Said Sadi au Soir d’Algérie: « Ce sont ces valeurs d’équité, de liberté et de justice transmises de nos aïeux qui nous ont permis de nous construire, nous accomplir et avancer »

Le Dr. Said Sadi a accordé une interview au quotidien Le Soir d’Algérie, à l ‘occasion de la conférence débat animée à Iguersafen, commune Idjeur, lors du 12ème Festival annuel des Racont’Arts, organisé la semaine écoulée dans cette région.

Nous reproduisons, ici, un extrait de cet entretien, où Said Sadi traite de la Kabylie. Bonne lecture:

Vous disiez dans votre conférence que l’avenir de la Kabylie est entre les mains des comités de village et de quartier qui doivent préserver les méthodes d’autogestion que l’on retrouve, par exemple, ici à Iguersafène. N’est-ce pas là une position autonomiste d’autant plus surprenante que vous n’avez jamais adhéré à cette revendication quand elle fut formulée par le MAK, encore moins à celle de l’indépendance ?

J’ai toujours dit que le potentiel démocratique en Kabylie devait être préservé. Je n’ai pas bougé d’un iota quant à cette problématique : j’ai toujours affirmé que le substrat culturel amazigh était l’un des déterminants du potentiel démocratique algérien. Et même nord-africain. Toute la question est de savoir quel est le meilleur usage que l’on peut faire de ce patrimoine. Il fallait, certes, prendre le temps pour voir comment tout cela pouvait se traduire concrètement en termes de structures, de valeurs, de repères et de priorités. Or, j’ai plus de temps pour le dire et le faire maintenant. Lorsqu’on a fondé le RCD et que l’on a discuté de la laïcité, beaucoup ont pensé que c’était l’expérience française qui nous avait inspirés. Il se trouve qu’à l’époque nous ne connaissions même pas dans l’intimité la loi produite en 1905 en France sur ce sujet. Nous pensions simplement que la seule vraie réponse que l’on pouvait opposer au fondamentalisme religieux, c’était de reprendre la pratique culturelle qui existait en Kabylie depuis toujours ! Cette pratique où le cheikh du village s’occupe uniquement des affaires de la mosquée (l’appel à la prière, les rituels funéraires, etc.), alors que la structure qui prend en charge les problèmes de la Cité est tout à fait différente. Cela existe en Kabylie comme dans l’Ouarsenis, les Aurès ou les monts de Tlemcen. Socialement, il y a bel et bien une séparation de fait du politique et du religieux. Ce que je dis c’est qu’il faut se ré-immerger dans les valeurs qui ont animé cette culture pérenne.
Aujourd’hui, mon intime conviction est que le système algérien est, historiquement parlant, arrivé à son terme car la génération qui l’a conçu est biologiquement finissante, les moyens et les méthodes mis en place pour confisquer le pouvoir depuis 1962 ne sont plus opérationnels, les revendications de la base explosent dans toutes les régions. Il y a donc une course contre la montre qui est engagée. Au moment où la reconstruction se présentera, il ne faut surtout pas que le potentiel et les valeurs démocratiques soient pollués par ce que j’appelle les délinquants politiques qui sont en train de s’immiscer dans les structures villageoises pour les perturber.

Ces provocations obéissent tantôt à une manipulation du pouvoir, tantôt à une volonté chez ces individus de déstabiliser ces structures pour s’approprier un espace ou un bien quelconque. Si ces structures sont préservées, la matière politique et l’énergie citoyenne seront là pour pouvoir rebondir et être présentes au moment de l’alternative. Vous aurez remarqué que j’ai commencé ma conférence en rappelant la terrible répression qui s’est abattue sur la Kabylie entre 1963 et 1964 et qui s’est malheureusement terminée par une défaite militaire. Moins de dix ans plus tard, une autre génération est sortie dans un contexte fait de censure, de terreur et d’intimidations (Boumediène ne laissait personne souffler en dehors de sa zone d’influence). Ce sont ces valeurs d’équité, de liberté et de justice transmises de nos aïeux qui nous ont permis de nous construire, nous accomplir et avancer alors qu’il n’y avait aucun parti politique pour nous prendre en charge. Ces valeurs, qui ont présidé à la représentativité, au fonctionnement et à la régulation des conflits dans la Cité kabyle, doivent être préservées et, au besoin, modernisées, parce que si demain le changement advient et que nous avons laissé ces leviers décliner ou se pervertir ce sera le chaos et la perte de tout ce que la Kabylie pourra apporter à la sécurité et au confort de ses habitants mais aussi comme potentiel pédagogique au reste de l’Algérie et du sous-continent nord-africain.

Vous pouvez lire l’intégralité de l’interview en suivant ce lien.

Vous pouvez aussi regarder la vidéo de la conférence mise en ligne sur Youtube ici.



On voulait Cordoue, on a perdu Ghardaïa

La manière avec laquelle le pouvoir algérien gère ce qui doit être, désormais, appelé la question M’Zab dénote sa nature foncièrement brutale, sa paranoïa sécuritaire maladive, son autisme politique et surtout sa ligne hiérarchie pléthorique et chaotique. Pire, son refus de sauver l’Algérie.  

Déployer les forces militaires comme bouclier pour pouvoir orchestrer l’arrestation de militants politiques connus, reconnus et surtout fichés  par l’ensemble des services de sécurités est d’une maladresse sciemment entretenue. Ils auraient pu répondre présents à de simples convocations du parquet. Mais bon, depuis Boussouf comme tout le monde le sait, les voies des Seigneurs sont impénétrables.

Puis, convenons-en ! Il n’y a pas de problème que l’absence de solution ne saurait résoudre, comme aimait à dire un ancien président français, connu pour la rigueur chirurgicale de son lyrisme. Se défausser ainsi sur les « Makistes » de Ghardaia (Sic !) est un message sans nuance à qui voudrait lire l’avenir du pays dans le marc de café d’importation. En décodé, cela veut dire que les gens en charge du dossier explosif ou brulant (l’actualité nous donne le choix) ont prouvé leur faillite et leur irresponsabilité. Comme lors du printemps noir de 2001, le pouvoir est le problème et non pas la solution.

La réaction est venue tardivement, une vingtaine de morts plus tard, une vingtaine de morts de trop, sommes nous fondés à dire. En plus, cette « non solution » a la tare d’être inappropriée, si tant est que l’objectif de départ était de juguler la guerre entre les camps Malékites et Ibadites. Car c’est en ces termes-là que se pose le problème. Le monde musulman connaitra ce type de conflagration en raison de la nature même de l’expansionnisme de l’islam politique et de son caractère inquisitorial.

Gouverner c’est prévoir, c’est connu. Mais eux, ceux qui président aux destinées de ce pays, ils n’ont ni prévu ni réussi à gouverner. Ils survivent et perdurent. Quitte à laisser sombrer dans la fange la cohésion nationale. Quitte aussi à sacrifier une région pour les besoins de la dramaturgie nationale. Nous l’avons connu en Kabylie : « Yal khawa, rahum hegruna !» ou « Hebbu eyqesmu leblad ! » et autre « rahum herqu el qur’an ».

Chasser l’authentique, il revient au galop !

Depuis l’émergence de ce conflit, et sans remonter jusqu’aux luttes médiévales des Zirides, Rustumides et Fatimides, il est facile de constater que le remède était pire que le mal et que l’échec est patent lorsqu’il s’agit de « pacifier » cette région troublée. L’Algérie postindépendance ne doit pas vivre ce type de climat délétère, pourtant ! On a trop péroré que la guerre d’Indépendance avait fini de fonder le socle de la nation à jamais unie ou que l’islam était le creuset où s’est agrégée l’unité du peule. Oui, oui, c’est ce que disent les communistes du PCA, les berbéristes de 1949 et les leaders du FLN flingués par un segment de l’ALN. Il ne suffit pas de fermer les yeux pour que le monde disparaisse.     

Pour revenir à Ghardaïa, le pouvoir pensait-il que c’est en entretenant une fausse représentativité, de faux notables, de faux élus avec de fausses solutions socio-sécuritaires qu’il allait domestiquer la bête immonde ? Si la cause était réellement la main de l’étranger, pourquoi alors faire semblant de dialoguer entre gens de la même Ouma ? Cette main droite de l’étranger, justement, vous espérez tellement qu’elle vous applaudisse pour votre façon si peu démocratique d’organiser des scrutins. Ou, lorsqu’elle est située à gauche, elle vous applaudirait pour votre magnanimité pour ses rejetons sanguinaires.

Oui, on entend les valets habitués à ramasser les miettes sous la table que c’est à cause de l’incurie des vizirs et des régents qu’aujourd’hui le feu ravage cette province si chère à nos cœurs. Plutôt reconnaitre que le roi n’arrive plus à garder le contrôle de son royaume. Un royaume où les provinces n’en font qu’à leur tête, enfin celles des potentats locaux. Oui, Ghardaïa est si loin d’El Djazair et elle peut être dépecée par les hordes sans que le régent ne daigne réveiller le roi trop malade et puis pas pour si peu. Da3ch, lui, n’est pas à nos portes tout de même.

En effet, à l’heure où les clairons et les cors sonneront le tocsin de l’arrivée des barbares, nos portes son trop nombreuses pour être surveillées toutes. Encore, l’ennemi a déjà ensemencé nos esprits peu éclairés. Voyons nos mosquées qui, de la voix de l’Etat lui-même, échappent à tout contrôle.

Puis, contrairement au facteur, le Da3ch, lui, il ne sonne pas. Il défonce la porte et prend ses aises.

Alors, pour se racheter, la cour s’acharne sur des figures de proue, des personnalités publiques qu’on jette aux chiens pour les clamer et récolter les hourras des publics assoiffés de potence et de sang. L’islam est sauf !

Un Etat anti-citoyen

Cette affaire appelle, pourtant, quelques remarques : L’Etat, depuis le recouvrement de l’indépendance,  n’a pas formé le citoyen. Ce n’était pas dans ses tablettes. On voulait le militant, l’applaudisseur, l’écervelé, l’islamiste, l’amazigh arabisé, orientalisé, bédouinisé et islamisé, mais pas de citoyen, cette hérésie de l’occident impie. Comble du bonheur, le non citoyen s’était englué dans les rets tribaux et le placenta de l’archaïsme, du populisme et de la servitude patriarcale. On ne change pas une recette qui gagne et fait perpétuer la race. On en est encore à l’époque des plébiscites et de moubayat et des burnous en poils de chameaux pour Sidi !

Cette déchirure dans le tissu national est entretenue par le pouvoir pour se maintenir au pouvoir (c’est même son seul programme réel) en adossant le rôle du protecteur et du sauveur. Clientélisme, islamisme, fractionnisme, régionalisme, sectarisme et irrationalisme ont profondément travaillé le corps social et façonné ses codes, ses schémas et ses structures collectives pour espérer un apaisement ou une accalmie de sitôt.

Pire, la guerre des chefs s’accentue et se fait voir publiquement à l’approche de la succession. D’aucuns auraient espérer une abdication feutrée. Mais les prétendants au trône sont nombreux. Comme quoi, le pouvoir n’est ni monolithique, ni cohérent et ni homogène. Voyez comme ils se bouffent entre eux ces jours-ci, chacun tirant la couverture de son côté laissant voir un roi nu.

Pendant ce temps et pour garder le royaume à moindre frais, on lâche les hyènes salafistes pour écumer les mechtas et les douars. Bien sûr, il y a toujours un mécréant ou un Kabyle à sacrifier. La centrifugeuse du takfirisme roule à plein régime.

Dans une récente sortie médiatique, le chef des cultes annonçait avec force conviction, avec foi même, que l’idéal était d’instaurer le mufti de la république (ce qui sémantiquement est un oxymore affligeant d’absurdité) et d’aller chercher en péninsule ibérique l’islam des foutouhat, celui de l’Andalousie. Comme quoi l’islam est définitivement insulaire et si il n’est pas oriental, il sera occidental. Bien plus encore, le bonheur est dans le passé.

Mais que ne voit-on pas que cet islam pacifique et humaniste est déjà défiguré par les sectes des assassins au M’zab? A trop vouloir regagner Cordoue la sémillante, on finit par perdre Ghardaïa la sage. Un choix terriblement politique.

Abdenour BOUHIREB

 



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