Le fennec mordant du mois de mai 2014 (suite)

(http://lefennecmordant.com/LFM-05/vue-surlamare.html)

« La chronique de G. G. m’a tuer ! »

WilisAu gré des lectures et des pérégrinations virtuelles sur les feuilles de chou qui font office de flore journalistique, il a été difficile de ne pas tomber entre le feu croisé de flingueurs à la dégaine de cow-boys, amateurs de chasse à l’homme (surtout si cet homme est une femme ou quelque chose d’autre). Vous comprendrez plus loin.
Oui, quelque chose d’autre en effet et pas la peine de faire la fine bouche car nos soldats qui émargent au mercenariat de toutes plumes viennent de mettre sur l’échafaud le troisième type du genre humain. Un être à mi-chemin entre l’homme et la femme et qui, sous les traits de nos plumitifs patentés, est donc déclaré indigne de leur humanité.

Vous n’en croyez pas vos yeux, ok ! Lisez ces extraits d’une chronique, il parait qu’elle a la côte, qui au vu de ses relents, tient plus de la guerre des tranchées que de l’exercice de style où l’esprit est sollicité.

Ainsi donc, notre prosateur, qui daigne partager avec nous, nous autres hommes des sous-sols, son bloc-notes, autant dire un chargement de caisses de mines antipersonnel à fragmentation, pour éclairer nos lanternes en ces temps d’eaux troubles. Appelons-le G.G. (comme Guenon et Gorille, en signe de révérence à nos ancêtres les primates) pour respecter sa volonté d’anonymat, car, il paraît qu’il veut avancer dans l’arène comme le chevalier masqué, incognito. Comme ça, pas vu (reconnu), pas pris !

Notre baroudeur et correcteur des turpitudes mutagènes du génome humain entame son réquisitoire en abordant les réactions de la presse nationale quant au désormais ex-nouveau gouvernement de TJ4. Lisons-le dans le texte car la lettre est plus crous-tuante que l’esprit, pour parler comme Montesquieu : « Que des spéculations sur le nouveau gouvernement. Que d’impatience de la presse qui ne savait plus sur quel pied danser. Gauche ? Droite ? Comme il n’y a plus de presse de gauche depuis la mort d’Alger Républicain, tout le monde a dansé, faux bien sûr, du pied droit. » Jusque-là, mise-à-part cette histoire de presse de gauche ou de droite dont il serait le seul à en percevoir la pertinence, tout va bien pour cet ornithologue, spécialistes des chainons manquants!

Mais il faut, tout de même, se méfier des balles traçantes qui indiquent la cible aux snipers embusqués. La salve ne tardera pas à rappliquer aussi dévastatrice qu’un tapis de bombe. Et c’est ainsi qu’il nous offre son coup de disgrâce : « Chacun y allait de sa petite musique. Surtout les pseudo-sites d’infos de fils de qui voue une haine terrible à l’Exécutif. Une haine de castres qui ne sont ni tout à fait femmes, ni tout à fait hommes. Ils sont quoi alors ? Je vous laisse le soin de mettre le qualificatif qui vous plaira. »

Haha, nous y voilà, enfin ! L’eugénisme n’est pas loin, sortez vos canifs et vos cordes. L’hémoglobine va gicler. Une haine de castres, qu’es-ce donc docteur ? C’est grave ? Pour le quidam que nous sommes, le vocable « castres » ne signifie rien de bien sensé. Pauvres de nous. Oui, nous pourrons bien évoquer l’école fondamentale, les ré-ré-réformes de Benbouzid, etc., pour nous tirer d’affaire et excuser un tant soit peu notre crétinisme génétique et colmater le chancre abyssal qu’est notre inculture, mais non. Chacun assumera sa médiocrité.

Oui, « castres », qu’est-ce donc ? Parle-t-il des castrés, des castrats, de la ville de Castres ???? Que ce soit l’un, l’autre ou l’autre, comme parlerait Chouchou, le célèbre et attachant personnage travesti de Gad Elmaleh, pourquoi diable y accoler la haine ? La suite est limpide comme de l’eau bénite tirée par la main d’un saint inquisiteur! Cette étrange créature (le castre) n’est ni homme ni femme. Elle serait donc la réincarnation d’Hermaphrodite ? Cet être initial que Zeus craignit et sépara en deux êtres à la sexualité différenciée ? Parle-t-on de ces prodigieuses voix enfantines fusant depuis des gorges d’adultes accomplis sur les cimes des temples lyriques de Florance? En tout cas, y associer la haine ne saurait être une bienheureuse trouvaille à moins qu’elle sorte de la bouche d’un Savonarole des temps modernes pour rester dans le décor italien. Farinelli appréciera.

Et en parfaite mouche du coche, le voilà qu’il indique, maculant sa cible de son fiel phosphorescent pour une éventuelle frappe chiure-gicale : « En plus, ils se disent journalistes ! Quelle honte pour la corporation. J’espère que le nouveau ministre de la Com, Hamid Grine, qui connaît la presse de l’intérieur et qui sait qui est derrière qui et qui finance qui, mettra bon ordre dans ces sites canailles. » Et en plus c’est vous qui mettez le qualificatif que vous voulez. Ces « ni hommes ni femmes » sont des journalistes. Merci pour la précision ! La corporation appréciera, aussi, et après criera ou cirera.

En changeant de sujet, sans changer de registre eugénique, notre chroniqueur tombe les crocs pour sortir la brosse à reluire. Là aussi, il n’évoque élogieusement la femme que pour mieux cirer le trois-quart des maitres du moment. Appréciez : « Mais passons à autre chose de plus oxygénant. Les femmes ministres.  La bonne et merveilleuse nouvelle, c’est qu’il y a sept femmes ministres ! Sept femmes, vous vous rendez compte ! Inédit depuis 62 si personne ne me détrompe. Personne ? Très bien.» Jusque-là rien d’anormal pour les habitués de l’arithmétique mythique. Les jours de semaine sont sept, les sept nains sont… euh sept. Les merveilles du monde sont sept et les pêchés capitaux sont sept. Les ciels orgasmiques sont aussi sept bien que d’accès difficiles et vertigineux, à moins que d’y être aidé par quelque remède. Bref, on s’éloigne de notre chiffre). Et les femmes ministres le sont mais cela peut changer selon notre « compteur » de bonnes histoires. Le chiffre sept semble avoir un pouvoir fétiche ou aphrodisiaque sur son inspiration. Aussitôt, voilà qu’il rend à notre César bonapartiste (à son sous fifre aussi) le mérite de la réunion de nos sept merveilles nationales : « Sept femmes qualifiées, modernes et élégantes qui représentent bien la femme algérienne. Chapeau à Bouteflika et Sellal pour cette ouverture qui fait déjà pâlir de jalousie nos voisins. La parité n’est pas très loin. À ce rythme, on l’atteindra bientôt. »

Et comment s’arrêter en si bon chemin ? Impossible. Mais sur sa lancée, le porte-plume de l’encensoir national commet un impair digne des … à vous de mettre le qualificatif que vous voulez (Bis repetita placent). Il glisse sur la planche qu’il a lui-même savonnée. Adepte de l’adage « qui aime bien châtie bien », il se permet d’apprécier la sonorité d’un patronyme, par définition intangible et inappréciable (non soumis à l’appréciation d’autrui) : «  La cerise sur le gâteau, vous voulez la connaître ? Vraiment ? Elle est jeune, elle est belle, elle est Terguie, elle parle 4 langues, elle est ministre déléguée auprès du ministre du Tourisme et de l’Artisanat chargée de l’Artisanat. Son nom : Aicha Tagabou. Admirez la sonorité de son nom : Tagabou. Comme karkabou ! »

Mais, reconnaissons à l’auteur de cette merveilleuse hérésie, qu’il sait faire preuve de bonne manière et ses perdre les gestes de goujat devant une Lady : « C’est assurément un signal très fort vers le Sud  et vers les femmes qui travaillent dans la dignité et la modernité, ce qui ne va pas toujours ensemble. »

Il s’autorise même un autodafé, en signe de bonne foi, pour de faux bien entendu : « Dans l’artisanat qu’elle connaît sur le bout de ses doigts, MmeTagabou fera des merveilles. Et ce ne serait pas une surprise : les femmes algériennes font toutes des merveilles. Nous supporter avec nos bêtises et nos faiblesses, n’est-ce pas une merveille ? » Parlant de bêtise, vous ne croyez pas si bien dire Monsieur.

La suite de la chronique tueuse est montée en diatribes contre le romancier marocain Tahar Benjelloun affublé du sobriquet de caméléon pour ses qualités reptiles : « Tous les Marocains ne sont pas des faux frères. Il y en a de succulents. Et des amers. Benjelloun est de ceux-là. Redoutable homme de réseaux, il doit son succès en France à son habileté à manier l’encensoir et sa position au Maroc à son art de ramper. Ah ! Comme il rampe. Mieux qu’un caméléon. Et il en faut pour être meilleur, dans le domaine des courbes et des courbettes, qu’un caméléon. »

Reconnaissez que cette aisance à progresser en s’appuyant sur le ventre est encore loin d’être l’attribut de ce petit lézard à tête triangulaire et aux couleurs changeantes au gré des convenances et des circonstances. A moins d’une mutation subite. Enfin, le chroniquer a ses raisons que la raison méconnait !

L’auteur rifain est trucidé sur le champ du déshonneur parce que confondu de crime de fraternité avec des Algériens pauvres. La preuve : « Cet homme, donc, prend la défense des pauvres Algériens qui n’en peuvent plus sous la botte du dictateur Bouteflika. Mais de quoi je me mêle ? Franchement, il est hilarant l’ex-prix Goncourt qui écrit aussi plat qu’un plat ! Pas mal comme comparaison, non vous ne trouvez pas ? Vous êtes d’accord ? Très bien mes amis. » En plus, il fait dans l’autodérision. Dire d’un écrivain reconnu qu’il écrit « plus plat qu’un plat » est juste le sommet de la platitude stylistique.

La suite, une collection de petites phrases, de jugement de valeur et de clins d’œil au sexisme nauséeux : «  S’il avait un brin de courage, il n’aurait pas pris la défense des Algériens qui ont une presse libre, un État providence qui construit des logements par milliers. Mais de ses compatriotes marocains qui suent le burnous sous la poigne molle de Mohamed VI qui s’enrichit alors que le peuple s’appauvrit. C’est facile de taper sur Bouteflika et de le comparer à Assad, mais parler de son roi, c’est crime de lèse-majesté. C’est la répudiation. Terme impropre pour un homme ? Je sais. Mais que voulez-vous, il s’applique bien à Benjelloun. »

Ah la répudiation ! L’homme, emmitouflé dans son burnous, bien que de poigne molle, sera sauvé par sa moustache et sa testostérone. Rachid Boudjedra appréciera à son tour.

(Sources du texte épinglé : http://www.tsa-algerie.com-le-bloc-notes-de-ghani-gedoui-[6 mai 2014]

Abdenour BOUHIREB



Laisser un commentaire

Le parloir de l'Impératrice |
mandarines |
actionsplessisbouchard |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | KOI DE 9 ?
| CGT ICTAM de l'OPH 93
| lephotovoltaique