Le fennec mordant du mois de mars 2014

(http://lefennecmordant.com/LFM-03/index.html )

La démocratie algérienne: une trajectoire « reptiligne »

Il était écrit quelque part que la campagne électorale pour le scrutin présidentiel d’avril prochain ne sera pas de tout repos ! Reconnaissons que la chose s’était mal engagée, d’emblée, sur le sinueux chemin du jeu démocratique et du débat constructif. Aux premiers jours de la campagne, aucun fait n’est venu dissiper le flou artistique qui entoure nos lanternes. Pire, la lettre de Boutef, où il reconnaît « les difficultés liées à sa santé (…) »,  vient comme une douche froide pour contredire tous ces bonimenteurs qui n’ont eu de cesse de pérorer, parfois jusqu’à l’outrance, sur « la bonne santé du Président ».

Ce n’est pas Sellal, l’ex-premier ministre et actuel directeur de campagne du Président rempilant qui nous contredira. Lui, l’éternel diseur de bons mots, vient de savonner sa propre planche (tribune est plus correcte) en lançant des railleries pas du tout propres sur les Chaouis.

Mal lui en est pris à ce pitre-tribun. L’un des plus illustres d’entre nos fiers concitoyens amazighs de l’est, ancien président et haut galonné à la réputation intacte, au caractère taciturne et mesuré s’en est pris à ceux qui, par leurs vociférations, titillent la cohésion de la grande muette (un frère d’arme, ça se protège) et s’agitent pour décrocher au souverain du moment, une rallonge de mandature. On les comprend un peu, ces bougres qui se saignent à empêcher le serveur de débarrasser la table, maintenant que l’appétit a fini de venir en mangeant.

La charge de soldat Zeroual a été si violente et inattendue, d’aucuns diraient un tir de haute précision, d’autres une frappe chirurgicale (voire arme de décision massive) qu’elle risque de contrarier les plans tracés sur la comète Algérie par les flatteurs de Boutef. Oui, car il n’y a qu’en Algérie que le fou du roi, loin d’amuser la galerie et divertir la cour par ces pitreries, risque au contraire de faire tomber le souverain de son trône. Et dévoiler au peuple un roitelet nu et esseulé.

Une chose est sure, le dérapage de Sellal, les dénégations d’Ouyahia (sur la constitutionnalisation de Tamazight) ainsi que l’invective de Benyounes tombent très mal lorsque le M’zab connaît un regain de violence intercommunautaire terrifiante. Sellal and Co. méconnaissent-ils à ce point ce proverbe qui dissuade de jeter la pierre à son voisin lorsqu’on habite, soi-même, une maison de verre ? Et à Ghardaïa, les belligérants se sont jetés des pierres et des « projectiles ferreux » pour reprendre la terminologie savante et médiatico-légale (il s’agit de balles artisanales).

Le pouvoir continue de reprocher à la Tunisie son printemps de Jasmin, oubliant l’écharde de Ghardaïa qu’il a dans l’œil!

Et ce ne sont pas les repentirs, sous-traités à Sella par un directeur d’une TV locale (auto-interview sur Chourouq TV par journaliste interposé) qui arrangeront les choses. Le ver est dans le fruit. Un échec si patent que Sella a du se soumettre en personne à l’exercice de contrition sur la même chaine sans grand éclat, promettant le printemps dès avril prochain.

Annonçant  une campagne électorale fulgurante, force est de reconnaître que l’avion Sellal a explosé en plein vol pour reprendre une métaphore malheureuse mais d’actualité. Le vrai avion, celui de la Malaisie, vient d’être annoncé, par SMS, ayant eu un crash dans l’océan indien et sans avoir fait de survivants. Une tragédie, une de plus, pour les centaines de familles des passagers.

Un comble dans un monde sondé, épié, mesuré dans toutes ses profondeurs et sous toutes les coutures par d’innombrables officines, mais qui perdent le signal d’un aéronef de toute dernière technologie. « Ils peuvent entendre une fourmi qui pète dans le désert de Gobi ou le rot d’un coléoptère repu de bouse de vache dans le fin fond de la Kabylie, mais ils n’arrivent pas à retrouver un Boeing, bardé d’électronique, disparu au milieu de l’océan », lance un internaute interloqué.

Mais le retrait de Sellal du gouvernement a été concomitant avec le retour d’Ouyahia au pouvoir. Un retour qui ne s’est pas fait sans bruit puisque précédé d’une sortie télévisuelle où il (Ouyahia) parla de l’Algérie comme du pays de Candy. Le Sieur choisit même une chaine communautaire (BRTV) pour salir la mémoire de la victime juvénile et inaugurale du printemps noir de 2001. Est-ce sinon l’Aguelid Massinissa qui en serait visé par diatribe assassine? En acceptant le poste de directeur du cabinet présidentiel, Ouyahia se contente-il d’un strapontin en attendant le divan royal ? L’avenir nous le dira, si avenir il y a bien sûr. D’aucuns pensent que le 18 avril 2014 est un lendemain d’apocalypse et de fin du monde. Qui vivra verra !

Or ces sombres augures ne semblent pas de nature à inquiéter la « bée-attitude » régnant au sein de la maison FFS. En effet, au terme d’un conclave qui se voulait studieux, l’Akabar adopta une position des plus rocambolesques. Et pour cause, vis-à-vis de la (d)échéance électorale à venir, le FFS préfère se dire contre le boycott (passif et actif), contre la participation (y compris le vote blanc) et pour la construction d’un consensus politique.

Mais il y a un mais ! Puisque cette sérénité arborée ostensiblement par le FFS a été quelque peu lézardée par Me. Bouchachi qui a démissionné de son poste de débuté d’Alger, sans signe avant-coureurs ! On ne sait pas s’il garde sa carte de militant du Front mais l’avocat défenseur des droits de l’homme feigne découvrir, maintenant que l’Olympe connaît les pires turpitudes, que le Parlement algérien n’est pas un sanctuaire de démocratie mais une succursale administro-sécuritaire du pouvoir. Mieux vaut tard que jamais, commentent un animateur boycotteur.

Ce consensus recherché tel le saint graal, nous y sommes déjà, à considérer les positions des uns et des autres qui appellent de leurs vœux l’avènement d’une période de transition. Sauf que, pour que ceci advienne, chacun de nos opposants exige qu’on lui accorde une période de transition pour qu’il puisse accepter, lui-même, que les autres opposants puissent participer à cette démarche. Nous pourrons aller dans ce sens à l’infini puisque chaque transition en requiert, elle aussi, une autre, etc. Jusqu’à revisiter la théorie des fractales où à chaque fois qu’on pense examiner un détail d’une figure, l’on se surprend à n’en voir qu’un bout reproduisant la globalité. Plus prosaïquement, « le chien se mord la queue ».

Même l’ancien président Zeroual, qui écourta son mandat en 1998, appelle, dans sa lettre, à faire du mandat à venir une période de transition pour juguler les périls qui menacent le pays. Une suggestion qui a valeur d’ordre et Benflis s’en pressa de la soutenir inversant ainsi les rôles. Car, n’est-ce pas au citoyen (fut-il ancien président de la république) de soutenir le candidat à la magistrature suprême  et non l’inverse ? Nous n’en sommes pas à une bizarrerie près.

Et cette grabataire organisation des moudjahidine qui tourna casaque après avoir signifié à Benflis la neutralité de la Mounadhama pour pérorer le lendemain et très officiellement son alignement pour le quatrième mandat ?! Il est vrai, ce n’est pas la girouette qui tourne mais le vent.

Pendant que nous nous perdons en conjectures géométrico-politiques, des lieutenants sans grade continuent à débiter des âneries dignes des êtres les plus écervelés. Le pire c’est qu’ils nous gouvernent ces goujats et veulent faire notre bonheur « contre notre plein gré ». De leur candidat que tout le monde sait amoindri par son AVC (Il le reconnaît lui-même dans sa lettre), ils disent : «Son cerveau fonctionne beaucoup mieux que tous nos cerveaux réunis ! ». Et ils font chorus pour l’affirmer, rappelant la fameuse citation de Coluche qui disait contre la raison majoritaire : « ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont raison. » Coluche a raison mais il n’est pas candidat.

Et ce ne fut qu’un écho à une autre affirmation toute aussi « Orwellienne », sortie tout droit de la bouche du premier de nos flics, bien qu’il soit militaire galonné. « Aucune violence n’a été exercée contre les personnes interpellées. (…)», aurait déclaré le DGSN à qui voulait l’entendre, parlant des militants du Mouvement BARAKAT arrêtés avec brutalité lors des tout premiers sit-in à Alger-Centre et en présence des caméras de TV. Or, il a suffi que le ministère des Affaires étrangères français appelle Alger à plus de retenue pour que la bastonnade cesse. Bien plus, les rassemblements sont devenus, miracle !, autorisés et l’opposition a été autorisé à tenir réunion publique. Hourra !!!

Enfin, ne nous réjouissons pas trop puisque à bien regarder le texte de nos opposants patentés, nos joies seraient de courtes durées. C’est à se demander si on est seul à rester dans le brouillard après lecture de l’argumentaire ayant conduit le réformateur-en-chef à ne pas participer à la course à la magistrature suprême.

Il usa, lors d’une conférence de presse, d’un phrasé digne d’un clerc païen. Jugez-en : «Je n’ai pas voulu convoquer, affirme-t-il (Mouloud Hamrouche, NDR), le passé de notre présent. J’ai plutôt parlé du futur de ce présent et de ce qu’il offre comme opportunités pour peu qu’on fasse appel aux traditions politiques en matière de consensus et de compromis.» En français simple, ça s’appelle baragouiner et même Jean-Claude Van Damme dans ses délires télévisuels n’aurait pas fait pire !

Mais à chaque chose malheur et bon, disent les optimistes. Cette élection est aussi une occasion, pour nous autres ayant la faiblesse de croire qu’il y a encore des gens qui parlent correctement loughat el aadouw qu’est le français et utilisent ce butin de guerre à bon escient. En effet, l’ex-président du RCD, le Dr. Sadi a mis au goût du jour de la lexicologie politique un terme qu’on croyait l’apanage des seuls éthologistes. Ainsi, selon Sadi, « le cerveau reptilien, (encore cette histoire de cerveau) c’est connu, est incapable d’évolution. Programmé pour des fonctions primaires, il est animé par la satisfaction immédiate de besoins élémentaires et réagit par la violence contre tout ce qui peut contrarier la prédation ou inciter à une adaptation des conduites et comportements.» Nous voilà donc édifiés quant à la faune qui grenouille en Algérie depuis l’ère jurassienne. Une terre où les gens préfèrent, donc, lézarder (musarder est aussi juste) au soleil au lieu de trimer et de suer au labeur quotidien. La pompe à pétrole fait le reste.

Qui disait déjà que le seul enjeu de l’être vivant est celui de s’adapter ou disparaître ?  Et pourquoi l’Algérien devrait-il se presser lorsque le reptile a connu si peu de changement en millions d’années ?

Abdenour BOUHIREB



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