Un tissu social en fibres de Carbone

Ce n’est pas avec de la fibre patriotique, grosse comme une chaine d’amarrage, qu’on devrait fabriquer le tissu social. Si ces filaments, trop sourcilleux à sauvegarder l’aura virginale de leur patrie, prennent du poil de la bête à chaque fête nationale, non seulement ils se muent en camisole asphyxiante pour la société mais, par calcification lente et sûre, ils risquent de fixer dans l’argile l’âme fossilisée de la nation. Et le spectacle ne serait pas bon à voir !

Puis, les mouvements qui se disent « nationalistes » ne sont, souvent, que l’écho, amplifié par les caisses de résonance appointées au budget de l’Etat, des soliloques des gouvernants esseulés sur leur tour de pouvoir.

Demandons-nous pourquoi dans ces Etats de « patriotards » on compte plus de compagnies de sécurité et de brigades de contrôle et de répression des foules que de militaires ceinturant les frontières d’une terre que pourtant, à les en croire, nous est enviée et jalousée par des hordes d’ennemis revanchards?

Aussi, posons-nous une question à deux balles en caoutchouc : une nation inscrit-elle son destin sur le parebrise de sa lancée en avant vers des relations fraternelles avec ses voisons de pallier ou se mire-t-elle dans la lunette arrière de ses terreurs nocturnes et passéistes ?

Lorsque l’oued avance en arrière !

A bien méditer les replays gratuits de nos histoires récentes, on comprend parfaitement qu’aucune fibre synthétique ne saurait rapiécer les lambeaux des fratricides et des errements impériaux et génocidaires.

La vie des nations est telle la rivière qui, combien même elle serait déviée, finit toujours par retrouver son lit naturel. Engloutir ou revivifier les rivages, cela dépend de la capacité des populations à apprivoiser les flots de leurs aspirations profondes et authentiques, reflets d’un vouloir vivre ensemble. Est-ce par hasard que les oueds furent jadis le nid douillet de tant de civilisations fertiles ?

On ne gagne rien à mythifier son passé méconnu sauf à vouloir en mystifier les méandres et rendre plus troubles ses eaux par trop boueuses de tant de péripéties. On nous parle d’épopée civilisationnelle pour mieux masquer les relents fétides d’une fange historique.

On a même vu des nations s’adonner à des mitoses à répétition aussitôt l’indépendance acquise et souvent au prix du sang jusqu’à donner des pays moribonds et dévitalisés. Le tout, au nom de quoi, d’un patriotisme friable. Des colosses idéologiques aux pieds d’argile sont, eux aussi, tombés en ruine à la première marée montante au-delà des mollets, forcément.

On peut prendre fougueusement le taureau du chauvinisme par les cornes, mais de grâce évitons la marche arrière sans caméra de recul, car il n’y a pas pire cap que de vouloir avancer en arrière.

Sans être un clerc en géopolitique, il est loisible de noter que les regroupements de populations harmonieux d’un point de vue ressources naturelles, reliefs et cultures assurent longévité et prospérité. Une cohésion multicouche qui prévient les frictions aux rebords.

En se jouant de l’ »entropie sociale » (ne pas épuiser son énergie vitale dans l’entretien de rapports conflictuels avec autrui, concept emprunté au pro-fesseur Bururu), on s’esquinterait à colmater les brèches des édifices de pailles et à cautériser les lattes en bois des mécanos, minées par les caprices de conquérants aux fantasmes démesurés et infantiles.

Bienvenue chez l’Homo-itinéris !

Aujourd’hui, on mène le gouvernail des nations comme on manage des clubs de foot de Prima-ligua : un business-plan chirurgical, des recrues au top, des sponsors engagés et … des couleurs à défendre dans et en-dehors du chaudron vert. Le tout saupoudré d’une com’ digne du marketing de guerre. Pourtant, l’Homme, ce bipède errant, ne vit emmitouflé dans les langes soporifiques du nationalisme que depuis deux milles ans, après avoir parcouru le monde, de long en large, des dizaines de millénaires durant avec pour seules limites les ampoules aux pieds ou les gerçures et le relief majestueux.

Même la nature a souvent favorisé ce tourisme primitif, primaire et premier au grand bonheur des amateurs des horizons ouverts chez l’Homo-itinéris qui a rallié l’Amérique du nord depuis l’Asie extrême, grâce à … une glaciation bénite, bien avant la découverte des CFC (gaz réfrigérants nocifs à la couche d’ozone) et des motoneiges made in China et bien plus avant que les services des douanes et des visas de circulation biométriques n’imposent leurs check-points sur les eaux territoriales (Et tant pis pour l’oxymore absurde qui annonce un jour des terres hydrauliques !)

Enfin, la mondialisation des cataclysmes aidant, bientôt naitraient des pays sous cloches faites, celles-ci, de fibres de Carbone à l’épreuve des missiles, des virus et des migrants, avec le « cloisonnement des territoires » comme devise écrite sur les frontispices des édifices officiels et les écrans de veille des smartphones.

Mais n’est-ce pas déjà trop tard vu le nuage de sable du Sahara qui s’envole, ces jours-ci, comme le tapi d’un Aladin belliqueux et invisible déverser sa besace de poussière dorée sur le Golfe du Mexique, plus coutumier des cyclones dévastateurs que des rots du désert nord-africain.

Mais, notons-le, la nature se fiche de nos idéologies comme de sa première tempête tropicale.

Abdenour BOUHIREB



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