Pseudonymes de tous les pays démasquez-vous !

Pas question de se faire gronder par le garde champêtre en charge de tout ce qui touche aux canards à plumes. Il parait qu’il a piqué une de ces colères si noires que le ciel s’est obscurci, intimant l’ordre à tous les pseudonymes de la presse de se démasquer, toute affaire cessante.

Non ! Pas se démasquer au sens de retirer la protection qu’on porte sur le visage contre la COVID-19 par ces temps de pandémie, mais de ne plus signer leurs papiers avec des identifiants d’emprunts, factices ou des initiales, voire sans signature du tout, style dépêche d’agence de presse.

Il veut savoir qui a écrit quoi en prenant son café matinal sans à voir à le demander aux limiers de sa majesté qui, eux, ont le devoir de garder leur noms d’artistes en toute circonstance, ni de devoir renvoyer l’ascenseur à un délateur attitré, plumitif larbin qui épie et balance ses confrères. Le garde champêtre n’a jamais recours à ce type de larrons car il n’est ni trappeur ni braconnier.

Appelez-moi Bururu !

Que cela soit précisé dès à présent : Le Bururu qui sévit dans ces chroniques porte bel et bien ce nom. Tout le monde l’appelle ainsi et pas autrement. Il n’a ni nom ni prénom mais juste cet alias. Il n’a pas la chance de s’appeler Bururu le hibou, ou Bururu la chouette, comme on appellerait Shaun le mouton ou Willy l’ourson.

Hélas, il s’est retrouvé dans ces chroniques sans jamais avoir passé la moindre des castings ou des auditions (pour le métier d’acteur et pas celles des juge d’instruction ou de la police judiciaire).

Encore, il n’est ni journaliste, ni reporter ni envoyé spécial d’aucun organe de presse. Son métier c’est insomniaque noctambule chronique pour lequel il ne perçoit aucun salaire ni émolument, contrairement au vrai journaliste qui, lui, ne vit que des revenus exclusifs de son métier de rédacteur. Qu’il soit détenteur d’une carte de presse établie par l’Etat ou d’un compte Facebook seulement, cela importe peu. L’essentiel est qu’il ne vive que de son activité consistant à récolter l’information, la vérifier et la diffuser. Le reste n’est que question d’organisation dans des formes que la corporation décide de se donner.

Si vous retirez à Bururu toutes ses plumes à la recherche du moindre indice qui trahirait son passé de journaliste anonyme, vous en serez déçu. Il paraitra nu comme un ver : ni tatouage artistique véhément hérité de ses années anarchistes, ni cicatrices témoignant de ses hauts faits d’armes de maoïste révolutionnaire. Rien ! Juste un Bururu à la chair de poule, transi en cet été finissant.

« Pseudonymat » et pseudo-journalisme

Puis, quelle mouche aurait piqué notre garde champêtre national pour qu’il exigeât l’arrêt de recourir, par lubie ou scrupule, aux pseudonymes ? C’est pourtant un usage admis dans tous les pays qui ne sont pas des dictatures militaires ou des théocraties obscures, dans le monde des médias comme dans celui des Arts et des Lettres.

On ne va pas faire injure au lecteur d’en donner, ici, des illustrations. Wikipédia et les fiches des RG regorgent d’exemples de plumes aimant à se voiler dans des alias très recherchés et que tout le monde finissait par déchiffrer et reconnaître.

Les noms d’oiseaux ne sont pas du ressort du garde champêtre mais de celui des ornithologues passionnés. Lui, il est là pour appliquer la loi contre les contrevenants et protéger l’écosystème, véritable pourvoyeur de vie à tous les échelons de la chaine alimentaire.

Pour l’heure, on ne sache pas que l’utilisation d’un pseudonyme soit un délit. Quant à la responsabilité du rédacteur devant la justice, elle reste entière avec ou sans anonymat, celle de son directeur de publication aussi. La justice a tout pouvoir pour querir le journaliste faussaire et lui mettre le bec dans l’écuelle de ses errements professionnels.

Et si cela ne convient pas au prince, on n’a qu’à faire changer la loi.

Moraliser un métier ou une profession doit rester l’affaire des professionnels eux-mêmes et non leur tomber du ciel comme une météorite qui, cette fois-ci, déciderait d’en finir avec les canards. La corporation visée a besoin d’un libre accès aux sources de l’information publique, d’un statut qui lui garantit sa dignité, d’aides pour une libre entreprise et une formation continue de qualité, d’une éducation large du public/lecteur sur l’importance vitale des médias dans une démocratie, de leviers pour organiser la déontologie et l’éthique en son sein et d’une justice prenant le relais à chacune de ses révélations sur la gestion des affaires publiques.

La presse devra, surtout, être prémunie des accointances avec le monde des affaires, des chapelles politiques et idéologiques, des menaces du crime organisé, des diktats divers et variés, de l’omerta, de la censure et de l’autocensure. Ce qui est loin d’être le cas même dans les pays les plus développés, vue la portée quasi-naturelle du bipède à vouloir tout piétiner, imposant sa volonté crasse.

L’ambulance et le reporter blessé

Il est vrai que, entre pouvoirs publics et journalistes, il semble s’être instaurée une relation dialectique. Mais s’ils doivent se faire la guerre, autant clarifier les règles d’engagement dans ce conflit asymétrique à plus d’un titre: On ne tire pas sur une ambulance, surtout si celle-ci transporte un reporter blessé.

Quitte à vouloir organiser verticalement le métier, commençons par le secteur public pour sa valeur test et ses effets pédagogiques et sa dépendance hiérarchique du garde champêtre. Doit-on rappeler que le sacerdoce de toute plume, ce n’est pas de signer ou pas en bas de la feuille mais de vérifier la véracité de l’information qu’on s’apprête à balancer?

En ce sens, le dernier épisode, qui mit en cause l’agence de presse officielle, fut édifiant. Celle-ci a diffusé une information traitant de la situation des droits de l’Homme dans le pays. Une sorte de cake-news dont on raffole en haut-lieu. Cette information s’avéra fausse du point de vue de l’organisation onusienne impliquée par le sujet de la dépêche en question. Elle l’a démentie tout en demandant que rectification soit faite.

En l’espèce, et sans aller jusqu’à judiciariser les choses, le démenti, la mise au point, le mea-culpa et le rectificatif en bonne et due forme restent des moyens civilisés et pacifiés pour réparer un tant soit peu les contrecoups du journalisme.

Car, à la longue, comme le dit Bururu, l’intox devient la maladie auto-immune de tout organe de propagande.

Abdenour BOUHIREB



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