De quoi le consultant est-il le nom ?

Contrairement à ce que son nom n’indique pas, le consultant n’est pas un devin ni même une diseuse de bonne aventures. Il ne sait pas lire dans le marc de café du distributeur de votre entreprise. Le consultant c’est quoi donc ? Dressons au clavier son portrait-robot !

Même si notre consultant n’est pas un vétérinaire, il peut vous dire si votre boite a les reins solides pour survivre aux saillies des OPA inamicales. En bon capitaine de navire qu’il n’est pas aussi, il est apte à vous signifier que votre fin est dans le décor.

Le consultant n’est pas un conseiller du roi ni même un Raspoutine pour votre empire financier menacé de décadence. Il n’est pas un espion à l’affut des complots qui s’hourdissent, par bribes et chuchotements, à l’abri des cagibis sombres et poisseux, mais d’un seul coup d’œil sur vos bilans successifs, il est à même d’annoncer une révolution de palais au prochain congrès, vous conseillant plutôt d’abdiquer que de subir les foudres de vos actionnaires sourcilleux.

Le consultant c’est quoi alors ? Pas la peine de le chercher dans votre organigramme ni même dans votre manuel de gestion ! Il n’y est pas ou presque, car la ruse du … n’est-elle pas de nous persuader qu’il n’existe pas ? Assurément.

Le consultant c’est un livre académique qui parle la langue du peuple. C’est la conciliation entre le verbe haut de la théorie savante et de l’état de l’art éprouvé avec le récit anecdotique et savoureux fait de scabreuses histoires sur les firmes tombées en rade et les success-story époustouflantes.

Le consultant c’est un algorithme d’une complexité « googlienne » doublé d’un supplément d’âme. Il est aussi fin qu’un chirurgien porté sur la découpe à la tronçonneuse et peut retirer à la pelleteuse toutes les épines de vos pieds d’argile. Adepte de la haute voltige en trottinette, il est capable d’énoncer une doctrine sous forme de calembours.

Son essence est dans la dualité grammaticale de son titre : à la fois adjectif et nom, sa plus-value réside dans sa capacité à être à tout moment participe présent à la portée des managers en mal d’inspiration.

Epris de liberté de pensée et de parole, il est de nature à vous formaliser, sur tableau blanc et feutre à la main, la danse des nuages pour vous prémunir des orages à venir. Forcément, diriez-vous, puisque son dada se sont les brainstormings !

Affable, compétent, souriant et méticuleux, il fait d’un cure-dents un levier pour soulever le monde des affaires et le hisser à la mesure de la concurrence. Alpiniste des grandes holdings, il crapahute sur les flancs abrupts des investissements à haut risque sans contracter le vertige des grandeurs.

Débonnaire et facétieux en off, le consultant a un avis sur tout tant qu’on ne le lui demande pas sous la menace. Amateur de défis, il peut faire monter la sève en début d’exercice à n’importe quelle branche pourrie de votre entreprise tentaculaire.

Friand des échelles paradoxales, il peut, à la pause déjeuner, rédiger sur la nappe votre annonce de recrutement d’un standardiste et élaborer, aussitôt, le guide méthodologique pour le calcul des couts immatériels à destinations des P-DG des licornes en devenir.

Zen en temps de crise, le consultant est la seule ressource humaine en mesure de lire la traduction latine de la biographie revue et augmentée de Zarathoustra ou le Rig-Véda illustré en plein crash boursier à Wall-Street.

Alors, de quoi le consultant est-il le nom ?  C’est la nuit qui porte conseil en plein jour. Une boite à outils stratégiques qui prodigue et souffle à l’oreille des managers les recettes-miracles pour endiguer ou anticiper les Bulletins météos spéciaux annonçant les zones de turbulence.

Il est le SAMU de vos démarches entrepreneuriales boiteuses. Un ami qui vous veut du bien.

Bien choisi, il est la voix à écouter et la voie à emprunter dans la grisaille des temps de récession et des lendemains incertains. Son expertise vaut son pesant d’or. Il est le génie qui ne demande qu’à exhausser vos vœux de réussite. Faites-le sortir de sa fiole … virtuelle.

Le consultant est le nom peut-être de votre voisin de palier sur votre réseau social professionnel. Alors surveillez vos notifications ce soir. Dring…dring … dring !!!

Abdenour BOUHIREB

 



Contrôle de qualité : Halte, vos papiers !

Comment réconcilier l’ouvrier, le salarié, le fonctionnaire ou le collaborateur, les ateliers, les équipes, les sections, les départements, les divisions et les directions avec cette fonction critique et sensible au sein de toute organisation qu’est le contrôle de qualité ? Brigade de fins limiers à l’affut du moindre faux décompte, pisteurs des brebis galeuses, empêcheurs de tourner en rond, objecteurs des consciences professionnelles, redresseurs des torts de fabrication ou pompiers des missions à haut risque managérial. On les affuble de tous les mots.

Pourtant, ces surveillants multitâches ne cherchent qu’à être adoptés et se fondre dans la masse. S’ils aiment cocher des cases et jouer sur des check-lists, ce n’est pas une tare ni un défaut.

Alors, comment faire ? Ce que doit se poser tout manager, la tête entre les mains en s’arrachant les quelques cheveux rescapés du naufrage de la calvitie.

Ca frise le burnout

Lancinante problématique, reconnaissons-le. Le dirigeant, du haut de sa tour d’ivoire semble perdu en conjectures et ne sait plus à quel saint stratège se vouer. En sus de la crise de la quarantaine, les indicateurs sont au rouge et la résistance, la dissimulation, le manque d’entrain et le louvoiement risquent à tout instant de couler le paquebot Entreprise (A lire in English) qui prend eau de toutes parts.

Le client regimbe, la production ronronne, la R&D fulmine, les finances klaxonnent, la RH rend l’âme, le recouvrement fond à vue d’œil, le support bat de l’aile et les objectifs annuels s’écroulent comme un château de cartes. Le burnout est pour la soirée. La stratégie est malmenée.

Qui, de la main de fer ou du gant de velours, saurait redresser un gouvernail qui tourne de l’œil.

Monter sur la table au conseil de direction ne sert à rien, sauf à se lancer dans une danse du scalpel, augure des têtes qui tomberont au prochain CA.

Les héros masqués

A la rescousse, la task-force ! Une sorte de SWAT managériale dont la tâche est, justement, de redresser la barre sans qu’il n’y ait trop de casse. Tout en en finesse. (Au fait, ce sont les agents du contrôle de qualité déguisés en super-héros, mais ne le dites à personne !)

Le sésame est un trèfle à quatre feuilles de routes : Management, Gestion, Contrôle et Qualité. Des mots totems ou tabous (A chaque firme son fétichisme) à invoquer au prochain séminaire par doses homéopathiques. A pas de loup qui marcherait sur des œufs d’esturgeons.

A force de tournoyer, la mayonnaise finira par prendre, surement. Du moins, c’est ce qui est escompté.

Tout est dans l’injonction inconsciente et la réquisition subliminale des énergies les plus rétives : Donner goût au travail bien fait, redynamiser l’esprit d’équipe et insuffler en chacun l’auto-amélioration. Faire convertir des impies, radicaux ou tièdes, au monothéisme du client-roi sans dresser de buchers ni convoquer la sainte inquisition! Sinon point de salut. Car, ce que le client veut, Dieu le veut.

Le client à tout prix (et a tout pris)

Quitte à ce que le dirigeant se coupe les cheveux en quatre (sa calvitie n’en serait pas pour autant endiguée), il y a urgence à faire ce que le client, oiseau capricieux et volage, exige de nous.

Quitte aussi à ce que chaque élément de l’organisation pousse la roue de l’amélioration continue comme le fit autrefois Sisyphe, l’infatigable « pousseur » de rocher. Pousser, caler, pousser, caler, et ainsi de suite.

Cela tient en quatre points essentiels : deux équinoxes et deux solstices. Il s’agit de planifier et vérifier et d’agir et améliorer. Le tout autour d’un système de rotation à deux soleils : Le client et la politique de la boite.

Cette façon d’agir est si perfectible qu’elle est récursive et tient du concept des fractales. Une fois finie, elle recommence de plus belle comme une vis sans fin qui mettra fin à tous les vices de l’entreprise.

Mais cette démarche ne doit en aucun cas s’assimiler à un élevage hors sol, coupée de toute contrainte ou pesanteur !

Je veux un radis noir

Si le client exige de se faire livrer des radis noirs de la taille d’un œuf de poule, il y a lieu de dessiner le radis (croquis, ébauche ou esquisse, la 3D est un plus appréciable), prendre ses mensurations exactes telles que décrites par le CDC-client, indiquer au semeur comment planter, arroser et faire la cueillette en lui filant un schéma du plan des semis ainsi que la bonne graine et les compostes idoines (Vérifier les normes ISO et les standards en vigueur), calibrer et sasser la récolte, mettre les radis dans des barquettes saines (emballage recyclable ou biodégradable) avec un joli dessin d’une bergère riant aux éclats (Gare au sexisme malotru qui mettrait en péril l’image de marque de la société), garder le tout au frais et faire une livraison juste à temps, bons de commande et de livraison en main, en sus des certificats de conformité et de qualité, etc.

En amont, le semeur doit savoir remplir des fiches et noter le nombre de vers trouvés dans chaque fruit (pour traitement ultérieur des sols) et être apte à disposer correctement d’une feuille chromatique car à minuit tous les chats sont gris.

Quitte à changer de lunettes

Notons qu’à chaque instant, avec un tel système de qualité, l’ingénieur agricole, panoplie HSE sur le dos et lunettes sur le nez, devra déterminer quelle bestiole a piqué dans quel radis, à quel rythme et sous l’œil non-vigilant de quel jardinier et à quelle saison. Tout noter sur le carnet de bord. Du coup, il proposera des traitements adéquats comme user d’une sulfateuse contre la vermine, congédier ou former le jardinier, travailler sous serre ou éventuellement … changer de lunettes. Parce que le super-manager pourra, à son tour, changer d’… ingénieur agricole ou de métier.

Abdenour BOUHIREB

 



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