De quoi la source anonyme est-elle le nom ?

Un quotidien qui parait le matin, comme son nom ne l’indique pas puisque il s’appelle « Le Soir », a eu l’ingénieuse idée de nous faire part d’une révolution en cours au sommet de la tour d’avoirs. Oups! d’ivoire.

Et que nous raconte-t-on sur les colonnes crépusculaires de ce canard pourtant matinal ? On y apprend que le roi, l’an de grâce matinée à peine entamé, a décidé que les choses ne devaient plus aller dans le royaume comme elles le faisaient jusque-là, c’est-à-dire remontant comme l’esturgeon le fleuve à contresens. Mais c’est sans compter sur la résistance du château fort pas faite que contre les envahisseurs.

Sans consulter les faiseurs de roi, qui, eux, sont tapis dans l’ombre chinoise qu’est le théâtre du pouvoir, le souverain, pensif au coin du feu, s’est dit, un soir, qu’il était urgent de mettre un coup d’arrêt au statuquo prévalant au sein de sa cour.

Il était temps, les écuries d’Augias méritaient un coup de chiffon après la résiliation, avec fracas, du contrat il y a plus d’une année de l’ancienne compagnie de nettoyage et de siphonage qui passait l’aspirateur même dans les poches intérieures des tenues de travail. Bref.

Et comme avant de prendre un bain, il n’y a rien de mieux que de se brosser les dents avec force gargarismes post-bombance, le roi s’est intéressé, nous dit le canard bavard, aux … cuisines, lieux de tous les plaisirs gourmands, des péchés du ventre et des luttes à couteaux tirés. C’est décidé désormais, tout le monde sera logé à la même enseigne. Exit les places VIP: vizirs comme courtisanes, chevaliers comme palefreniers, écuyers comme domestiques, tout le monde mangera à table, n’y posera pas ses coudes, mastiquera en silence et, surtout, n’oubliera pas de payer sa ration alimentaire, déclarée au fisc au réel.

Une fois le repas terminé, comme il est de bon temps de faire la sieste en se retirant, chacun dans sa loge, le souverain vient de décider qu’il était interdit d’apposer le sceau officiel du royaume sur la cire encore fumante pour sceller les missives personnelles, écrites dans la moiteur des après-midis oisifs et transmises par porteur (comprendre par pigeon ramier qui ne finit pas de ramer), qui pour renouveler son abonnement prépayé, qui pour annuler le rancard du lendemain à sa dulcinée ou vendre sa voiture sur Ouedkniss.

Pronom indéfini mais sûr !

Mais comme Bururu, vous me diriez : d’où est-ce que le canard tient-il cette information sur la révolution en cours ? Aucun troubadour ne s’est proposé de nous en faire la chronique. Pas un medah n’a battu le bavé pour chanter sur tous les toits les édits du roi ! Alors, qu’elle en a été la source ?

Pourquoi chercher midi à quatorze heures, puisque il est déjà minuit quelque part ? Le canard le dit lui-même : il tient ça d’une « source sûre » et pour laquelle il a été assuré un anonymat digne d’un pronom indéfini. Ce serait donc un des garçons d’écurie, trop heureux de pouvoir diner, enfin, aux cotés des gens en armes du château, qui s’est empressé d’en faire la confidence au premier emplumé qu’il a croisé revenant de la cueillette des champignons pour le lunch de 14h00. A moins que ce ne soit, avec des intentions tout à fait opposées, une courtisane aux jupons de soie, horripilée de devoir prêter l’oreille, à l’heure du souper, aux baragouinages des roturiers, rendus par le décret royal trop proches.

Mais dans les deux cas de figure, le roi aurait omis d’interdire à sa cour de divulguer ce qui se dit dans ses appartements ou dernière les murs épais de ses donjons, aux premiers venus de ses sujets. Car cette fonction a un titulaire en la personne du crieur public. Loin de vouloir rester anonyme, il s’identifie auprès de son public qu’il rameute à l’aide d’un tambour ou d’une trompette. Oyez! Oyez!

Cela est vieux comme le monde et est antérieur à l’invention de l’électricité : pour court-circuiter un projet de nature à contrarier ses intérêts indus, rien de mieux que de multiplier les rumeurs, les fuites d’informations non vérifier, alerter tout le monde et forcer le maitre de l’ouvrage à réagir au lieu d’avoir la primeur de l’action.

Cette ruse a un nom, les « intrigues de palais ». De quoi donner l’idée au génie d’Aladin de rester dans sa lampe…

Abdenour BOUHIREB



Oiseau, quelle est ta langue ?

« Ce qui se pense bien s’énonce bien », apprend-on à la bonne école ! L’accent circonflexe est mis, comme un chapeau par jour printanier, sur deux compétences que l’élève se doit de porter à bras le corps, à ce détail près que la seconde révèle la première comme la fumée devrait révéler le feu.

Ceci permet de déduire que toute proposition mal énoncée a été, à la fécondation, mal pensée. Mais l’apprenant a-t-il, pour autant, mérité un zéro pointé à la marge de sa copie ? Rien n’est moins sûr.

Par quel autre moyen, en dehors du graffiti tagué à la dérobade sur un mur d’un quartier lugubre, l’enfant peut-il énoncer correctement sa pensée lorsque : un, personne ne lui demande jamais son avis, deux, il fréquente une école éthiquement et techniquement sinistrée, dans un pays linguistiquement névrosé, sous un système idéologiquement rétrograde, mesurant la liberté de pensée à la pipette et où les prisons sont devenues les antichambres des réseaux sociaux ?

Ce qui a inspiré ces lignes, c’est un énième projet de réforme de l’école, annoncé à cor (à tort ?) et à cri par le canard (à défaut de canal) officiel, cette semaine. A en juger par la teneur intenable de l’exergue en tête d’article, les choses s’annoncent édifiantes : « Le ministère de l’Education nationale a dévoilé un projet de réforme du système éducatif à travers des assises de diagnostic et d’évaluation pour l’amorce d’un dialogue national inclusif visant à tracer une feuille de route pour une réforme profonde du secteur. »

Lever le voile sur l’ectoplasme

Mis à part un spécialiste de l’exégèse des langues mortes mais vite enterrées, rares sont ceux capables de saisir ce que n’a pas voulu dire la muse qui a inspiré un tel écrit. D’abord, nous y apprenons que le ministère dévoile, ce qui dénote son intention de mettre un peu de lumière sur un projet qui, comme le vampire, ne doit aucunement faire mumuse avec les photons qui, pourtant, comme toute le monde le sait, ont un poids nul au repos, donc faciles à supporter.

Le projet, ici sans corpus ni mouture comme un ectoplasme sans nom, n’est qu’une intention auto-réalisatrice, relevant ou du sacrilège ou de l’autodéification (ça dépend de quel côté du sabre on se situe), puisque seul le Verbe possède un tel pouvoir.

Le moyen ? Des assises de diagnostic et d’évaluation. Ce qui suppose la mise en place de normes et de standards de portées mondiales dans un pays qui a, jadis, cultivé sous serre le socialisme spécifique.

Cela devrait aboutir à l’ « l’amorce d’un dialogue national inclusif ». Mettons les choses au clair de lune pour ne pas réveiller le comte Dracula : si vous voulez amorcer un dialogue avec quelqu’un c’est en raison de l’absence originelle de tout contact relationnel entre vous deux. Alors, soit le dialogue n’a jamais eu lieu, soit il n’a jamais été national (voir régional ou local), soit il a été exclusif, autant dire sectaire.

Une démarche aboutirait à tracer une feuille de route. Une montagne qui accouche d’une souris. Pourtant, il existe sur le marché, dans le plus petit bureau-tabac et en vente libre sans ordonnance du papier ministre adéquat pour ce type de projet, des tables traçantes ou imprimantes plotters très bon marché et, même, du papier millimétré d’excellente facture. Pourquoi alors tant de fatras pour tracer une feuille de route, à moins que celle-ci ne mène au nirvana, rien ne justifie pareille débauche d’énergie.

Vite, appelez le dico !

Le fin mot de l’histoire, c’est une réforme profonde du secteur. Passons sur la réforme profonde qui, diplomatiquement, annonce un toilettage onéreux mais superficiel de type pompes funèbres sur macchabé fortuné, et attardons-nous sur le mot « secteur ». Là, nous levons un lièvre de la taille d’un kangourou éléphantesque.

Interrogeons, dardar, le dictionnaire numérique Le Littré : « Terme de géométrie. La surface du cercle comprise entre un arc et les deux rayons menés aux extrémités de l’arc. (…) »

Ce qui, en décodé, signifie une portion de formage ou de tarte à même de sauver de son inanition notre pauvre souris née un peu plus haut.

Il ne s’agit, donc, que de passer l’essuie-tout sur le secteur dans sa dimension administrative, autant dire une vision réductrice ciblant le ministère, au sens des sciences administratives, au lieu de s’attaquer à l’institution au sens de l’anthropologie. Si « la carte n’est pas le territoire », le secteur ne serait pas l’école.

Pour résumer, disons qu’en application des préceptes apocryphes de la téléologie (qui n’est pas l’art de la télévision !), il a été, jusque-là, question de courir sur une jambe quatre lièvres à la fois, comme mettre autant de poupées russes l’une dans l’autre dans un ordre inversé à la longueur de leurs jupes écossaises. Le ministère vise par son projet :

-      la réforme du système éducatif (intention politique/stratégique louable) ;

-      des assises de diagnostic et d’évaluation (actes réalisés sur sa chaise consistant à critiquer la proposition du voisin et où pour avoir raison il faut crier le plus fort) ;

-      l’amorce d’un dialogue national inclusif (une bouteille de vin à la mer, sans message ni bouchon – noyade assurée) ;

-      tracer une feuille de route (exercice d’écolier entre deux leçons de grammaire et où la seule règle est celle de son camarade de table) ;

-      une réforme profonde du secteur (action à périmètre restreint, à visée verticale et à effort horizontal). »

Langues d’oiseaux à volonté 

Pour conclure, disons que lorsque les bonnes intentions, et même les meilleures à priori, usent d’un langage aussi ésotérique, seul compréhensible des habitués de l’entre-soi, le profane n’y pipe mot. Ce conciliabule annoncé, qui tramerait les plus improbables issues à l’école, dans le dos du citoyen (et non derrière), à son insu et souvent au grand dam de sa progéniture, annonce un somptueux surplace régressif pour la nation.

Nous venons de subir un hermétisme insondable et impénétrable qui situe la communication (cet art de dissimuler ses pensées) sur une strate supérieure et inaccessible pour le commun des mortels : « ce qui se pense bien ne doit jamais être clairement énoncé. » D’aucuns évoqueraient la langue des oiseaux, nous parlons du viol symbolique de l’esprit humain.

Pour ne pas vous laisser sur votre faim, Bururu qui, comme tout le monde le sait, est un oiseau nocturne propose un exemple Level 01 pour matérialiser la subtilité dont il est question: Dites à votre voisin que vous avez dans votre jardin « une plante vertigineuse ». S’il n’est pas aveugle, il comprendrait tout sauf une chose : vous avez une plante ayant une tige verte si haute qu’elle donne le vertige à tout regard qui voudrait en saisir le faîte.

Exercice d’application : interprétez dans la langue d’un oiseau de votre choix, y compris ceux de la basse cours qui recourent bassement à tous les noms d’oiseaux pour s’apostropher les uns les autres, la phrase suivante : « Je rêve de bâtir un pont suspendu entre deux nuages.»

Abdenour BOUHIREB



Un tissu social en fibres de Carbone

Ce n’est pas avec de la fibre patriotique, grosse comme une chaine d’amarrage, qu’on devrait fabriquer le tissu social. Si ces filaments, trop sourcilleux à sauvegarder l’aura virginale de leur patrie, prennent du poil de la bête à chaque fête nationale, non seulement ils se muent en camisole asphyxiante pour la société mais, par calcification lente et sûre, ils risquent de fixer dans l’argile l’âme fossilisée de la nation. Et le spectacle ne serait pas bon à voir !

Puis, les mouvements qui se disent « nationalistes » ne sont, souvent, que l’écho, amplifié par les caisses de résonance appointées au budget de l’Etat, des soliloques des gouvernants esseulés sur leur tour de pouvoir.

Demandons-nous pourquoi dans ces Etats de « patriotards » on compte plus de compagnies de sécurité et de brigades de contrôle et de répression des foules que de militaires ceinturant les frontières d’une terre que pourtant, à les en croire, nous est enviée et jalousée par des hordes d’ennemis revanchards?

Aussi, posons-nous une question à deux balles en caoutchouc : une nation inscrit-elle son destin sur le parebrise de sa lancée en avant vers des relations fraternelles avec ses voisons de pallier ou se mire-t-elle dans la lunette arrière de ses terreurs nocturnes et passéistes ?

Lorsque l’oued avance en arrière !

A bien méditer les replays gratuits de nos histoires récentes, on comprend parfaitement qu’aucune fibre synthétique ne saurait rapiécer les lambeaux des fratricides et des errements impériaux et génocidaires.

La vie des nations est telle la rivière qui, combien même elle serait déviée, finit toujours par retrouver son lit naturel. Engloutir ou revivifier les rivages, cela dépend de la capacité des populations à apprivoiser les flots de leurs aspirations profondes et authentiques, reflets d’un vouloir vivre ensemble. Est-ce par hasard que les oueds furent jadis le nid douillet de tant de civilisations fertiles ?

On ne gagne rien à mythifier son passé méconnu sauf à vouloir en mystifier les méandres et rendre plus troubles ses eaux par trop boueuses de tant de péripéties. On nous parle d’épopée civilisationnelle pour mieux masquer les relents fétides d’une fange historique.

On a même vu des nations s’adonner à des mitoses à répétition aussitôt l’indépendance acquise et souvent au prix du sang jusqu’à donner des pays moribonds et dévitalisés. Le tout, au nom de quoi, d’un patriotisme friable. Des colosses idéologiques aux pieds d’argile sont, eux aussi, tombés en ruine à la première marée montante au-delà des mollets, forcément.

On peut prendre fougueusement le taureau du chauvinisme par les cornes, mais de grâce évitons la marche arrière sans caméra de recul, car il n’y a pas pire cap que de vouloir avancer en arrière.

Sans être un clerc en géopolitique, il est loisible de noter que les regroupements de populations harmonieux d’un point de vue ressources naturelles, reliefs et cultures assurent longévité et prospérité. Une cohésion multicouche qui prévient les frictions aux rebords.

En se jouant de l’ »entropie sociale » (ne pas épuiser son énergie vitale dans l’entretien de rapports conflictuels avec autrui, concept emprunté au pro-fesseur Bururu), on s’esquinterait à colmater les brèches des édifices de pailles et à cautériser les lattes en bois des mécanos, minées par les caprices de conquérants aux fantasmes démesurés et infantiles.

Bienvenue chez l’Homo-itinéris !

Aujourd’hui, on mène le gouvernail des nations comme on manage des clubs de foot de Prima-ligua : un business-plan chirurgical, des recrues au top, des sponsors engagés et … des couleurs à défendre dans et en-dehors du chaudron vert. Le tout saupoudré d’une com’ digne du marketing de guerre. Pourtant, l’Homme, ce bipède errant, ne vit emmitouflé dans les langes soporifiques du nationalisme que depuis deux milles ans, après avoir parcouru le monde, de long en large, des dizaines de millénaires durant avec pour seules limites les ampoules aux pieds ou les gerçures et le relief majestueux.

Même la nature a souvent favorisé ce tourisme primitif, primaire et premier au grand bonheur des amateurs des horizons ouverts chez l’Homo-itinéris qui a rallié l’Amérique du nord depuis l’Asie extrême, grâce à … une glaciation bénite, bien avant la découverte des CFC (gaz réfrigérants nocifs à la couche d’ozone) et des motoneiges made in China et bien plus avant que les services des douanes et des visas de circulation biométriques n’imposent leurs check-points sur les eaux territoriales (Et tant pis pour l’oxymore absurde qui annonce un jour des terres hydrauliques !)

Enfin, la mondialisation des cataclysmes aidant, bientôt naitraient des pays sous cloches faites, celles-ci, de fibres de Carbone à l’épreuve des missiles, des virus et des migrants, avec le « cloisonnement des territoires » comme devise écrite sur les frontispices des édifices officiels et les écrans de veille des smartphones.

Mais n’est-ce pas déjà trop tard vu le nuage de sable du Sahara qui s’envole, ces jours-ci, comme le tapi d’un Aladin belliqueux et invisible déverser sa besace de poussière dorée sur le Golfe du Mexique, plus coutumier des cyclones dévastateurs que des rots du désert nord-africain.

Mais, notons-le, la nature se fiche de nos idéologies comme de sa première tempête tropicale.

Abdenour BOUHIREB



12

Le parloir de l'Impératrice |
mandarines |
actionsplessisbouchard |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | KOI DE 9 ?
| CGT ICTAM de l'OPH 93
| lephotovoltaique