Un logo ? Des idées à gogo !

Ça vous tombe sur la tête comme un astéroïde imprévu et non répertorié par Nostradamus. En urgence, l’institution (une holding publique) pour laquelle vous travaillez sollicite vos compétences, celles que vous n’avez pas d’ailleurs, pour contribuer à concevoir son nouveau logotype avec la mention, en bas de page, « urgence signalée ».

Votre premier réflexe, et ça n’augure rien de bon, est d’aller vérifier votre profil LinkedIn pour vérifier si, par erreur, vous n’avez pas ajouté la compétence « infographie » à votre CV en ligne. Non, rien de tel. Bizarre!

A la dérobade, vous jetez un coup d’œil sur Wikipédia et vous y lisez que le logotype, alias le logo, est notoirement connu pour être l’identité visuelle d’une quelconque boite. Du vendeur d’allumettes au magnat de l’aérospatial, toute entreprise se choisit un objet graphique, simple comme un point ou aussi sophistiqué qu’un blason impérial, pour énoncer, en peu de pixels, le discours subliminal de sa grandeur et de son aura.

Mais, l’heure tourne, le sablier s’épuise et votre enthousiasme s’amenuise.

Une page blanche, des idées roses

Vous déménagez, dare-dare, tous vos dossiers en cours de traitement sur la table à côté, vous faites place nette sur votre bureau, comme pour y accueillir un grand brûlé devant être signé. Vous vous saisissiez d’un crayon HB et d’un papier blanc format A4, tiré des entrailles de votre imprimante. L’angoisse de la page blanche vous prend à la gorge et ronge vos boyaux, augmentant votre stress. Tous les manomètres risquent l’explosion. Que faire ?

Dans un éclair de génie salutaire mais un tantinet narcissique, vous vous dites que ce malaise spirituel vous rappelle le bon vieux temps où, étudiant niais, vous écriviez des poèmes platoniques à votre dulcinée avec des temps morts de plusieurs heures à aspirer des vapeurs nicotiniques sans atteindre la véritable inspiration. C’était il y a longtemps.

Passé cet intermède romantiquement désuet, vous regardez, penaud, la face toujours blanche de votre papier et vous vous dites que les carottes sont cuites.

La lettre de commande ne vous inspire guère, elle non plus. Les items sont plats, les directives devant baliser l’œuvre sont muettes, le cadrage sémantique est non parlant, les … Que faire ?

Un étau invisible enserre votre tête à vous faire sortir les méninges par les oreilles, la pression s’y accumule et vous flirtez avec l’effondrement moral.

Soudain, vous vient comme un coup de massue bienheureux l’idée de coucher quelques lignes informes sur le papier, histoire de résorber la charge atroce qui vous broie le cerveau. Mais … tiens, tiens ! Cela a un nom. Ça s’appelle un brainstorming !!! A condition de s’y mettre à plusieurs.

En cycle essorage

Vite, en un tour de main vous réunissez deux ou trois collègues dans votre bureau, vous leur faites part du projet auquel vous êtes associé « contre votre plein gré » et vous leur donnez carte blanche (ou page si vous voulez) pour qu’ils fassent, chacun son tour, un essorage cérébral en associant à votre institution toutes les idées possibles et imaginables sans aucune retenue. Et ça va palabrer pendant de longues minutes …

Euréka ! La coupe déborde et les idées, concepts et mots-clés jonchent littéralement votre bureau, comme les survivant d’un tsunami dévastateur. Pêle-mêle, s’y entassent des mots chargés autant positivement que négativement, du point de vue du métier, de l’environnement, de l’historique et des projections du groupe auquel appartient votre boite.

Un bref coup de balais vous permet de classifier votre récolte et d’éliminer, surtout, les synonymes ainsi que les chausse-trapes.

Enfin, des idées phare trônent majestueusement sur votre papier : Une palette chromatique tricolore, des lettres de l’acronyme, une graphie soigné mais pas trop, un arrière-plan dépouillé, des symboles graphiques sérieux et polyphoniques, une  portée artistique très sobre et un dessin d’ensemble harmonieux et, surtout, des déclinaisons sur tous types de supports et de modes de reprographie.

N’étant pas trop fort en dessin à main levée, vous vous contentez de réaliser, sous l’œil vigilant de vos collègues « brainstormeurs », érigés pour l’occasion en jury de présélection (d’une œuvre à laquelle ils ont largement contribué – bonjour l’objectivité!). Un premier essai, puis un deuxième, puis un troisième, etc., avec à chaque fois des commentaires très francs sur les lignes de forces et les risques inhérents à l’interprétation du logo en gestation accélérée.

Virgule VS croix

Après la sélection de trois variantes, vous ouvrez des slids sur MS PowerPoint et vous y réalisez avec force difficulté le prototype que vous soumettez à votre boss et dont vous arrivez à capter l’attention entre deux audiences.

Balbutiant quelques explications braves mais brinquebalantes sur l’esprit de votre proposition et, surtout, sa venue au monde aux forceps, des virgules et des croix décorent aussitôt vos planches et vous rappliquez à votre bureau pour apporter les modifications toutes fraiches à votre projet.

Deux va-et-vient supplémentaire sont nécessaires pour faire valider l’offre.

Enfin, un courrier officiel est émis en fin de journée au groupe menant dans ses entrailles numériques (en pièce-jointe) votre « œuvre » avec une note explicative.

Soulagé d’avoir enfin rendu la copie, vous vous dites que la moralité de l’histoire est qu’une entreprise doit compter autant sur la synergie de ses collaborateurs que sur la valeur intrinsèque de chacun d’eux. Et comme dit l’adage remis au gout du jour, « si l’union fait la force, l’ognon, lui, fait la farce ». A bon entendeur et bon appétit.

Abdenour BOUHIREB



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