On voulait Cordoue, on a perdu Ghardaïa

La manière avec laquelle le pouvoir algérien gère ce qui doit être, désormais, appelé la question M’Zab dénote sa nature foncièrement brutale, sa paranoïa sécuritaire maladive, son autisme politique et surtout sa ligne hiérarchie pléthorique et chaotique. Pire, son refus de sauver l’Algérie.  

Déployer les forces militaires comme bouclier pour pouvoir orchestrer l’arrestation de militants politiques connus, reconnus et surtout fichés  par l’ensemble des services de sécurités est d’une maladresse sciemment entretenue. Ils auraient pu répondre présents à de simples convocations du parquet. Mais bon, depuis Boussouf comme tout le monde le sait, les voies des Seigneurs sont impénétrables.

Puis, convenons-en ! Il n’y a pas de problème que l’absence de solution ne saurait résoudre, comme aimait à dire un ancien président français, connu pour la rigueur chirurgicale de son lyrisme. Se défausser ainsi sur les « Makistes » de Ghardaia (Sic !) est un message sans nuance à qui voudrait lire l’avenir du pays dans le marc de café d’importation. En décodé, cela veut dire que les gens en charge du dossier explosif ou brulant (l’actualité nous donne le choix) ont prouvé leur faillite et leur irresponsabilité. Comme lors du printemps noir de 2001, le pouvoir est le problème et non pas la solution.

La réaction est venue tardivement, une vingtaine de morts plus tard, une vingtaine de morts de trop, sommes nous fondés à dire. En plus, cette « non solution » a la tare d’être inappropriée, si tant est que l’objectif de départ était de juguler la guerre entre les camps Malékites et Ibadites. Car c’est en ces termes-là que se pose le problème. Le monde musulman connaitra ce type de conflagration en raison de la nature même de l’expansionnisme de l’islam politique et de son caractère inquisitorial.

Gouverner c’est prévoir, c’est connu. Mais eux, ceux qui président aux destinées de ce pays, ils n’ont ni prévu ni réussi à gouverner. Ils survivent et perdurent. Quitte à laisser sombrer dans la fange la cohésion nationale. Quitte aussi à sacrifier une région pour les besoins de la dramaturgie nationale. Nous l’avons connu en Kabylie : « Yal khawa, rahum hegruna !» ou « Hebbu eyqesmu leblad ! » et autre « rahum herqu el qur’an ».

Chasser l’authentique, il revient au galop !

Depuis l’émergence de ce conflit, et sans remonter jusqu’aux luttes médiévales des Zirides, Rustumides et Fatimides, il est facile de constater que le remède était pire que le mal et que l’échec est patent lorsqu’il s’agit de « pacifier » cette région troublée. L’Algérie postindépendance ne doit pas vivre ce type de climat délétère, pourtant ! On a trop péroré que la guerre d’Indépendance avait fini de fonder le socle de la nation à jamais unie ou que l’islam était le creuset où s’est agrégée l’unité du peule. Oui, oui, c’est ce que disent les communistes du PCA, les berbéristes de 1949 et les leaders du FLN flingués par un segment de l’ALN. Il ne suffit pas de fermer les yeux pour que le monde disparaisse.     

Pour revenir à Ghardaïa, le pouvoir pensait-il que c’est en entretenant une fausse représentativité, de faux notables, de faux élus avec de fausses solutions socio-sécuritaires qu’il allait domestiquer la bête immonde ? Si la cause était réellement la main de l’étranger, pourquoi alors faire semblant de dialoguer entre gens de la même Ouma ? Cette main droite de l’étranger, justement, vous espérez tellement qu’elle vous applaudisse pour votre façon si peu démocratique d’organiser des scrutins. Ou, lorsqu’elle est située à gauche, elle vous applaudirait pour votre magnanimité pour ses rejetons sanguinaires.

Oui, on entend les valets habitués à ramasser les miettes sous la table que c’est à cause de l’incurie des vizirs et des régents qu’aujourd’hui le feu ravage cette province si chère à nos cœurs. Plutôt reconnaitre que le roi n’arrive plus à garder le contrôle de son royaume. Un royaume où les provinces n’en font qu’à leur tête, enfin celles des potentats locaux. Oui, Ghardaïa est si loin d’El Djazair et elle peut être dépecée par les hordes sans que le régent ne daigne réveiller le roi trop malade et puis pas pour si peu. Da3ch, lui, n’est pas à nos portes tout de même.

En effet, à l’heure où les clairons et les cors sonneront le tocsin de l’arrivée des barbares, nos portes son trop nombreuses pour être surveillées toutes. Encore, l’ennemi a déjà ensemencé nos esprits peu éclairés. Voyons nos mosquées qui, de la voix de l’Etat lui-même, échappent à tout contrôle.

Puis, contrairement au facteur, le Da3ch, lui, il ne sonne pas. Il défonce la porte et prend ses aises.

Alors, pour se racheter, la cour s’acharne sur des figures de proue, des personnalités publiques qu’on jette aux chiens pour les clamer et récolter les hourras des publics assoiffés de potence et de sang. L’islam est sauf !

Un Etat anti-citoyen

Cette affaire appelle, pourtant, quelques remarques : L’Etat, depuis le recouvrement de l’indépendance,  n’a pas formé le citoyen. Ce n’était pas dans ses tablettes. On voulait le militant, l’applaudisseur, l’écervelé, l’islamiste, l’amazigh arabisé, orientalisé, bédouinisé et islamisé, mais pas de citoyen, cette hérésie de l’occident impie. Comble du bonheur, le non citoyen s’était englué dans les rets tribaux et le placenta de l’archaïsme, du populisme et de la servitude patriarcale. On ne change pas une recette qui gagne et fait perpétuer la race. On en est encore à l’époque des plébiscites et de moubayat et des burnous en poils de chameaux pour Sidi !

Cette déchirure dans le tissu national est entretenue par le pouvoir pour se maintenir au pouvoir (c’est même son seul programme réel) en adossant le rôle du protecteur et du sauveur. Clientélisme, islamisme, fractionnisme, régionalisme, sectarisme et irrationalisme ont profondément travaillé le corps social et façonné ses codes, ses schémas et ses structures collectives pour espérer un apaisement ou une accalmie de sitôt.

Pire, la guerre des chefs s’accentue et se fait voir publiquement à l’approche de la succession. D’aucuns auraient espérer une abdication feutrée. Mais les prétendants au trône sont nombreux. Comme quoi, le pouvoir n’est ni monolithique, ni cohérent et ni homogène. Voyez comme ils se bouffent entre eux ces jours-ci, chacun tirant la couverture de son côté laissant voir un roi nu.

Pendant ce temps et pour garder le royaume à moindre frais, on lâche les hyènes salafistes pour écumer les mechtas et les douars. Bien sûr, il y a toujours un mécréant ou un Kabyle à sacrifier. La centrifugeuse du takfirisme roule à plein régime.

Dans une récente sortie médiatique, le chef des cultes annonçait avec force conviction, avec foi même, que l’idéal était d’instaurer le mufti de la république (ce qui sémantiquement est un oxymore affligeant d’absurdité) et d’aller chercher en péninsule ibérique l’islam des foutouhat, celui de l’Andalousie. Comme quoi l’islam est définitivement insulaire et si il n’est pas oriental, il sera occidental. Bien plus encore, le bonheur est dans le passé.

Mais que ne voit-on pas que cet islam pacifique et humaniste est déjà défiguré par les sectes des assassins au M’zab? A trop vouloir regagner Cordoue la sémillante, on finit par perdre Ghardaïa la sage. Un choix terriblement politique.

Abdenour BOUHIREB

 



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