Le fennec mordant du mois de juillet 2014

(http://lefennecmordant.com/index.html)

El Khawarizmi reviendra-t-il cette semaine ?

Azzedine Aliouchouche

Non, cette fois-ci, le sarcasme, l’ironie ou la satire seront incongrus tant le propos est au tragique. Car, il nous est impossible d’éviter de traiter, ici, du proche Orient et du martyr du peuple de Gaza ! Il s’y joue un génocide sans nom devant les yeux encore éblouis par le clinquant et les paillettes de la coupe du monde Brésilo-germanique. La mort de civiles est condamnable, d’autant plus qu’il s’agit d’enfants et de femmes innocents. Le reste, tout le reste relève d’une géopolitique autiste à tout appel à la raison.

Les Dieux ont décidément quitté la Terre d’Abraham pour y laisser le Mal à ses desseins funestes. Mais, gardons, comme dirait Stéphane Hessel, notre capacité à nous indigner contre toutes les guerres. Il y va de notre humanité.

La mort fauche, aussi, des innocents en Syrie sous des tonneaux infernaux largués depuis les nues, en Irak des voitures explosent, au Yémen le tribalisme aux relents confessionnels gicle le sang, au Soudan du sud les ethnies s’entredéchirent, en Afrique Noire la machette tourne à plein régime, en Afghanistan, Somalie, etc. Partout, l’homme se mue en loup pour l’homme et les hyènes rient sous poile en attendant le festin.

Mais, peut-on raisonnablement regarder si loin, ce qui reste un impératif citoyen, et fermer les yeux devant le terrible sort de nos concitoyens du M’zab ? Abandonner les Touaregs à leur sort qui dépèce leur territoire ? Non, l’indignation ne doit pas être sélective. Ce qui faisait dire, en son temps, au grand Hugo : «L’Angleterre qui reproche à la Russie sa Pologne ne voit pas l’Irlande qu’elle a dans l’œil ».

Le pire des chemins du salut n’est-il pas celui de vouloir déterminer qui des antagonistes a commencé les hostilités en premier ?! C’est comme si sur votre chemin se dressait un chêne gigantesque et que pour supprimer cet obstacle vous vous mettiez à creuser sous son tronc pour retrouver le petit gland ayant donné naissance à cet arbre démesurément grand.

Le problème n’est pas à appréhender sous le prisme dichotomique du Juif et du Musulman, à opposer Ibaadites et Malékites, Sunnites et Chiites, Arméniens et Turcs, Tutsis et Hutus, etc. Depuis les deux guerres mondiales, on le sait, les nationalismes et les patriotismes, exacerbés par une vision mythique du passé et des ancêtres, ont dressé la potence de la civilisation.

Toute communauté a le droit de se donner les formes de son organisation collective et les moyens de bâtir son devenir et édifier sa communauté de destin. Mais le consentement doit être individuel. Il ne suffit pas de l’écrire au frontispice des institutions et en en-têtes des papiers à lettres. Il faut le sentir, le penser et le vivre.

Les peuples se doivent de se nourrir de liberté et de tolérance et se dire que la vie est multiple. Il y a un Homme mais il y a plusieurs façons de vivre cette humanité. L’histoire doit cesser de s’écrire à la pointe de l’épée et à l’encre du sang et de larmes. Les lignes du destin ne sont pas les sillons des tranchées ni les bordures des frontières mais les horizons des regards éblouis des générations naissantes. On ne forge pas l’âme des peuples dans le feu de l’apocalypse et des tapis de bombes. Les plaines ne seront pas plus fertiles en les irriguant du sang des soldats. Le lait maternel est le même dans tous les seins de toutes les femmes. Il a une seule couleur, le blanc paisible des âmes des enfants.

A ce rythme, il n’y aurait pas assez de temples, de mosquées, de synagogues ou de cathédrales pour recueillir et abriter les cohortes d’orphelins qui hantent les chemins de l’exil. Victimes d’un monde qui sait sauver un système financier en faillite croulant sous le poids de sa propre cupidité mais n’arrivant pas à juguler la famine, les pandémies et le réchauffement de la planète.

Désormais, tout gouvernement est sommé de choisir entre produire une balle de fusil ou un cahier d’écolier, remplir une bombe ou l’encrier d’un élève, aiguiser une baïonnette ou tailler le crayon d’un enfant. Rédiger sa doctrine stratégique de défense ou élaborer le programme d’une école, planter   des champs de mines ou aménager un jardin public. Que n’a-t-on pas relu cette citation d’Abraham Lincoln: « Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance ». Oui, l’ignorance, cette nuit de l’esprit est à la source de nos tragédies. On croyait que les Révélations avaient sorti les peuplades d’Orient de leur ignorance, les voilà replonger dans l’obscurantisme le plus abject au mépris du cinquième commandement qui proscrit à tout jamais d’ôter la vie. Le Patriarche pleure.

L’école du salut

Nous l’avons vécu en Algérie : lorsque l’intégrisme et l’idéologie accaparent l’école, ils n’y sèment que dévastation. Les bombes à retardement des années 70 et 80 nous explosent à la figure. Les racines du mal sont profondes. Vouloir réformer l’école algérienne mérite le titre du quatorzième travail d’Hercule. L’écheveau est si inextricable que les politiques préfèrent regarder ailleurs et laisser les rets de l’abrutissement dériver et prendre dans leurs mailles des centaines de milliers d’enfants.

Et pour cause ! Elle n’a pas encore fini sa tournée du propriétaire que la nouvelle ministre de l’éducation se voit clouée au pilori et sommée de s’expliquer sur ses prétendues appartenances juives. Il ne manquait que l’étoile jaune de triste mémoire.

Des segments de la société se sont mis en branle, comme sous les mains habiles d’un chef d’orchestre invisible, pour gripper la machine de la refonte. On ne touche pas à la charge horaire de la langue arabe, ni au contenu de l’éducation religieuse, ni à l’approche didactique, ni aux manuels, ni aux programmes, ni aux missions de l’instituteur, ni à l’organigramme du ministère, ni à l’organisation des examens, ni au calendrier des vacances, ni aux finalités globales de l’école. Parler de langues étrangères au cycle primaire est un sacrilège et étendre l’enseignement de tamazight est un blasphème. Les constantes nationales ont rigidifié dans l’acier le sort de nos bambins.

Ce sont là quelques exemples de ce que les médias se font l’écho, chaque jour, des pesanteurs, des scories et des aléas auxquels devrait faire face Mme Nouria Benghabrit-Remaoun dans sa mission quasi impossible. L’école doit continuer à fabriquer, à grande échelle, le militant, le fidèle et le sujet. Il y va du devenir de la nomenklatura et des compartiments rétrogrades du régime. Nos enfants ne sont même plus des boites vides à remplir mais des zombies à manipuler et à téléguider tant l’abrutissement est massif.

Les projets de réforme remplissent les chambres des archives du ministère, les interviews des praticiens garnissent les colonnes des journaux, les actes des colloques noircissent les feuilles des fascicules des bibliothèques.

Méditons cette déclaration du premier ministre Sellal, faite en septembre 2013 (Sources : El Watan) : «Une société qui ne base pas sa formation sur les sciences et les mathématiques n’a pas d’avenir. Si tu veux rester dans la poésie, reste dans ‘Qol aoudou bi Rabbi el falaqi (…) Tu vas construire ta Défense nationale avec de la poésie ? (…) Les armées modernes ne marchent plus à la baïonnette. Elles marchent avec le «mokh», avec les calculs et le computer. Un Tomahawk parcourt 2000 km pour effectuer une frappe de haute précision. Ce n’est pas avec la poésie que tu vas faire ça !»  Doit-on en rire ou en pleurer ? Oui, le lapsus sur le verset coranique, pris pour de la poésie par Sellal, est affligeant, le raccourci vite pris vers l’armement dénote un syndrome du persécuté s’il ne relève pas de la paranoïa. Mais le propos manque-t-il de pertinence pour autant ? Le lyrisme et la technique ne sont pas si antagoniques. Chacun cultive sa vérité dans son propre champ.

Assurons notre premier ministre guilleret qu’un maitre incontesté de l’algèbre, El Khawarizmi, était certainement friand de poésie et de bons mots même si l’historiographie n’en retient que son apport aux sciences du temps des abbassides.

Signe de la providence, le ministère de l’Education nationale a décidé de tenir, depuis le 21 juillet 2014, la conférence nationale devant examiner les 400 propositions relatives à la réforme du système éducatif au lycée de … mathématiques de Kouba, à Alger. De là où il est, El Khawarizmi doit esquisser un sourire ! Comme quoi tout n’est pas perdu pour qui sait compter.

Abdenour BOUHIREB



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