonné. Celui-là même qui révèle  que « de tout temps, l’armée règle ses comptes discrètement, violemment ou sournoisement, mais avec ce qui se passe autour du 4e mandat, c’est une foire d’empoigne publique.» Et tout le monde affute  ses armes, sommes-nous tentés de dire !

Un second haut gradé avoue au journaliste: « on sait que Lamari, chef d’état-major à l’époque (2004, NDLR), avait roulé pour Benflis avant de se faire gruger par le général Mediène.» Et nous qui pensions que l’armée se devait d’observer la neutralité et ne rouler qu’en véhicules couleur kaki ! Ce même interlocuteur est décrit comme un « homme, trapu, large moustache, fait partie des généraux «politiquement inutiles», pour reprendre son expression.», De quoi nous convaincre que nos généraux ont du talent humoristique.

Au milieu de ce tumulte où des obus sont lancés de toute part, lorsqu’un « officier d’actif, père de famille, qui passe les deux tiers de l’année dans des postes avancés à la frontière malienne » est interrogé, celui-ci aborde une certaine « paranoïa » « qu’on laisse  traditionnellement à nos collègues de la DCSA et du DRS.» Un cadeau empoisonné qu’ils apprécieront certainement. En langage militaire, c’est ce qui s’appelle des tirs amis.

Abordant l’armée, le même officier supérieur dit qu’elle  « n’est pas à Hydra, elle est dans la merde, à la frontière, au maquis, dans ses bureaux à combatte la médiocrité des chefs incompétents imposés par Gaïd Salah en contrordre de Bouteflika qui, lui, voulait une armée de jeunes compétents.» Une description qui rappelle la série culte L’enfer du devoir, la musique des Who ou des Rolling Stones. Avec une bonne réécriture, on atteindra même la perfection d’Apocalypse Now. Avec du travail tout de même.

Selon l’officier donc, « Hamrouche nous a accusés de tous les maux en 1992, nous sommes des putshistes, ceux qui l’ont empêché de mettre au point ses ‘‘réformes’’, et maintenant il fait appel à nous ?!» On comprend à présent pourquoi Hamrouche a jeté l’éponge avant même que de monter sur le ring. Plus loin, le haut gradé ajoute : « La troupe, même si elle exprime ses oppositions, elle le fait en interne (…), mais elle reste très disciplinée à tous les niveaux de grades. » Il précise que « la troupe vit dans la société et elle est traversée par autant de courants que la société.» Mais force est de reconnaître que de part même les déclarations des hauts gradés, dont notre officier interviewé, la chose n’est plus en interne.

Un autre officier à la retraite avoue au journaliste : «On nous sollicite, de partout, de Benflis à d’autres, mais nous nous tenons à notre droit de réserve (…) Nous militons, même de l’extérieur, à maintenir la cohésion de l’armée (…) Aux responsables politiques, aux candidats de garantir des élections sans fraude. Ce n’est pas notre boulot.» Enfin un militaire qui a intériorisé que ce qui lui est demandé c’est de ne plus vouloir faire de la politique à la place du peuple.
Un second général à la retraite, dont le journaliste Adlène Meddi précise qu’il « a fait ses armes au Colas de Mohamed Lamari », précise : «Nous avons tous nos avis sur le 4e mandat (…) On oublie que l’armée ce n’est pas Nezzar et Touati seulement. Il y a des milliers de cadres, issus de quartiers populaires, formés par l’université algérienne et, d’ailleurs, qui devraient avoir leur mot à dire, même si je suis contre ça.» Des propos qui donnent le tournis tant ils défendent la chose (avoir son mot à dire) et son contraire (être contre çà !).

Le rédacteur rappelle : « Le dernier chef d’état-major à s’être opposé à Bouteflika, Mohamed Lamari, est mort seul, isolé, dans une toute petite clinique de Tolga, à côté de Biskra.», avant de laisser un ancien cadre de l’administration centrale du ministère de la défense nationale annoncer que « Bouteflika (et son clan) ne fait pas de quartier. Les vieux généraux l’ont compris. Mais nos jeunes, les quadras, qui savent que sous ce régime ils seront bloqués au grade de commandant, au meilleur des cas, en pensent quoi ? (…) Les ‘‘vieux’’, les retraités et les démobilisés sont contre Bouteflika.» Ils sont contre Boutef et ont chargé notre officier de nous le faire savoir, devoir de réserve oblige.

Ce même interlocuteur précise aussi : « Les Taffer (CFT, chef des forces terrestres), et compagnie, gueulent, en privé. Ce ne sont pas des politiques. Or, ils peuvent mettre dans l’embarras le chef d’état-major en cas de conclave, quand tout le monde, à partir du grade de colonel, a le droit de briser le droit de réserve et s’adresser sans protocole à leurs supérieurs. Mais la discipline de l’armée les empêche d’agir en l’absence de ce conclave, et ce n’est pas pour déplaire au régime de Bouteflika. (…) Mais pour maintenir le secret de la cohésion de ce pays : la cohésion de l’armée que Bouteflika et son clan irresponsable rongent semaine après semaine, nous restons aux ordres (…) De l’armée, de notre mère, pour que ce pays n’éclate pas en mille morceaux.» Et nous qui pensions que les conclaves étaient la chose de la curée vaticane ou une vieillerie des arouchs d’antan. On attend donc la fumée blanche au soir du 17 avril.

Ce même haut gradé révèle au journaliste que « 80% des cadres sont anti-4e mandat, mais ils n’ont pas le droit de l’exprimer, autant que la garde communale que nous avons créée». Si ces cadres lisaient El Watan Week-End, ils auraient appris qu’ils peuvent exprimer leur refus du 4ème mandat mais dans un conclave ou en Off !

Ils peuvent se rattraper aussi en lisant Le fennec Mordant, mais c’est chose improbable.

Abdenour BOUHIREB



Le fennec mordant du mois de mars 2014

(http://lefennecmordant.com/LFM-03/index.html )

La démocratie algérienne: une trajectoire « reptiligne »

Il était écrit quelque part que la campagne électorale pour le scrutin présidentiel d’avril prochain ne sera pas de tout repos ! Reconnaissons que la chose s’était mal engagée, d’emblée, sur le sinueux chemin du jeu démocratique et du débat constructif. Aux premiers jours de la campagne, aucun fait n’est venu dissiper le flou artistique qui entoure nos lanternes. Pire, la lettre de Boutef, où il reconnaît « les difficultés liées à sa santé (…) »,  vient comme une douche froide pour contredire tous ces bonimenteurs qui n’ont eu de cesse de pérorer, parfois jusqu’à l’outrance, sur « la bonne santé du Président ».

Ce n’est pas Sellal, l’ex-premier ministre et actuel directeur de campagne du Président rempilant qui nous contredira. Lui, l’éternel diseur de bons mots, vient de savonner sa propre planche (tribune est plus correcte) en lançant des railleries pas du tout propres sur les Chaouis.

Mal lui en est pris à ce pitre-tribun. L’un des plus illustres d’entre nos fiers concitoyens amazighs de l’est, ancien président et haut galonné à la réputation intacte, au caractère taciturne et mesuré s’en est pris à ceux qui, par leurs vociférations, titillent la cohésion de la grande muette (un frère d’arme, ça se protège) et s’agitent pour décrocher au souverain du moment, une rallonge de mandature. On les comprend un peu, ces bougres qui se saignent à empêcher le serveur de débarrasser la table, maintenant que l’appétit a fini de venir en mangeant.

La charge de soldat Zeroual a été si violente et inattendue, d’aucuns diraient un tir de haute précision, d’autres une frappe chirurgicale (voire arme de décision massive) qu’elle risque de contrarier les plans tracés sur la comète Algérie par les flatteurs de Boutef. Oui, car il n’y a qu’en Algérie que le fou du roi, loin d’amuser la galerie et divertir la cour par ces pitreries, risque au contraire de faire tomber le souverain de son trône. Et dévoiler au peuple un roitelet nu et esseulé.

Une chose est sure, le dérapage de Sellal, les dénégations d’Ouyahia (sur la constitutionnalisation de Tamazight) ainsi que l’invective de Benyounes tombent très mal lorsque le M’zab connaît un regain de violence intercommunautaire terrifiante. Sellal and Co. méconnaissent-ils à ce point ce proverbe qui dissuade de jeter la pierre à son voisin lorsqu’on habite, soi-même, une maison de verre ? Et à Ghardaïa, les belligérants se sont jetés des pierres et des « projectiles ferreux » pour reprendre la terminologie savante et médiatico-légale (il s’agit de balles artisanales).

Le pouvoir continue de reprocher à la Tunisie son printemps de Jasmin, oubliant l’écharde de Ghardaïa qu’il a dans l’œil!

Et ce ne sont pas les repentirs, sous-traités à Sella par un directeur d’une TV locale (auto-interview sur Chourouq TV par journaliste interposé) qui arrangeront les choses. Le ver est dans le fruit. Un échec si patent que Sella a du se soumettre en personne à l’exercice de contrition sur la même chaine sans grand éclat, promettant le printemps dès avril prochain.

Annonçant  une campagne électorale fulgurante, force est de reconnaître que l’avion Sellal a explosé en plein vol pour reprendre une métaphore malheureuse mais d’actualité. Le vrai avion, celui de la Malaisie, vient d’être annoncé, par SMS, ayant eu un crash dans l’océan indien et sans avoir fait de survivants. Une tragédie, une de plus, pour les centaines de familles des passagers.

Un comble dans un monde sondé, épié, mesuré dans toutes ses profondeurs et sous toutes les coutures par d’innombrables officines, mais qui perdent le signal d’un aéronef de toute dernière technologie. « Ils peuvent entendre une fourmi qui pète dans le désert de Gobi ou le rot d’un coléoptère repu de bouse de vache dans le fin fond de la Kabylie, mais ils n’arrivent pas à retrouver un Boeing, bardé d’électronique, disparu au milieu de l’océan », lance un internaute interloqué.

Mais le retrait de Sellal du gouvernement a été concomitant avec le retour d’Ouyahia au pouvoir. Un retour qui ne s’est pas fait sans bruit puisque précédé d’une sortie télévisuelle où il (Ouyahia) parla de l’Algérie comme du pays de Candy. Le Sieur choisit même une chaine communautaire (BRTV) pour salir la mémoire de la victime juvénile et inaugurale du printemps noir de 2001. Est-ce sinon l’Aguelid Massinissa qui en serait visé par diatribe assassine? En acceptant le poste de directeur du cabinet présidentiel, Ouyahia se contente-il d’un strapontin en attendant le divan royal ? L’avenir nous le dira, si avenir il y a bien sûr. D’aucuns pensent que le 18 avril 2014 est un lendemain d’apocalypse et de fin du monde. Qui vivra verra !

Or ces sombres augures ne semblent pas de nature à inquiéter la « bée-attitude » régnant au sein de la maison FFS. En effet, au terme d’un conclave qui se voulait studieux, l’Akabar adopta une position des plus rocambolesques. Et pour cause, vis-à-vis de la (d)échéance électorale à venir, le FFS préfère se dire contre le boycott (passif et actif), contre la participation (y compris le vote blanc) et pour la construction d’un consensus politique.

Mais il y a un mais ! Puisque cette sérénité arborée ostensiblement par le FFS a été quelque peu lézardée par Me. Bouchachi qui a démissionné de son poste de débuté d’Alger, sans signe avant-coureurs ! On ne sait pas s’il garde sa carte de militant du Front mais l’avocat défenseur des droits de l’homme feigne découvrir, maintenant que l’Olympe connaît les pires turpitudes, que le Parlement algérien n’est pas un sanctuaire de démocratie mais une succursale administro-sécuritaire du pouvoir. Mieux vaut tard que jamais, commentent un animateur boycotteur.

Ce consensus recherché tel le saint graal, nous y sommes déjà, à considérer les positions des uns et des autres qui appellent de leurs vœux l’avènement d’une période de transition. Sauf que, pour que ceci advienne, chacun de nos opposants exige qu’on lui accorde une période de transition pour qu’il puisse accepter, lui-même, que les autres opposants puissent participer à cette démarche. Nous pourrons aller dans ce sens à l’infini puisque chaque transition en requiert, elle aussi, une autre, etc. Jusqu’à revisiter la théorie des fractales où à chaque fois qu’on pense examiner un détail d’une figure, l’on se surprend à n’en voir qu’un bout reproduisant la globalité. Plus prosaïquement, « le chien se mord la queue ».

Même l’ancien président Zeroual, qui écourta son mandat en 1998, appelle, dans sa lettre, à faire du mandat à venir une période de transition pour juguler les périls qui menacent le pays. Une suggestion qui a valeur d’ordre et Benflis s’en pressa de la soutenir inversant ainsi les rôles. Car, n’est-ce pas au citoyen (fut-il ancien président de la république) de soutenir le candidat à la magistrature suprême  et non l’inverse ? Nous n’en sommes pas à une bizarrerie près.

Et cette grabataire organisation des moudjahidine qui tourna casaque après avoir signifié à Benflis la neutralité de la Mounadhama pour pérorer le lendemain et très officiellement son alignement pour le quatrième mandat ?! Il est vrai, ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent.

Pendant que nous nous perdons en conjectures géométrico-politiques, des lieutenants sans grade continuent à débiter des âneries dignes des êtres les plus écervelés. Le pire c’est qu’ils nous gouvernent ces goujats et veulent faire notre bonheur « contre notre plein gré ». De leur candidat que tout le monde sait amoindri par son AVC (Il le reconnaît lui-même dans sa lettre), ils disent : «Son cerveau fonctionne beaucoup mieux que tous nos cerveaux réunis ! ». Et ils font chorus pour l’affirmer, rappelant la fameuse citation de Coluche qui disait contre la raison majoritaire : « ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison. » Coluche a raison mais il n’est pas candidat.

Et ce ne fut qu’un écho à une autre affirmation toute aussi « Orwellienne », sortie tout droit de la bouche du premier de nos flics, bien qu’il soit militaire galonné. « Aucune violence n’a été exercée contre les personnes interpellées. (…)», aurait déclaré le DGSN à qui voulait l’entendre, parlant des militants du Mouvement BARAKAT arrêtés avec brutalité lors des tout premiers sit-in à Alger-Centre et en présence des caméras de TV. Or, il a suffi que le ministère des Affaires étrangères français appelle Alger à plus de retenue pour que la bastonnade cesse. Bien plus, les rassemblements sont devenus, miracle !, autorisés et l’opposition a été autorisé à tenir réunion publique. Hourra !!!

Enfin, ne nous réjouissons pas trop puisque à bien regarder le texte de nos opposants patentés, nos joies seraient de courtes durées. C’est à se demander si on est seul à rester dans le brouillard après lecture de l’argumentaire ayant conduit le réformateur-en-chef à ne pas participer à la course à la magistrature suprême.

Il usa, lors d’une conférence de presse, d’un phrasé digne d’un clerc païen. Jugez-en : «Je n’ai pas voulu convoquer, affirme-t-il (Mouloud Hamrouche, NDR), le passé de notre présent. J’ai plutôt parlé du futur de ce présent et de ce qu’il offre comme opportunités pour peu qu’on fasse appel aux traditions politiques en matière de consensus et de compromis.» En français simple, ça s’appelle baragouiner et même Jean-Claude Van Damme dans ses délires télévisuels n’aurait pas fait pire !

Mais à chaque chose malheur et bon, disent les optimistes. Cette élection est aussi une occasion, pour nous autres ayant la faiblesse de croire qu’il y a encore des gens qui parlent correctement loughat el aadouw qu’est le français et utilisent ce butin de guerre à bon escient. En effet, l’ex-président du RCD, le Dr. Sadi a mis au goût du jour de la lexicologie politique un terme qu’on croyait l’apanage des seuls éthologistes. Ainsi, selon Sadi, « le cerveau reptilien, (encore cette histoire de cerveau) c’est connu, est incapable d’évolution. Programmé pour des fonctions primaires, il est animé par la satisfaction immédiate de besoins élémentaires et réagit par la violence contre tout ce qui peut contrarier la prédation ou inciter à une adaptation des conduites et comportements.» Nous voilà donc édifiés quant à la faune qui grenouille en Algérie depuis l’ère jurassienne. Une terre où les gens préfèrent, donc, lézarder (musarder est aussi juste) au soleil au lieu de trimer et de suer au labeur quotidien. La pompe à pétrole fait le reste.

Qui disait déjà que le seul enjeu de l’être vivant est celui de s’adapter ou disparaître ?  Et pourquoi l’Algérien devrait-il se presser lorsque le reptile a connu si peu de changement en millions d’années ?

Abdenour BOUHIREB



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