Nu du totalitarisme

Parfois, je trouve ce Bururu pas chouette du tout et je ne manque pas de le lui faire savoir d’un trait de plume comme c’est le cas tura! Seul lui sait me briser le moral avec des sujets à la limité de l’impensable. Voilà qu’il s’est mis dans la tête de me forcer la main à parler d’art. Rien que ça, lui ai-je dit ? De peinture et de sculpture, il me répond avec le dessein saugrenu de voiler toute les représentations de la Femme, selon qu’elle y soit plus au moins dévêtue ou revêtue, car de l’œuf ou de la poule, on ne sait pas encore qui a tiré le premier sur le verre à moitié vide.

En effet, quelle qu’était la transcendance utilisée pour surfer sur la morale et la métaphysique et aussi loin qu’on puisse remonter à pied sur l’échelle de la reculade historico-biblique, l’homme et la femme ont ceci de commun qu’ils avaient été pondus de la même glaise, nus comme des vers de terre. Enfin, dans le cas d’espèce, on ne sait plus si la chose s’est faite ici ou au ailleurs…L’essentiel c’est que le ver était dans le fruit défendu, daya. Attendez pour voir.

El muhim ihi, l’humain, après avoir coupé la poire interdite en deux, le ver y dormant aussi, a déshabillé l’animal et ébouriffé les herbes pour habiller sa nudité naturelle ou originelle. De proche en proche et l’expérience de la promiscuité aidant, il finit par instaurer dans la ferme publique qu’on appellera des millénaires après société, les canons de la pudeur corporelle, s’évitant ainsi des troubles de … la vie sociétale, celle-ci commençant à partir de deux. Car je ne pense pas que Robinson Crusoé soit un adepte des costards trois pièces sur son île de salut. Vendredi aussi. Je parle de son chien, alors rappelez vos molosses ! Je disais donc que ces troubles ne l’ont pas empêché, lui l’homme, de procéder à l’érection, ici et là, de monuments célébrant la Femme première, la beauté immaculée, la générosité et l’opulence maternelles. Après, chacun son strabisme artistique.

Pour revenir à notre oiseau ébahi par sa trouvaille, il m’explique qu’il est amené à agir de la sorte en empruntant un procédé cher aux matheux et consistant en le raisonnement par l’absurde. Ou, à défaut de génie, à l’absurde tout court. Et ça a l’air de marcher puisqu’il m’a rallié à sa cause perdue.

Comment réagirait l’humanité dans son ensemble, me dit-il, si au lendemain d’une cuite généralisée organisée grâce à Facebook, elle se réveillerait découvrant plongées dans le noir, en entier ou à moitié comme un biscuit mielleux dans un café matinal, des œuvres telles que le Jugement de Pâris de Rubens, les Demoiselles d’Avignon de Picasso, ou L’esprit des morts veille de Gauguin, sinon Pauline Borghèse de Canova, ou le Nu de Vallotton, etc.?

Qui des œuvres de nus ou de la connerie humaine connaitra l’éternité ? Bururu, le 4 mai votera pour cette liste : La Naissance de Vénus, de Botticelli, l’Odalisque de Boucher, Olympia de Manet, la Vénus d’Urbin, Femme nue couchée de Van Gogh, Femme nue couchée de Picasso et le Nu bleu de Matisse. Et nul besoin de de dépouiller ce scrutin, elles sont déjà sans effets vestimentaires.

Combien de longueurs de tissu de mensonge cousu main faut-il acheter au trafiquant du coin ou au sultan lointain, nabab polygame et volage à souhait, pour couvrir une œuvre aussi majestueuse que Le nu féminin de Fernando Botero ? Que rajouter de plus au voile de pudeur avec lequel enveloppa charnellement Antonio Canova sa Vénus italique ? Ce n’est pas Le Bernin avec son Extase de sainte Thérèse qui dira le contraire de ce que Bururu le simplet n’arrive pas à affirmer. Hé oui, on a le couinement qu’on peut !

Qu’il soit sulfureux, naïf, religieux ou même d’inspiration mythologique ou psychédélique, l’art a réparé d’une main ce que l’humanité bassement phallocrate, misogyne et antiféministe a enseveli de l’autre sous des tonnes d’opprobre et de mépris dé-possessif à l’adresse de la Femme.

Ne me demandez surtout pas la liste complète des tous les nus des arts plastiques du monde. Un : je ne veux pas que les intégristes puissent dresser un index des œuvres à détruire. Deux : Je ne suis pas officier des RG et ma version Encarta est incomplète. Donc contentez-vous de cet échantillon loin d’être exhaustif ou planchez sur khalik Google. Il est payé pour ça, en plus il garde une trace de vos recherches pour votre postérité numérique.

Quant à moi, j’en connais des nervis qui rêvent de s’attaquer à l’Origine du monde de Courbet avec l’espoir de plonger l’âme humaine dans les abimes de la noirceur. Am akken, eux sont venus au monde dans une boite Kinder surprise.

Derrière leur pudeur feinte qui trahit leur ardeur libidinale et œdipienne mal sevrée, les intolérants de tout poil, à travers les âges et les incultures, se proclament seuls rois de la vertu et décrètent que leur conception asexuée de la femme est exclusivement digne de se répandre dans l’espace public: autant dire un terrain nu dans un désert artistique où le dessin s’exécute à la gomme pour révéler la richesse des sens humains.

Imagine-t-on un moment que la moralisation en marche actuellement, de ses pas de hyènes, puisse vouloir, pire encore, édicter qu’on doive voiler toutes ces merveilles de l’art antique ou moderne, baroque ou romantique, de la Renaissance ou léguées par les arts premiers, au motif qu’elles soient attentatoires à la bonne vertu? L’histoire de l’humanité, à défaut de se reproduire, hoquette pour qui sait écouter.

Là, à cette évocation apocalyptique Bururu perd le sourire : Cette chose horrible n’est pas une vue de son esprit mal tourné, mais l’avenir certain auquel sera vouée l’humanité corps et âme au regard du terrain que gagne de plus en plus la fange extrémiste, intolérante et « artophobe » qui sévit actuellement dans des contrées multiples du Globe. Le totalitarisme dont il est question ici s’exporte vers les contrées qui ont porté l’art dans leurs utérus culturels et ayant vu naitre des maitres et des esprits si grands que toute la création humaine en est imbibée, irradiée, irriguée et fertilisée.

Car, le pire c’est qu’après avoir démoli à la tronçonneuse de l’intolérance ces nus au motif qu’ils soient des nus, viendrait le jour où il sera question de déboulonner les sculptures au motifs qu’elles représentent l’homme même emmitouflé dans ses langes religieusement halals, cette création divine non reproductible pour cause de copyright.

Viendrait ensuite le tour des poètes amoureux qui, contrairement aux cygnes, n’auront aucune chance de chanter avant de rôtir sur le bucher. Enfin, ultimement, chacun des survivants sera convié par l’art didactique et persuasif du sabre et de la machette à déposer sur la place publique son cerveau et partir voguer à ses occupations célestes et salvatrices.

Je vous rassure, les vers dont il a été question jusqu’ici seront émerveillés de pouvoir se repaitre de nos méninges. Il parait que c’est plein d’acides aminés. Amen.

Abdenour BOUHIREB

 



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