La vraie fable du lièvre et du lynx

Bururu, qui n’en finit pas de changer de perchoir, histoire d’avoir à chaque fois la meilleure vue sur les frasques de la faune et les fresques de la flore, vient de se faire surprendre par un étonnant documentaire animalier, diffusé il y a peu sur ARTE (La chaine intelligente où même les bêtes se sentent bien) qui présente la manière si singulière qu’ont trouvé les lièvres pour survivre à leurs prédateurs attitrés, les lynx.

Pour ceux qui ont fréquenté, bien malgré eux, l’école fondamentale, tout manuel de diraset el wasat qui se respecte vous le dira : pour survivre à son poursuivant, vaut mieux courir plus vite que lui et avoir, comme les céphalopodes, les jambes à son cou. Quitte à se faire pousser des ailes si le scénariste décide de faire durer le plaisir pendant des millions d’années. Mais, attention! Un astéroïde, non prévu au journal météo, peut arrêter la diffusion du film …

Et, étrangement, ce n’est pas à ce procédé, qui pourtant semble salutaire, qu’a décidé de sacrifier notre Bugs Bunny des steppes enneigées. Car, comme le dit souvent Dame évolution, « qui peut le plus peut le moins  ».

Assemblée générale extraordinaire

En effet, devant l’hécatombe (Bururu ne sait pas si le mot est approprié puisque, à l’origine, Hécatombe signifiait chez les Grecs sacrifier cent bœufs) que provoquait ce gros chat plus mortel que Socrate au grand dam du paralogisme (Re bienvenue chez les Grecs), la communauté de lapins sauvages sautilleurs et gambadant hors des sentiers battus n’a pas trouvé mieux que de sonner le tocsin pour rameuter la tribu lors d’une assemblée générale extraordinaire.

Après des palabres dignes des agoras de nos lointains cousins Grecs, durant lesquels les lièvres rongeaient leur frein (forcément puisqu’ils n’appartiennent pas à la famille des rongeurs) et s’impatientaient de connaître, enfin, par quel miracle allaient-ils vaincre leurs persécuteurs, qui, eux, auraient mieux fait de se repaitre de vrais rongeurs autrement plus accessibles et, peut-être, moins futés, il a été décidé que, désormais, le lapin des champs devait maigrir sans délais et sans passer par les stupides programmes amincissants diffusés l’après-midi sur les chaines alimentaires.

Ce n’est qu’après avoir dégraissé le mammouth (ce n’est qu’une image puisque cet ancêtre de l’éléphant qui, à son âge, avait oublié de s’épiler, avait sombré dans l’âge de glace) qu’il sera question de passer à la seconde étape du plan machiavélique concocté de derrière les buissons : décréter la stérilité générale.

« Qui veut grossir n’a qu’à maigrir !  » (win yevghan ad yuzur yirqiq !)

Ainsi mis en œuvre, ce stratagème déconcertant, qui frise le suicide collectif à première vue, se révéla d’une redoutable efficacité contre les lynx, surpris par tant de génie aux grandes oreilles ! (Interdiction de penser au bonnet d’âne malgré toutes les apparences).

Au fil des saisons, le lynx ne put capturer que de maigres (au sens propre et figuré) proies, celles-ci ayant perdu plus du tiers de leurs poids, et dont le nombre s’est réduit en peau de chagrin (ce qui ne dit pas ce qu’on fit des forures de lièvres qui s’étaient empilées dans la forêt).

Pris au piège de la dèche gastronomique, le lynx dû courir plus loin, élargir son terrain de chasse, s’épuiser à jouer au chat et à la souris avec le lièvre, parmi les herbes folles et manger moins souvent comme au temps des vaches maigres (qui, comme vous le savez, portent une peau de vache donc pas bonne pour l’industrie des manteaux d’apparat).

« Tel est pris celui qui croyait prendre »

Durant ces saisons de disette, le lynx à son tour, comme vaincu par un sort que lui aurait jeté le lièvre (d’où la patte de lapin qui porte bonheur, exceptés aux superstitieux) se mit à fondre comme neige au soleil, et vit ses semblables se faire décimer par la faim (et connut donc une fin atroce).

Le lièvre, ainsi devenu plus petit et moins prolifique (contrairement à son lointain cousin domestique qui, lui, garde sa légendaire réputation de fornicateur invétéré et à la descendance innombrable), se remit à renaitre de ses cendres et vit sa communauté s’agrandir en quantité et en qualité, à présent que son prédateur s’est fait « prédaté » par sa proie.

En attendant que la communauté des biologistes retirent le voile sur le procédé par lequel un lapin, même sauvage, peut ordonner à son corps de rapetisser et, plus étonnant, à pratiquer la castration de groupe (fort heureusement réversible), notons qu’en recourant à cette stratégie de l’échec, la chose se révéla une vraie réussite. Est-ce pour cette raison que Bugs Benny n’a jamais été capturé par Porky Pig (le cochon chasseur) dans tous les Looney Tunes que Bururu a dû visionner pour écrire cette chronique ?

Abdenour BOUHIREB



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