L’art de la didactique, de la répétition à la trituration de l’ADN

« On ne devient forgeron qu’en forgeant », dit l’adage estampillé RH. Pour le reste des métiers, passez, il n’y a rien à voir. Sauf, peut-être, pour les bâtisseurs pour qui, semble-t-il, « c’est au pied du mur qu’on reconnait le maçon. »

Depuis l’âge du chasseur-cueilleur à ces temps de geeks, l’homme s’est creusé les méninges à se rompre les vertèbres cervicales pour réussir le « transfert de compétences » d’un primate à un autre avec pour objectif stratégique, la survie de l’espèce, voire son émancipation vers des époques plus lumineuses. Une course folle contre ses propres limites. Il parait que ce savoir-faire fonde le patrimoine immatériel de l’humanité …

Le bilan de compétence

C’est la même histoire de civilisation en civilisation, y compris dans les pires moments des guerres saintes, des cataclysmes mondiaux et des conquêtes impériales. L’Homme, cet apprenti sorcier auréolé des sentiments les meilleurs pour ses semblables, recourait inlassablement à moult pédagogies actives, aux méthodes d’enseignement les plus subtiles, gourdins à la main, aux travaux pratiques forcés dans les camps concentrationnaires, aux coaching le couteau sous la gorge et même aux monitorings à distance des habitudes consuméristes des prospects, potentiels s’entend. L’art de la persuasion porté à son paroxysme.

Bien qu’agissant sans feuille de profil ni fiche de poste, et en dehors de toute intuition d’organigramme, reflet des relations hiérarchiques prévalant au sein de son organisation primaire, il agissait mu par le besoin et avec pour seule convention collective, la loi du plus fort.

L’individu, cet élément sans singularité et interchangeable au sein du groupe, est sommé de gagner sa croûte et jouer collectif à chaque séminaire organisé dans la vallée, une fois le mammouth à terre et les haches en l’air. Une occasion aussi de faire son bilan de compétences et établir un plan de carrière alléchant … le rite de passage en serait l’occasion idoine.

Il faut croire que l’inénarrable dilemme de l’acquis et de l’inné a la peau dure : on nait chasseur ou on n’est pas. Du coup, creuser sous la caboche pour faire sortir l’instinct de survie et l’augmenter était devenu l’affaire de tous. Et tout le monde s’y mettait ! Une sorte d’anabolisant symbolique pour fabriquer le guerrier immortel, le mâle dominant, le géniteur idéal, le coureur infatigable, etc.

Classes de chasse, ateliers de dépeçage et sorties pédagogiques à l’orée des tanières, voire la mise sous tutorat près de la tribu voisine moyennant subsides. L’avenir est dans la ressource humaine et ce depuis les âges immémoriaux.

Le bâton ou la carotte ! 

Bien entendu, si les outils et les techniques ont beaucoup varié, l’approche reste invariable : la motivation ou la contrainte, le bâton ou la carotte !

Du coup, les pétrisseurs de nos habiletés et savoir-faire toujours en devenir, n’ont eu de cesse de nous faire miroiter des horizons qui chantent, à condition de le vouloir de tous ses tripes (ou de toutes ses troupes). Ils appellent à former les ouvriers de demain, mais voilent avec peine leur soumission quasi-instinctive aux chants de sirènes des « besoins du marché du travail » et autre économie insatiable, mangeuse de compétences. Autant d’offrandes packagées dans des CV rutilants et chamarrés qu’on met entre le marteau du changement impératif et l’enclume de la décrépitude certaine.

Vouloir extirper l’Homme d’entre les griffes des déterminismes sociaux et biologiques peut, à la limite, dénoter un sentiment philanthropique de la plus haute essence. Mais à quel prix s’il est mesuré, calibré, pesé, ausculté et à échéances cadencées et forcées, lors de l’interview avec su sup’ ? Une rencontre que nourrit l’appréhension et l’auto-avilissement, lorsque la voix du chef du personnel, indicateurs sous les yeux, lui susurre à l’oreille encore sifflante de sa prime de fin de mois en chute libre, de devoir donner le maximum de soi-même, cette fois-ci (Et celles qui viennent).

La RH vous apprend l’olympisme

Et l’on se demande dans les travées des chaines tayloriennes si l’on travaillait dans une fabrique ou l’on préparait une quelconque joute olympique ! Toujours plus vite, plus haut et plus fort, dans un éternel recommencement. Tout échec se paie par l’amertume et l’affliction morales et matérielles car, à force de courir derrière le trans-humanisme, l’on condamne l’humanité à sa propre déshumanisation. Une course-poursuite derrière la réduction des charges, l’optimisation des processus, l’amélioration continue, l’hyper-performance, la compétitivité, l’efficience et la croissance à deux chiffres et autres indices du progrès de l’entreprise et du malheur de l’homme.

Depuis que le « bipède qui sait » a mis au point l’art de la domestication dans l’élevage des bêtes de sommes, le dressage des animaux de cirque et la pêche à l’explosif, il découvre mille et un débouchés à son élan Pavlovien, au service de son animalité, couplant conditionnement et asservissement. On ne change pas une idée qui mâte !

Et dans cette scabreuse histoire, l’école de la « République » carbure à plein régime. De quoi faire les 3-8 au grand dam des pays sans institutions mais aux traditions résilientes et séculaires. Sous la bannière de la perpétuation de la nation, l’enjeu caché est celui de réussir à bâtir l’homme futur, le cyborg, l’homme inusable. Au besoin, faire appel à la théorie de la prothèse universelle. Ça va de la simple brindille pour touiller son thé au la navette spatiale.

La théorie de la prothèse

Usant la sélection des espèces de Mendel jusqu’au pédoncule, voilà que le génie génétique ou comme l’appelle le philosophe l’ingénierie génétique qui se met de la partie et se propose de faire dépasser aux amibes leurs limites naturelles et naturellement indépassables.

Recourant au scalpel microscopique, produit de l’industrie de la prothèse sus-citée, l’on vient à greffer un bout d’ADN spécialisé sur le code génétique d’un monocellulaire pour lui faire produire ce que la nature a omis de lui faire faire. Et comme aucune constitution ne reconnait encore aux bactéries le droit de grève, nos pauvres grand-mères venues des fins fonds de la vie, s’échinent sans rouspéter à sécréter ce que l’homme leur commande, pour répondre aux besoins du marché…

Qui sait si un jour l’on ne demanderait pas à la poule pondeuse de mettre elle-même les œufs dans la boite ? Elle exigerait, certes, d’avoir des doigts pour ce faire, mais ceci est à la portée du génie du primate qui a décidé un jour d’avoir un pouce préhenseur et de se saisir du … destin de toute la Création.

Abdenour BOUHIREB



Bouquiniste et fier de l’être (et de l’avoir) !

Le bouquiniste, souvent apporteur de merveilles et parfois « refourgueur » des vieilles camelotes est à positionner dans le point de confluence de nombreux métiers et professions plus valeureux et exigeants les uns que les autres.

Il est, tour à tour, libraire ambulant, antiquaire saisonnier, brocanteur batifolant, gardien du patrimoine à universalité variable, passeur d’histoires et d’expériences, conteur invétéré, diseur de bonnes aventures que d’autres auraient écrites mais à jamais celui par qui le livre arrive.

Quelles sont les compétences que se doit d’avoir tout bouquiniste libéral ?

Après de tumultueuses recherches et observations, je suis arrivé à compulser nombre d’exigences cognitives, affectives et psychomotrices indispensables chez tout bouquiniste qui se respecte. Ainsi, il doit être en mesure de :

  • Dénicher les bonnes affaires : déstockages, vide-greniers, ventes aux enchères, liquidations de bibliothèques personnelles, etc.;
  • Déterminer l’état de conservation d’un ouvrage à vue d’œil ou à la pesée ;
  • Procéder à la restauration d’un livre vétuste sans sombrer dans la momification ;
  • Construire un réseau d’écoulement des livres en évitant le recèle ;
  • Fixer le prix marchand d’un bouquin sans déplumer le pigeon multirécidiviste ;
  • Répertorier le livre dans la catégorie idoine avec un degré de granularité acceptable par l’analphabète ;
  • Sauvegarder les ouvrages dans des conditions de stockages idéales : sac TATI serait un seuil de tolérance homologué ;
  • Enregistrer les commandes des clients, sur un calepin de nature à éviter tout trou de mémoire sidéral ;
  • Assurer l’approvisionnement dans des délais contractuels y compris des débrouilles chez le collègue de la rue à côté ;
  • Assurer la veille informationnelle de sa petite affaire: marchés hebdomadaires, foires, places publiques, alentours de campus, etc.;
  • Monter et démonter des étals dans des espaces publics en deux minutes chrono ;
  • Transporter les lots de livres dans des conditions adéquates. Au besoin, faire appel à un colporteur sans répercussion sur le prix de vente ;
  • Distinguer entre le client passionné et le revendeur sans scrupule ;
  • Construire des collections d’ouvrages suivant des critères correspondant aux exigences du marché : par éditeurs, auteurs, genres, etc., avec interdiction de recourir aux classement arbitraire de « chers » et « pas chers ».

Si après ce brillant inventaire, l’envie de devenir vendeur de livres ne vous titille pas l’esprit, sachez que votre cas est définitivement désespéré. Mais rien ne vous empêcherait de lire un livre pour essayer.

Abdenour BOUHIREB



Le parloir de l'Impératrice |
mandarines |
actionsplessisbouchard |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | KOI DE 9 ?
| CGT ICTAM de l'OPH 93
| lephotovoltaique