Discours sur le bout du tunnel (*)

Pour voir, enfin, le bout du tunnel, il faut trois conditions à réunir simultanément : Un, y être car, à la surface, on ne voit que son voisin, des arbres non encore déracinés ou le temps passer. Deux, qu’il fasse jour à l’extérieur du tunnel car la lueur d’espoir, que vous guettez au bout de ce trou horizontal, vient du jour et non pas des ténèbres (Les ténèbres, doit-on encore vous l’expliquer, vous y êtes jusqu’à l’œil !) et, surtout, que quand il fait nuit tous les bourreaux sont gris. Trois, ne pas fermer les yeux ou se les faire bander le long de la traversée du tube caverneux et fixer l’horizon du regard même s’il s’annonce triste car il y a une chose encore plus triste, que le tunnel soit un cul-de-sac.

Le pourquoi de la chose

Maintenons examinons pourquoi vous vous êtes « engagé » dans un tunnel ! Par les temps qui courent, c’est sûr que ce n’est pas par méconnaissance du code de la route.

Soit, vous êtes un militant affamé et râleur puisque ceux qui mangent et ferment leur gueule goutent aussi bien aux délices de la mangeoire qu’à ceux des grands espaces où l’herbe est toujours fraiche et grasse, à condition de reprendre la quadrupédie.

Soit, vous êtes toujours à la recherche de vous-mêmes alors qu’il vous suffit d’examiner votre carte d’identité biométrique « dernier cri » (C’est dire combien les questions identitaires coûtent cher aux Etats) ou de télécharger vos données personnelles cédées gratuitement à Facebook et à ses clones pour vous les « garder » jalousement dans le cloud. Ça fait froid dans le dos !

Soit, vous avez essayé de monter sur l’échelle sociale sans demander aux singes hurleurs d’en haut l’autorisation de revisiter votre passé de primate grimpeur. Vous oubliez, sans doute, que la lutte des classes ce n’est bon que pour les lycéens pour fouetter leur curiosité scientifique et leur donner le goût de la saine compétition.

Soit, vous êtes un spéléologiste fouineur qui s’est trompé de chemin et avez croisé la galerie secrète d’une taupe en mission commandée. Par sa légendaire hospitalité, le mammifère fouisseur, fin limier bien qu’il ne voit pas plus loin que le bout de … son nez, ne peut que vous inviter à faire le tour du propriétaire et, le cas échéant, partager sa myopie.

Le début de la faim

Nous le voyons bien. Mille et une raisons peuvent vous faire immerger dans un tunnel, à votre grand ravissement, pour vous offrir le must des paysages et des fascinations et vous en faire admirer le bout. A vous de choisir celui qui correspond à vôtre peine (Oups! votre séjours, pardon) dans le catalogue disponible dans les boutiques de toute dictature qui se respecte. Sinon, recevez-le par mail, en fournissant votre adresse, celles de vos amis et n’oubliez pas de préciser votre mot de passe !

Question subsidiaire : comment accueillir le bout du tunnel quant il se présente à vous ? Tous les plongeurs en eaux troubles vous le diront. Vous devez respecter les paliers de décompression oculaire. Allez-y mollo avec votre rétine. Ne prenez pas tout en un seul jet lumineux. Comptez une année au minimum après chaque pas vers ce point éclatant qui vous tend ses rais éblouissants. Au besoin, demandez à votre geôlier (Re oups ! Votre guide accompagnateur, re pardon) qu’il vous passe ses lunettes anti-rayonnement culturel. Vu son QI, il ne risque pas d’être irradié sans elles par les ondulations corpusculaires de cette liberté qui vous tend ses bras.

Par contre, si vous sentez que la source de lumière recule à mesure que vous avancez, sachez qu’on vous fait marcher … sur un tapis roulant. Les tapis volants, comme celui d’Aladin, sont réservés aux parrains (ceux qui parrainent, pas les maffiosi) de cette excursion souterraine et à leur progéniture qui, elle, aime plutôt planer dans des paradis artificiels. Résultats des courses à l’aveugle, bien qu’assoiffé de liberté et de lumière, vous resterez sur votre faim.

Et si par malheur…

En tout cas et sans vouloir jouer au rabat-joie, nous vous recommandons d’écarquiller les yeux, de cligner et de vous frotter les paupières si jamais vous sentez que, enfin, vous êtes arrivé au bout du tunnel. Il est plus que probable qu’on vous en fasse miroiter un, bricolé à la hâte avec une fausse lampe d’Aladin (encore lui) et un miroir aux alouettes, spécialisé dans les mirages et les illusions. Ces faussaires incompétents sont capables d’exceller zkara et d’accomplir de vrais miracles pour flouer vos espérances, si longtemps contenues.

Donc, si par malheur vous touchez réellement à la porte de sortie, assurez-vous qu’elle ne donne pas sur … le vide. Nos prestidigitateurs sont capables de tout faire disparaître autour du tunnel rien que pour faire de votre monde un grand … no man’s land.

Abdenour BOUHIREB

(*) : Ce texte est à la mémoire de Saïd MEKBEL, intellectuel algérien assassiné, à Alger, le 03 décembre 1994 par le terrorisme et ses parrains.

Toute ma solidarité avec les militants de toutes les causes justes, emprisonnés, libres ou en sursis.



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