Histoire en marche, histoire de marche

Ils s’appellent « Tryo » est ils sont quatre. C’est dire qu’il y a de l’espace pour tout le monde chez ce groupe de pop contestataire. Et d’espace – ascendant liberté – ils en parlent parce que, disent-il dans leur subtile chanson « Marcher droit », les humains ont le droit « de marcher droit avec (leurs) travers / de marcher de travers dans (leurs) droits ».

Et depuis la nuit des temps, à quelques heures avant l’aube de notre humanité, ce ne fut qu’une question de marches, bien que chacun suivant sa démarche. Et nous allons le voir…

On y pensant, disons que les premiers grands mouvements de marche de l’humanité, avant l’invention des chaines Youtube ou des envois live sur FB, étaient ceux induits et/ou favorisés par le climat. Oui, si de nos jours on marchait à Amsterdam ou Séoul pour le climat, jadis on le faisait à cause du climat. C’était avant l’avènement de la « chorégraphie de l’absurde, où des denrées anonymes parcourent chaque jour des milliers de kilomètres plutôt que d’être produites à l’endroit de leur consommation », ainsi que l’écrivait le bienfaiteur de la Terre, Pierre Rabhi, dans l’une de ses réflexions, disponibles sur son site éponyme.

Inventeur de la « sobriété heureuse » et concepteur de l’agro-écologie, cet agriculteur penseur (d’aucuns y verrait une contraction de l’homo-sapiens et du chasseur cueilleur) n’a eu de cesse de signifier à l’homme, ce destructeur mandibulaire, que le progrès n’est jamais la croissance et que les aliments, plus que tout autre vivant, souffrent du mal du transport.

Il est même quasi certain, qu’il pleuve ou qu’il neige, que le bipède marchait à tout bout de champs, croyant dur comme fer (surtout à l’âge de pierre !), que l’herbe était plus verte ailleurs, avant l’invention de la cartographie satellitaire.

Et la quête de l’herbe fraiche conduisait le troupeau autant vers des prairies de réglisses qu’à la falaise ou dans la gueule du loup. Elle menait le berger par le bout du nez jusqu’à … son point de départ. Le temps de se rendre compte que le bonheur était auprès de ses moutons, après avoir tout perdu.

Une vérité ésotérique qui a fait faire à Santiago, le personnage principal de l’ »Alchimiste« , un voyage initiatique Espagne – Egypte – Espagne, en compagnie des conseilleurs pas payeurs tel le roi Melchisedec. Comme quoi, le bonheur, le vrai, était et le restera dans le pré.

Avant ces récits mystiques, réexaminons la marche de notre aïeul le téméraire qui, n’ayant pas pu se suffire de l’immensité du continent eurasiatique, encore vierge de tout pullulement civilisationnel, traversa, il y a 20 000 ans, le détroit de Béring. Un petit pas pour la bipédie, mais un grand pas pour l’humanité, aurait-il pu graver, à la pointe de son silex, sur les parois de la banquise.

Une marche non son risque et qui allait étrenner cette terre, l’Amérique berceau et tombeau à la fois des précieuses civilisations sans roues, des bisons et des mustangs indomptés.

Oui, une contre-marche, maritime cette fois-ci, avait conduit le descendant éventuel du Neandertal, à traverser les mers pour échouer sur les rives caribéennes, et semer sur le nouveau monde qui ne l’était pas tant que ça, génocides et pillages sur les sillons d’une évangélisation sonnante et trébuchante. Et la boucle fut bouclée.

Et contredisant la bienveillance du destin à l’égard du débutant comme le prétendait, plus haut, Paulo Coelho, dans son texte initiatique, écoutons Mouloud Mammeri, parler avec poésie et minutie de la mort de ces mêmes civilisations dans son texte en préface de sa pièce « Le Banquet« , « La mort absurde des Aztèques« : « (…) Tout conjurait à cette illustration exemplaire de la mort des civilisations. Ils étaient d’une autre planète: jamais l’idée ne les avaient effleurés que, par-delà la mer, il existât d’autres hommes. Ils étaient tellement différents qu’aucun scrupule ne freinait le désir de les anéantir. Ils habitaient un canton perdu du monde: on pouvait dans l’ombre y perpétrer tous les crimes; on y perpétra le plus grand, qui était de les détruire (…) » Et à l’aube du cinquième soleil, les Aztèques furent.

Parfois, la marche qui consiste à aller de l’avant, se fait fuite et abandon de sa terre et de ses illusions. Une histoire peinte avec art par J-Marie Le Clézio dans son roman « Le désert« .

L’auteur, ici, tisse sa trame de deux fils déroulés par deux échappées que des décennies séparaient mais que le même élan d’exil et de salut peut-être reliait dans un destin commun.

Si les uns refusaient l’avènement d’un ordre nouveau, l’autre quittait le poids des lois anciennes. Voici donc que Nour, enfant des « hommes bleus du désert« , fuyant avec les siens son oasis tombée aux mains de ceux qui apportèrent une autre religion que celle du croissant.

Les Touaregs dans leur marche suivaient leur guide au nom magique et ambivalent, cheikh Ma-el-Aïnine. Bien après ce récit, Le Clézio met en mouvement, dans la même narration épique et spirituelle, la belle Lalla qui, ingénue et déterminée, refusant un mariage qu’on voudrait lui imposer, quittait son Maroc natal pour aller au-delà de la mer… Elle y élira domicile pour souffrir et …

En interrogeant les livres qui savent, pour les érudits, ou tout autre moteur de recherche pour les fans de fastfoods informationnels, l’on s’aperçoit que la marche des peuples se faisait tour à tour conquêtes de colonie le long du Croissant fertile, exodes et drames de l’exil forcé en quête de la Terre promise, prosélytismes effrénés ou feutrés au nom d’un monothéisme affirmé, culturelles et écrites en bleu de Chine sur folio écarlate, contestataires aux relents révolutionnaires, mais toutes à l’assaut d’une histoire en marche qui reste à écrire… ou pas !

Abdenour BOUHIREB    

 



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