Le futur a commencé il y a bien longtemps

Bururu vient de faire une grande percée dans les sciences inhumaines. Durant les derniers jours de l’automne, où les arbres rouillent à cause de la pluie qui fait s’oxyder leurs branches leur faisant perdre leur feuillage, le noctambule invétéré a mis les dernières retouches à sa théorie sur la relation entre l’Etat lamentable, le pouvoir absolu le citoyen à son insu.

Selon votre serviteur, qui consent à l’ »assujettissement volontaire », surtout s’il est extorqué sous la menace feutrée, « pour calculer l’aire d’une Histoire circulaire, on peut se passer du nombre π, puisque le rayon d’action de l’Homme, qui se veut acteur de son destin, est quasi nul, étant donné que le centre et la périphérie se confondent dans l’infinie bêtise de ceux qui veillent à son bonheur. »

C’est vrai, c’est encore flou sans être artistique mais ça a le mérite d’être clair ! Du moins, dans la caboche duveteuse de Bururu qui préfère être mal compris par les bons lecteurs que bien par les mauvais. Passons !

Pouvoir, Etat et nation

Pour résumer cette nouvelle théorie fumeuse sur la souveraineté qui tousse, nous pouvons dire que « le pouvoir n’est pas l’Etat.» C’est lapidaire mais, rassurez-vous, personne n’est lapidé ! On n’est pas encore en théocratie, mais c’est tout comme.

Du point de vue de la langue, la sentence de Bururu est valide. Le premier mot (pouvoir) recèle intrinsèquement le pouvoir d’être à la fois un nom (classé dans le groupe chanceux des gouvernants) et un verbe (classé dans le 3ème groupe). Une sorte d’ambigüité ambivalente salutaire pour qui veut accaparer la télécommande. Comme l’antique cheval troyen, « pouvoir » est à la fois contenant et contenu.

Le second mot (état), pour sa part, reste, quel que soit son état, à jamais substantif, souvent stationnaire, parfois critique ou statique bien que rarement dynamique. Et, vu ses antécédents suicidaires et ses penchants à l’autodestruction, on lui accorde, de temps en temps, le droit de « majusculer » sa première lettre. Mais, juste une lettre car les services postaux n’ont pas que ça à faire.

D’ailleurs, lorsque l’Etat joue le rôle de contenant dynamique, le pouvoir, lui, se transmue en contenu à visée statique, subvertissant les principes de la thermodynamique appliquée en situation de zéro absolu des valeurs universelles et des droits de l’Homme.

Et Bururu se rappelle avoir lu chez l’Amusnaw que, dans un passé composé de glorieuses luttes pour la liberté, les Aïeux vivaient sans un Etat formel, dans une sorte d’ »anarchie codifiée« . Car, comme dirait l’autre, et voilà que je deviens à mon tour un mauvais lecteur puisque je ne sais plus qui c’était, « la nation a tous les droits sauf celui de détruire son propre bonheur. »

Donc, pour les habitants de ce passé composé de résistances à l’envahisseur, quelle qu’ait été la couleur de son cheval à robe blanche, il existait d’autres moyens pour permettre à l’égrégore de survivre et d’atteindre sa plénitude. Ici, l’état d’anarchie codifiée (l’oxymore n’est que d’apparence !) est une sorte de couveuse institutionnelle pour permettre à l’âme transcendante d’une communauté de traverser les siècles et, surtout, de survivre aux aléas de l’Histoire. Ce qui s’est fait non sans histoires, bien entendu.

Nulle violence n’est légitime !

Pour Bururu, si un Etat frappe monnaie, cela dénote la propension de celui-ci à la violence. Car, la monnaie, elle, est passive et paisible. Autrefois métal inerte et inoffensif, une fois à l’état d’alliage, elle ne fait qu’acheter les hommes les plus cupides quel que soit leur prix, vu qu’ils sont sans valeur ! De là à s’arroger le droit régalien/souverain de frapper monnaie (comme dit plus haut) puis, pire, de lever l’impôt alors que celui-ci, selon les aveux des gouverneurs de toutes les banques centrales et fédérales, préfère rester assis voire même à plat-ventre, il y a un pas de franchi vers une sorte de violence qui se drape des oripeaux de la légitimité. Car, comme le dit l’adage, qui s’habille des habits des autres reste nu.

Il serait plus juste de parler de « recours symétrique à la force.» Là, les termes de l’équation insoluble dans les eaux troubles de la politique sont équilibrés.

Par ailleurs, lorsque le bras séculier, curieusement trop souvent anti-laïque, s’arme de gourdin pour ramener dans le droit chemin un citoyen qui s’égare en marche pacifique dans les méandres urbains de la cité royale pour demander qu’on se rappelle de lui comme source intarissable de légitimité (J’avoue qu’il y a de quoi oublier le début de la phrase !), il y a, comme qui dirait, un quiproquo juridique. On ne sait plus qui ce bras séculier défend-il, l’Etat ou le pouvoir ! Mais on sait contre qui, le citoyen.

Et si celui-ci, prétendument source intarissable de souveraineté, venait à disparaître par la force du gourdin à répétition comme une espèce animale que le braconnage ferait s’éteindre, emportant avec lui cette même source, irait-t-on commander à des juristes, spécialisés en forages conceptuels, de prospecter d’autres gisements à siphonner pour rester au pouvoir ?

Dans ce domaine, nulle possibilité d’opter pour l’Off-shore puisqu’un Etat a besoin d’un Territoire plus que d’un peuple. Du moins, tant que les poissons ne détiennent pas encore le droit de vote.

Le vrai salut est de conférer à l’Etat le statut de justiciable, avec obligation aux figurants du pouvoir d’endosser ce rôle devant les tribunaux à chaque fois que de besoin.

Ce jour-là, vous allez voir qu’aucun quinquennat ne durera plus d’une année judiciaire, que la raison d’Etat disparaitra puisque l’Etat n’a pas forcement raison contre son peuple et que la nation restera, car la nation est éternelle.

Abdenour BOUHIREB



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