Pour changer d’humeur (et de métier), je vais chez mon coiffeur

C’est tentant, me diriez-vous : Quitter la monotonie du bureau style goulag, fouetter l’encéphalogramme de la routine procédurale, injecter du « peps » dans l’essuie-glace des courriers « départ » et « arrivée » et mettre à bas les châteaux de cartes sur pilotis en boites d’archives. Donner un coup d’arrêt au train-train du quotidien.

Jamais vie professionnelle, ou vie tout court, n’a tenu à un cheveu que cette fois-ci : tout plaquer et aller chez son coiffeur… y apprendre un nouveau métier.

Une profession qui tient de l’art du portrait, de la chirurgie plastique, des sciences des arômes, de l’alchimie des matières odoriférantes, de la sculpture à l’argile, de l’art du récit anecdotique, des échanges bravaches ou philosophiques, de l’art de l’altruisme, mais jamais du cheveu coupé en quatre.

On sort de chez son coiffeur comme de sous la fontaine de jouvence, pimpant et régénéré. La nuque aérée, les tempes élaguées, les mèches éthérées et la barbe, quel bonheur, aussi nette qu’une formule Excel qui fait la somme de deux cellules contiguës.

D’avoir été longtemps l’objet presque inerte d’une telle métamorphose à coups de peigne et de ciseaux, il n’est jamais trop tard de changer de place grammaticale et d’en devenir le sujet majuscule.

Le miracle digital

C’est le miracle digital avant l’heure et sans l’appétit insatiable des GAFA. On se vautre dans le fauteuil ergonomique en cuir de vache couleur zinzolin, on se laisse aspirer par les coussins comme dans un nuage tiré d’un rêve enfantin, et puis … et puis vient le doigté de fée du coiffeur qui vous ébouriffe la tignasse, vous démêle les épis en créatine, vous malaxe les maxillaires, vous dénude le cou pour le couvrir sous une robe de soie en satin clair.

On s’y sent apaisé et rasséréné le temps d’une coiffure toujours sur mesure, loin des traits standardisés.

Souvent, la torpeur mielleuse vous ensevelit sous les airs tièdes des eaux de colonnes aux notes de fruits verts, des bouffées chaudes venues des tornades des sèche-cheveux du coiffeur d’à côté et vous êtes tiré de votre assoupissement par un « Voilà Monsieur, c’est terminé. » Et vous vous mirez, toujours avec surprise, dans un jeu de miroirs dont le plus petit est tenu par votre coiffeur, pour pouvoir admirer le fil net de votre nouvelle coupe, vues de derrière et de profil.

Se bousculent dans votre tête encore somnolente les sujets de causeries auxquels vous avez participé par des « oui oui », « Oh non non », « bien sûr », et autres « et comment » sans la moindre adhésion, tout admiratif devant tant de doigté et de savoir-faire.

Votre esprit est pris d’assaut par les recommandations doctes du professionnel vous conseillant telle marque de shampoing adapté à votre chevelure, tel rasoir bilames ou tel autre after-shave moins hostile avec votre peau.

Soudain, jaillit en coup d’éclair en vous l’idée que telle maitrise de la chimie des substances, de leurs interactions physiologiques, de l’anatomie, des proportions harmonieuses des visages, de l’esthétique à peu de frais, des processus de vieillissement des cheveux et du derme, des mélanges subtils entre les crèmes et les sprays, d’une telle délicatesse des doigts effleurant les physionomies, d’une telle connaissance des germes et de leur éradication aux UV, d’une telle aptitude à comprendre les désirs informes et mal articulés des clients, cette sophistication dans la traduction de ces désirs en lignes filiformes, courbées et pures pour éclairer votre vieille figure d’un jour nouveau, toute cette compétence est digne des meilleurs des éloges tant elle frise (et défrise) la perfection.

Le tout savoureusement mis en écrin dans une âme sensible, amicale, conseilleuse et attendrie. Le sommet du professionnalisme et toujours le sourire en coin.

Avouez qu’il y a de quoi vouloir changer de métier et signer dès demain au chapitre de la conversion professionnelle.

Alors, à vos ciseaux !

Abdenour BOUHIREB

 



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