Le polymorphisme de la connerie

Cette fois-ci, Bururu veut parler d’une espèce de bestiaux bien particulière car adepte du polymorphisme. Pour une fois, il ne s’agirait pas de volailles mais de gorilles. Et rien ne vous empêchera de traiter ces orang-outangs de tous les noms d’oiseaux. Mais chaque chose en son temps.

Vous me direz que ce sujet ne nous éloigne pas des primates que nous sommes en soulignant d’un marqueur fluo notre généalogie germaine. Assurément, mais chacun son métier et les vaches seront bien gardées. Et ça tombe bien puisqu’il sera question de chiens de garde. Peff, je ne sais plus, entre le klébar et le simien, l’homme se retrouve dans une drôle de bergerie sur laquelle veillent nos amis les loups.

Ainsi donc, les crapules que Bururu soumet à l’analyse de son stéthoscope astigmate et satirique cette fois sont une vermine dotée de grandes qualités immorales et surtout physiques. Après, il faudra penser à jeter tout ça dans un incinérateur de peur d’une contamination.

Aussi malin qu’un pois chiche, ce “zindividu” a l’aptitude héritée de ses ancêtres caméléons à se muer en toute espèce qu’il voit: Il peut se travestir un jour en médecin, l’autre en architecte, puis en avocat ou en maçon, etc. Et vous pouvez visiter tous les corps de métiers, y compris celui des professeurs auquel appartient votre serviteur hurluberlu, au fond de sa cervelle de moineau, notre vermine à pattes reste un videur chargé de ne pas réfléchir lorsque le maitre qui tient la bourse lui indique la cible à démolir.

Non, il ne veut pas être soldat ou sapeur-pompier. L’héroïsme c’est pour les autres. Ni même aventurier ou montreur d’ours, faut pas déconner quand même, hé ! Même pas mercenaire, tant cela exigerait de lui de faire montre d’un certain art. Non, le malabar dont il est question ici est juste un gros bras qui, pour prendre du muscle, n’hésite pas à bouffer de son propre cerveau. Et son dada c’est d’être le toutou de son maitre.

Il y a parmi eux le dépravé qui consent une débauche d’énergie pour servir le nabab du stupre, il y a aussi le conservateur (et le con-serviteur), de la famille des intégristes tautologiques et irrémédiables qui sert lui aussi d’autres dieux assoiffés de sang et de houris. Il y a surtout ceux qui en dobermans éclairés se sont installés à leur propre compte à rebours et qui finiront par recréer le cercle vicieux à force de se mordre la queue.

Sur ses larges épaules, il est écrit « larbin à vendre ». Il essaye, sa vie durant, à fédérer les connards de son espèce pour freiner l’élan libérateur des bonnes âmes ou pervertir les solidarités construites par la raison et la sueur. Tout ça par amour du non changement.

Ils sont de tous les complots, de toutes les conjurations et de toutes les traitrises, pour vue qu’ils puissent exercer leur vélocité « connerique ». Une forme ça se maintient à coup de cassage de gueule sociale et culturelle.

Les victimes de choix de ces cerbères mono-céphales sont les progressistes, les libres penseurs, les activistes émancipateurs, les artistes et les sages. Vous les trouverez la nuit à tricoter des traquenards avec leurs semblables et à frétiller de la queue rien qu’à l’idée de répandre le sang des idées novatrices.

A chaque méfait, ils signent leur œuvre comme on marque son territoire par les odeurs, en déposant sur la scène de leur crime leur carte de visite. A la rubrique « métier », il est écrit : « je ne suis pas né conard mais j’ai pris de cours ».

C’est sur ces vers primitifs que s’appuie toute tyrannie naissante, bien portante ou finissante. Il leur arrive même de s’autosaisir de certaines affaires sans que leur maitre n’ait à leur en donner l’ordre car la vue des choses belles les révulse et l’idée de souiller la liberté les excite.

Depuis la nuit des temps où les chiens n’aboient pas à nos jours sans aurore, ils ont brisé des révolutions, cassé des destins, ramolli des certitudes et retardé des guérisons. Ils ont fait pleuré des peuples et détourné des victoires. Ils ont vendu des secrets et éventé des mystères. Ils ont détruit des chefs-d’œuvre et compromis des découvertes.

C’est pour cette raison que Dame Evolution que dieu ait son âme a fermé la porte sur leur groin de porcs, et depuis ils sont restés macaques alors que leurs cousins sont devenus humains.

Mais, n’oublions jamais que les seconds sont encore plus coupables et dangereux que les premiers …

Abdenour BOUHIREB



La révolte du coucou

Bururu est tout circonspect et honteux. Il a raté avec vous son rendez-vous de la semaine écoulée. Ce n’est pas dans ses habitudes, mais bon. Bururu avait eu fort à faire dans la basse-cour où il occupait, jusque-là, le poste éminemment stratégique de gardien de parking. Et pour cause, de drôles d’emplumés avaient déclenché une guerre civile au sein du poulailler. Terrible même cela n’est pas encore la révolution.

Et, figurez-vous que cette révolte avait été conduite par un … coucou, connu pour être un rapace raté, un ramasseur d’asticots et un pique-assiette des volières de seconde zone. C’est dire que les temps ont bien changé.

Quelle fut grande la surprise de votre serviteur en voyant, depuis son perchoir, un blanc-bec haranguer les foules et exiger qu’il soit investi roi des bécasses ad vitam aeternam, jusqu’à ce que mort s’en suive!

Les pauvres cailles transies de froid étaient subjuguées par le lyrisme charmeur de cette pie voleuse qui lorgnait les fonds de bouteilles dans les mangeoires et bavait d’envie d’y glisser sa … caroncule fétide. Comme disent nos grands-mères, à défaut de grives on mange des merles. Un coucou, tu penses !

Ruh ya zman, adji ya zman … un quart d’heure après, Bururu avait convoqué une assemblée constituante (enfin, vous comprendrez plus loin qu’il s’agissait surtout d’une « destituante ») en y invitant tout ce que la savane Nat Tezgi comptait comme porteurs de bec, gallinacées, échassiers et tétrapodes ailés, qu’ils sachent ou non vociférer en période de chaleur. El muhim, des boules de plumes sur pattes quelle que soit leur place dans le casting divin de la Création, y compris les grands aigles du Djurdjura, les condors des Bibans et les rapaces des contreforts de l’Atlas tellien.

N’allez tout de même pas penser qu’il était exigé à l’entrée pour ces créatures ovipares de pondre des œufs d’or pour prétendre prendre place au sein de ce cénacle d’emplumés car chez eux il n’existe pas encore d’article 120!

Bon, après avoir pu ramener un silence de mort au sein de la communauté, Bururu avait soumis au vote à main levée le projet d’Ordre du jour. Un vrai double dilemme pour lui, meskin. Un : aucun oiseau ne peut voter à main levée étant donné que la nature avait omis de lui en fournir, lui fourguant à la place une paire d’ailes dont se passerait même un pingouin des hauts marécages kabyles. Deux : Comment parler d’ordre du jour pour un hibou qui naturellement ne vit que la nuit. C’est ce que les anciens du département des sciences exactes de Oued-Aïssi appellent la quadrature du cercle polaire.

Ma3lic, en revenant sur les drames biologiques occasionnés par la théorie de l’évolution sur les espèces anthropoïdes endémiques, Bururu avait promis à cet aréopage de porteurs de plumes de soumettre leur réclamation au service après-vente de la Création pour corriger ces deux énormes erreurs techniques et de conception dans leur prochaine livraison. Dont acte.

Une fois le calme revenu, Bururu avait fait adopter et l’ordre du jour et le bilan thermique de cette chamaillerie. Puis, prenant l’air majestueux, il racla sa gorge détruite par des hectolitres de sirop éthylique et annonça devant les oies médusées sa décision irrévocable de quitter son poste de gardien de parking sine die.

Pas la peine de vous narrer les hourras réjouis pour certains et attristés pour d’autres, que cette annonce fracassante n’avait pas manqué de faire éclore au sein de ces volailles.

Sommé de s’en expliquer, Bururu avait sorti un argument massue (du nom du Général qui avait créé cette masse de ferraille accrochée à une poignée en bois et avec laquelle on attendrit les magrets de canard) : « désormais, je refuse d’assumer ce rôle de gardien de parking depuis que j’ai découvert que je ne suis pas un rottweiler mais un hibou. Point bar !!!», (Vous avez bien lu : bar et non barre. NDR), leur lança-t-il.

Pris de pique-nique, oups non de panique, le coucou du haut de ses barricades encore fumantes, s’était lancé comme une frégate piquant sur une daurade dodue et dépressive de la méditerranée, et s’installa sur le tabouret maintenant vide et délaissé par Bururu.

S’en suit une bagarre générale entre les pondeuses d’œufs sur le partage du pouvoir. Le fracas des corps à corps retentit dans tous les coins du bled Mikey et l’on dénombra, au soir venu, trois becs démolis, deux pattes de pigeons voyageurs écrabouillés, des plumes par tonnes et quelques calottes sanguinolentes.

Heureusement que dans les parages, nageant entre deux courants d’air ascendants, une patrouille de faucons, commandée par une buse pleine de ruse (ce n’est pas vrai mais ça rime tout de même !!!), les belligérants furent séparés par le mur du son que la connerie humaine traverse allégrement tant sa force intrinsèque est rétive à toute tentative de domestication. (N’essayez pas de lier cette dernière phrase au reste du texte, vous risquerez le tournis sémantique).

A noter que le coucou avait été aussitôt banni de la ménagerie et condamné à faire mouvoir entre deux collines oubliées un œuf d’autruche tel Sisyphe dans l’ancien temps. Depuis, on le désigna du nom Si Zypht, pour rappeler la noirceur de ses desseins.

Depuis, la vie autre fois bruyante dans la basse-cour avait été mise en sourdine, promesse de longues nuits sereines et paisibles pour Bururu qui se dit que décidément il n’avait rien à partager avec ces indignes descendants du Dieu Amon. Amen !!!

Abdenour BOUHIREB



Législatives 2017 : votez Lavoisier !

Il parait qu’on a convoqué le corps électoral pour début du mois de mai. Et dans cette histoire Bururu est ébahi devant les mystères de la langue française : Comment, par un simple substantif au singulier même s’il a un S au cul du corps, on peut nommer et prendre par la brassée sémantique une nuée de sauterelles votantes de plus de 20 millions d’unités et les mener tambour battant pur converger vers le même échafaud électoral où s’obscurcissent les horizons démocratiques les plus radieux. Axatar, même si elles formaient la même unité organique, ci-devant Corps, ces criquets d’un genre nouveau qui butinent en sautant d’un pré-carré politique à un autre, n’en sont pas moins le signe de la multitude dans sa forme la plus diversifiée qui soit. D’aucuns diront qu’on est en présence d’une tautologie mais on s’en fiche comme du dernier décret royal portant régime électoral. Bref, Bururu n’a rien compris de la sociologie de ces essaims qui se délectent d’élections.

Bien plus, une sauterelle comme son nom l’indique, saute d’une herbe idéologique à une autre, d’un potager politique à l’autre et d’un marécage partisan à l’autre en se repaissant de tout ce qui dépasse le niveau zéro du débat d’idées, et de toute brindille qui affleure à même la terre des miracles bidouillés.

Notons surtout qu’une sauterelle aime gambader entre les clairières fleuries où sent bon l’argent de rétribution pour service rendu, les dessous de tables qui exhalent la fin des repas, ou sur les sentiers parsemés de miettes de ripailles, etc. Depuis la nuit des temps bibliques et publics, une sauterelle n’est mue que par un seul leitmotiv sacerdotal, bouffer en attendant de mourir. Telle la moissonneuse batteuse bionique, elle fauche les jeunes pousses démocratiques avant terme en nous promettant de semer à leur place les graines des discordes futures et fratricides. Rien d’autre ! Le printemps n’en sera que plus beau …

Et ne venez pas lui mettre la pyramide de Maslow sous le nez et lui faire l’outrage de lui indiquer qu’elle n’est qu’au rez-de-chaussée de son accomplissement viatique, à notre gentil insecte. Notre sauterelle n’a pas été à la Fac des sciences économie ni n’a eu son Bac dans un lycée technique car chez ces gens-là, on ne triche pas Monsieur, on ne triche pas. Enfin pas là où on les y attend. Car, en matière de fourberie, une sauterelle est capable de vous renifler le délice de l’odeur nauséeuse du traficotage électoral des années avant la fin de la mandature. Et y foncer la tête baissée. D’’ici-là, forcément, elle est toujours en quête de survie, de bouffetance et de copulation. Daya. Un guerrier, même émargeant au registre du mercenariat national, ça se repose a mimi ! En attendant la prochaine jouissance électorale. Youpi !

Et nous y sommes. Ihi, comme Bururu vient de vous le dire, ces bestioles dont le seul battement d’aile arrive à créer le chaos politique contrairement au papillon usurpateur de légende, affectionnent les scrutins où le jeu consiste à transformer les boites électorales en urnes funéraires où reposeraient en paix les espérances populaires de lendemains meilleurs. Paix à leur âme.

Vroum, et les voilà emportant sur leur passage nos votes et nos illusions de changement pacifiques. Comme des experts Es-alchimie, ils transforment les choix populaires en plébiscite pour le roi, en onction pour le vizir et en adoubement chevaleresque pour le seigneur. Haha ! Il reste à crier au loup pour qui croie encore aux histoires du petit chaperon rouge-sang.

Emplis de sagesse empirique ces sacrés criquets, l’urne vide, ils se plaignent et pleine, ils vous la vident pour paraphraser je ne sais quel épicurien en terre du Croissant. Au mépris des lois de la physique et des sciences naturelles, sayidati !!!

Les sauterelles ne tombent pas forcément des nues. Comme les Navy Seals, elles maîtrisent le ciel, la terre et la mer. Elles sont dans l’urne, devant le bureau et derrière le décor. Elles occupent le haut de l’affiche électorale, l’en-tête des décrets et le bas des signatures Post-scriptum. Et surtout, elles hantent les isoloirs sans lumière.

Comme de véritables maîtresses de l’enchantement, elles créent tout d’un rien au grand dam de Lavoisier et font disparaître le tout dans le néant. Vous voilà averties bandes de brebis.

Abdenour BOUHIREB



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