Contrôle de qualité : Halte, vos papiers !

Comment réconcilier l’ouvrier, le salarié, le fonctionnaire ou le collaborateur, les ateliers, les équipes, les sections, les départements, les divisions et les directions avec cette fonction critique et sensible au sein de toute organisation qu’est le contrôle de qualité ? Brigade de fins limiers à l’affut du moindre faux décompte, pisteurs des brebis galeuses, empêcheurs de tourner en rond, objecteurs des consciences professionnelles, redresseurs des torts de fabrication ou pompiers des missions à haut risque managérial. On les affuble de tous les mots.

Pourtant, ces surveillants multitâches ne cherchent qu’à être adoptés et se fondre dans la masse. S’ils aiment cocher des cases et jouer sur des check-lists, ce n’est pas une tare ni un défaut.

Alors, comment faire ? Ce que doit se poser tout manager, la tête entre les mains en s’arrachant les quelques cheveux rescapés du naufrage de la calvitie.

Ca frise le burnout

Lancinante problématique, reconnaissons-le. Le dirigeant, du haut de sa tour d’ivoire semble perdu en conjectures et ne sait plus à quel saint stratège se vouer. En sus de la crise de la quarantaine, les indicateurs sont au rouge et la résistance, la dissimulation, le manque d’entrain et le louvoiement risquent à tout instant de couler le paquebot Entreprise (A lire in English) qui prend eau de toutes parts.

Le client regimbe, la production ronronne, la R&D fulmine, les finances klaxonnent, la RH rend l’âme, le recouvrement fond à vue d’œil, le support bat de l’aile et les objectifs annuels s’écroulent comme un château de cartes. Le burnout est pour la soirée. La stratégie est malmenée.

Qui, de la main de fer ou du gant de velours, saurait redresser un gouvernail qui tourne de l’œil.

Monter sur la table au conseil de direction ne sert à rien, sauf à se lancer dans une danse du scalpel, augure des têtes qui tomberont au prochain CA.

Les héros masqués

A la rescousse, la task-force ! Une sorte de SWAT managériale dont la tâche est, justement, de redresser la barre sans qu’il n’y ait trop de casse. Tout en en finesse. (Au fait, ce sont les agents du contrôle de qualité déguisés en super-héros, mais ne le dites à personne !)

Le sésame est un trèfle à quatre feuilles de routes : Management, Gestion, Contrôle et Qualité. Des mots totems ou tabous (A chaque firme son fétichisme) à invoquer au prochain séminaire par doses homéopathiques. A pas de loup qui marcherait sur des œufs d’esturgeons.

A force de tournoyer, la mayonnaise finira par prendre, surement. Du moins, c’est ce qui est escompté.

Tout est dans l’injonction inconsciente et la réquisition subliminale des énergies les plus rétives : Donner goût au travail bien fait, redynamiser l’esprit d’équipe et insuffler en chacun l’auto-amélioration. Faire convertir des impies, radicaux ou tièdes, au monothéisme du client-roi sans dresser de buchers ni convoquer la sainte inquisition! Sinon point de salut. Car, ce que le client veut, Dieu le veut.

Le client à tout prix (et a tout pris)

Quitte à ce que le dirigeant se coupe les cheveux en quatre (sa calvitie n’en serait pas pour autant endiguée), il y a urgence à faire ce que le client, oiseau capricieux et volage, exige de nous.

Quitte aussi à ce que chaque élément de l’organisation pousse la roue de l’amélioration continue comme le fit autrefois Sisyphe, l’infatigable « pousseur » de rocher. Pousser, caler, pousser, caler, et ainsi de suite.

Cela tient en quatre points essentiels : deux équinoxes et deux solstices. Il s’agit de planifier et vérifier et d’agir et améliorer. Le tout autour d’un système de rotation à deux soleils : Le client et la politique de la boite.

Cette façon d’agir est si perfectible qu’elle est récursive et tient du concept des fractales. Une fois finie, elle recommence de plus belle comme une vis sans fin qui mettra fin à tous les vices de l’entreprise.

Mais cette démarche ne doit en aucun cas s’assimiler à un élevage hors sol, coupée de toute contrainte ou pesanteur !

Je veux un radis noir

Si le client exige de se faire livrer des radis noirs de la taille d’un œuf de poule, il y a lieu de dessiner le radis (croquis, ébauche ou esquisse, la 3D est un plus appréciable), prendre ses mensurations exactes telles que décrites par le CDC-client, indiquer au semeur comment planter, arroser et faire la cueillette en lui filant un schéma du plan des semis ainsi que la bonne graine et les compostes idoines (Vérifier les normes ISO et les standards en vigueur), calibrer et sasser la récolte, mettre les radis dans des barquettes saines (emballage recyclable ou biodégradable) avec un joli dessin d’une bergère riant aux éclats (Gare au sexisme malotru qui mettrait en péril l’image de marque de la société), garder le tout au frais et faire une livraison juste à temps, bons de commande et de livraison en main, en sus des certificats de conformité et de qualité, etc.

En amont, le semeur doit savoir remplir des fiches et noter le nombre de vers trouvés dans chaque fruit (pour traitement ultérieur des sols) et être apte à disposer correctement d’une feuille chromatique car à minuit tous les chats sont gris.

Quitte à changer de lunettes

Notons qu’à chaque instant, avec un tel système de qualité, l’ingénieur agricole, panoplie HSE sur le dos et lunettes sur le nez, devra déterminer quelle bestiole a piqué dans quel radis, à quel rythme et sous l’œil non-vigilant de quel jardinier et à quelle saison. Tout noter sur le carnet de bord. Du coup, il proposera des traitements adéquats comme user d’une sulfateuse contre la vermine, congédier ou former le jardinier, travailler sous serre ou éventuellement … changer de lunettes. Parce que le super-manager pourra, à son tour, changer d’… ingénieur agricole ou de métier.

Abdenour BOUHIREB

 



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