La mort absurde des blaireaux

Les plus avertis d’entre les écouteurs patentés des élucubrations nocturnes de Bururu feraient le lien entre le titre de cet énième gargarisme et le texte prophétique et testamentaire de Feu Mammeri sur les Aztèques et leur civilisation évanouie…

Mais je vous avertis ! Ici s’arrête la comparaison qui n’est pas raison. Car Bururu n’est pas partisan des profanations et des sacrilèges et, plus prosaïquement, aujourd’hui, il sera question de cette race de mi-chaton salisseur mi-raton laveur qu’on appelle le blaireau et que la taxonomie n’arrive pas à bien situer dans la pyramide des vivants qui s’épousent et se mangent entre eux faute d’un meilleur plat.

Bon, pour être tout à fait vrai, ce n’est même pas de lui, du blaireau, qu’il s’agit mais de son substitut objectal. D’aucuns parleraient d’artefact de la vie quotidienne ou presque puisque le blaireau et non pas cet usurpateur lexical qui se prénomme « blérot », qui traine dans les quartiers lugubres de la mauvaise grammaire et qui ne figure dans aucun dictionnaire, même pas celui de la police locale, est un ustensile d’un grand apport au monde des idées et de la pensée.

Au fait, dans le temps et depuis bien avant les ancêtres du Barbier cupide et boucher au service de sa maitresse, il était de coutume de farcir la gueule des clients avec l’ancêtre du pinceau pour l’enduire d’une mousse, à raser forcément, et apprêter sa peau à recevoir les raclages du couteau aiguisé. J’ai dit peau et non pas gorge. D’où le barbier antihéros qui pourvoie la cuisine de son amante en chair fraiche et sans poils ! C’est une autre histoire sanglante et romancée de l’Europe qui sait écrire de la littérature.

Bururu reste stupéfait, néanmoins, lui qui ne se rase jamais les plumes, de l’effet fouetteur qu’a le blaireau barbouillant les mentons et les joues sur les idées de celui qui est sous la mousse. On y plonge, avalé par le fauteuil du barbier-coiffeur, englouti dans les conjectures les plus évanescentes ou tenaces, comme sous l’effet d’une mousso-thérapie à 100 da qui vous galvanise et vous donne le faux semblant de la jouvence et du bon esprit.

Combien sont-elles ces idées magnifiques ou terrifiantes nées des entrailles poilues et soyeuses d’un blaireau qui s’active comme un essuie-glace langoureux sur les visages des hommes ayant marqué 1-0 contre l’Histoire? Innombrables!

Oui, j’entends d’ici les féministes rouspéteurs objecter que les femmes aussi ont eu des idées renversantes et donc, par déduction, ont eu à user du blaireau pour aplanir leurs idées sur la surface du miroir faisant face au fauteuil des Coiffures pour Dames ou assimilées. Ok, mais comme ma fille risque de lire bientôt ces lignes, je ne voudrais pas la mettre d’ors et déjà sur l’orbite des vendeurs de gadgets du toilettage et des Make-Up.

Les meilleures résolutions qu’a eu l’humain (pour rester con-sensuel) face à son destin ont eu naissance dans le creux chaud et couvant de la chaise rembourrée du coiffeur face à un miroir magique et muet qui sait lui tirer les vers du nez cérébral par lubrification augmentée par l’entremise du blaireau génial.

Or, soyez d’accord with Mister Bururu qu’avec l’invention de la mousse à raser en bonbonne, il suffit de presser un bouton troué pour voir, comme par magie, la mousse envahir la paume de la main en noisettes gonflantes et s’étaler par projection sur la gueule qui finit bien rasée sans gouter aux délices de la pensée feutrée.

Pefff ! Et ne venez pas me dire que la modernité nous rend meilleurs. Plus cons oui, mais jamais plus ingénieux, le cas échéant, avec ce prêt-à-étaler en forme de crème chantilly ou de guimauve onctueuse. Forcément, cette mousse finit par s’instiller jusqu’à nos cerveaux spongieux et en prend possession. D’où nos idées boursouflées et flasques à souhait sans prise sur la réalité.

Concomitamment avec ce processus psycho-cosmético-parasito-destructeur pour la pensée humaine, s’est installé un autre phénomène qui n’a pas échappé aux yeux d’aigle de notre Bururu, dans des formes et un modus-operandi équivalents à celui du blaireau mais en négatif. C’est celui du narcissisme stérilisant qui accompagne le candidats aux législatives de mai prochain et qui ne pensent qu’à ça en se rasant le matin.

Dois-je rappeler que le « ça » chez les freudiens dénote l’objet du désir et de la tension dévoreuse, pour comprendre que les idées qui naissent depuis le recours à ces distributeurs manuels de mousse à raser en mode auto-rasage et érotomaniaque est très nocif à la philosophie et au génie populaire ?

Narcisse ne s’est-il pas noyé dans le miroir du lac qui lui réfléchissait en la sublimant sa gueule d’Apollon, sans prendre garde de sa passion dévorante de lui-même, ni avoir eu besoin de se raser le moins du monde?

C’est toute la différence pour Bururu qui reste con, vaincu et convaincu que le salut est dans la réflexion des idées face au miroir du barbier et non à la réflexion de nos images sur le spectre des eaux dormantes et glauques de nos fantasmes d’autocélébrations et autodestructrices, in-fine.

Quitte à se faire aider par le blaireau, cet ami qui vous veut du bien et qu’il faut ressusciter en urgence.

Abdenour BOUHIREB



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