Que masque la pandémie ?

Depuis bientôt une année, les vagues se succèdent mais ne se ressemblent pas. Nos esprits sont battus par le sac et le ressac de l’actualité et les évènements se jouent de notre santé et de nos nerfs. N’était-ce les centaines de milliers de morts, la chose porterait à rire (ou à pleurer, tout dépend de quel côté du masque on se situe.)

La pandémie, qui fauche quotidiennement des vies humaine par milliers et fait pousser des histogrammes en variant les courbes des statisticiens et épidémiologistes, tout en arrachant les derniers cheveux des têtes des gouvernants, au risque de leur faire tomber leurs couronnes chancelantes, est née, paraît-il (mais il ne faut pas croire ce qu’on dit à la télé) d’une faune qui a juré notre perte. Il faut croire que la biodiversité est décidée à faire sauter le maillon humain de la chaine alimentaire, car trop vaniteux et arrogant. Une sorte d’amputation taxonomique. Ceci pour le côté cour.

Pour le côté jardin, force est de constater que la mesure la plus largement adoptée sur « Terre » est le port de masque ! Les plus grandes démocraties comme les plus sordides régimes totalitaires n’ont d’yeux que pour ce bout de tissu à la forme hémisphérique qu’on plaque sur le visage pour se prémunir d’un rayonnement viral planétaire.

Quelle planche de salut ?

Du haut de leurs miradors, les préposés à l’observation de notre décrépitude sociétale notent avec raison que l’on est en présence d’une nouvelle attitude qui brouille l’identité sociale assise sur la transparence, l’altérité et l’empathie. Les plus fous, sans avoir tort, se rappellent les débats éculés ou en cours sur le port du voile dans l’espace public. Et la polémique s’enflamme sur les questions de fond et de forme, sur la nature et les motivations de nos actes et sur l’esprit de nos lois, le contexte déterminant le sens des choses.

Pour ne pas s’arrêter en si bon chemin, disons que le port du masque (salué comme la panacée par les uns et décrié comme un diable civil par les autres) est accompagné par des mesures drastiques et non moins antisociales où les espaces sont métrés, les volumes stérés et les regroupements quantifiés comme des lentilles au temps de la famine.

Chacun y va de sa stratégie qui relève, le plus souvent, de l’esquive et de la tactique « renardesque » : Dépiste et teste qui peut et confinement pour tout le monde. Et les hôpitaux suffoquent.

A force de débrailler de manière intempestive, les économies (pour les pays qui en ont encore) grincent et les lendemains s’assombrissent depuis le printemps dernier. Une chose est néanmoins sûre, la récession survivra à cette vermine à couronne !

L’humanité rentre de plain-pied dans la polémique et les chamaillades, faisant voler en éclat le peu de consensus social naufragé de la Guerre froide. Le mur se lézarde et la bâtisse s’effrite comme sous les coups de boutoirs des luttes tectoniques, sourdes mais désastreuses. Les lignes de failles idéologiques menacent le devenir de l’humanité.

Névrose thérapeutique

Pour preuve, l’auguste Organisation Mondiale pour la Santé se noie dans ses névroses thérapeutiques : un jour c’est la chloroquine qui ravit son cœur, un autre elle n’a d’yeux que pour les antiviraux, un jour le ton est prévenant, un autre menaçant, etc.

Les échos de ces déchirures éclaboussent les colonnes de la presse qui rend compte, avec peine et sans grand succès, des subtilités des débats engagés. Ceci à telle enseigne que même les canards les plus boiteux, les feuilles de choux friandes des scandales et des drames nauséeux relaient des esclandres portant sur l’épistémologie, la démarche scientifique et les procédures d’homologation et de mise sur le marché d’un médicament. Assurément, les vaches ne sont pas bien gardées, au bonheur des loups affamés.

Pendant ce temps-là, s’organise une ruée vers l’or nouveau ! La course au vaccin et contre la montre déchaine les passions et délie les bourses de la commande publique. Pour une fois, sauver la planète peut rapporter gros. Très gros, même. Qui a parlé de l’extinction des espèces sonnantes et trébuchantes ?

Le quidam, le chef d’équipe, le directeur d’école et l’entrepreneur sont englués à déchiffrer les alinéas des « protocoles sanitaires » cousus main, à organiser la distanciation sociale, véritable camisole idéologique et anti-habitudes et les gestes antisociaux, mais assurément salutaires.

Nouvelle pandémie, vielles recettes!

Le tableau est sombre pour certains mais parfaitement lisible pour d’autres. Ces derniers y voient les signes d’une vieille recette de conspiration antique et séculaire qui vise à maintenir le peuple dans l’arriération et accroitre les privilèges des plus nantis. Selon eux, les masques sont tombés sur les complots passés et à venir. Et ne dit-on pas que ce n’est pas parce qu’un paranoïaque dit qu’il est suivi qu’il ne l’est pas !

Par de-là les aspects sanitaires de cette pandémie, d’autres sociétés pourtant plus aguerries et parce qu’elles sont vaccinées contre les totalitarismes voient dans ce tumulte des enjeux sociétaux, de démocratie et de liberté.

Ici et là, la rue gronde, la protestation s’organise, la répression aussi. Ces peuples voient dans les tours de vis sécuritaires et réglementaires de la vie sociale un essaimage de la dictature en projet et une remise en cause de la souveraineté populaire.

Ainsi, jamais les concepts de légitimité, légalité et droit n’ont été opposés les uns aux autres et vidés de leur sens, pour vider la démocratie de son sang.

Et pendant ce temps, les guerres, les conquêtes et les reconquêtes des territoires continuent à vider des pays de leurs populations. Le tout à l’ombre de la pandémie.

Abdenour BOUHIREB



Leçon d’histoire/géo: la quarantaine

Jamais un mot n’a su réunir l’espace et le temps en un seul carrefour comme le fait la « quarantaine ». Et, ce, depuis des millénaires, autant que la mémoire de l’humanité en a gardé traces. A la fois polysémique et ambigu, le substantif « quarantaine » nous plonge dans la perplexité sémantique et dans l’effroi civilisationnel.

En effet, ce vocable qui donne froid dans le dos, construit comme un scalpel physico-social pour trancher, dans un élan schismatique, l’objet qu’on lui soumet sous le nez, a, in fine, réussi à réunir à chaque fois, et paradoxalement, deux notions sur lesquelles est bâtie notre civilisation : l’histoire et la géographie.

Depuis que l’humain s’est pris au jeu du docteur et de l’infirmière, on ne sait comment sinon par sérendipité, il a su trouver ce procéder qui, selon le Larousse en ligne, consiste à « imposer un isolement provisoire de durée variable aux personnes, aux navires ou aux animaux et aux marchandises provenant d’un pays infecté par une maladie contagieuse.» Pour ceux qui veulent garder leur sérieux, je leur recommande la lecture enrichissante de l’entrée « Quarantaine » sur Wikipédia, la seule encyclopédie qui vous veut du bien.

Mais, rassurez-vous, Bururu se propose de démêler, devant vous, l’épineuse question de ce mot écrit en fil barbelé. Ce qui n’a pas empêché les sens de sautiller par-delà les murets comme des cabris refusant de rester dans l’enclos en bois et cédant à l’appel des grands espaces.

L’espace et le temps

A présent qu’on a compris que la quarantaine vise à séparer un élément de son ensemble d’origine pour que celui-là ne contamine pas celui-ci, nous pouvons aisément noter que la découverte de cette méthode, à la limite de l’embastillement, a eu ceci de particulier :

-         Elle repose sur le temps (l’histoire) puisque cette séparation est souvent réalisée avec un compte à rebours de l’ordre de 40 jours ;

-         Elle consiste à convoquer l’espace (la géographie) puisque on essaie de mettre le mis en quarantaine le plus loin physiquement de ses congénères.

Nous voyons, donc, que la quarantaine avance sur ses deux pieds (l’histoire et la géographie) pour empêcher que la civilisation ne stationne à la case « pandémie » pour de bon. Et nul territoire et nul siècle n’ont été épargnés par l’une et l’autre.

Partout et de de tout temps, des individus et des populations, soupçonnés de porter les germes d’une quelconque maladie infectieuse (biologique ou culturelle), ont été confinés dans des sanctuaires ad-hoc ou dont ce fut la vocation, avec pour consigne de ne point se mêler au reste de la communauté. Les espaces d’isolement étaient au choix : des îles perdues, des terrains vagues, des massifs boisés, des fermes réquisitionnées, des friches industrielles ouvertes aux quatre vents, des bâtiments sanitaires et même des hospices religieux.

Quarante jours, ça dure combien déjà ?     

Jusque-là, tout le monde est d’accord que mettre en quarantaine quelqu’un ou quelque chose (faune et flore), c’est le confiner quelque part pour un temps. Mais si les origines de ce procédé sanitaire nous replonge dans l’antiquité et l’époque médiévale, il (le procédé) n’en demeure pas moins qu’il porte encore des consonances mystico-religieuses qui troublent notre enquête et rendent nos calculs approximatifs.

La tradition rappelle que le jeûne (une forme spirituelle et physique d’isolement) durait quarante jours, la traversée du désert (quête spirituelle en forme d’isolement) durait, elle aussi, 40 jours et même les voleurs d’Ali Baba dans les Mille est une nuits, étaient 40 !

A la foi de ce qui précède, nous sommes portés à croire que la quarantaine, comme son nom l’indique, devait durer 40 jours, pas une nuit de plus, car, en la matière, pas moyen de cumuler des points fidélité comme le propose la plupart des grandes chaines hôtelières. Mais l’histoire et la géographie nous démontrent que cette notion est à géométrie variable.

Par des glissements successifs et par la nécessité de rendre flexible la démarche médicale et la pensée de l’Homme, ces quarante jours deviennent, au bon gré du prescripteur ou de celui qui détient le pouvoir de police entre ses mains, 60 jours, un mois et même deux semaines !

L’empire des sens

Au moment où ces lignes s’écrivent, un pays est arrivé à compresser ces 40 jours dans une semaine dans une sorte de réduction spatio-temporaire. Cela rappelle la théorie de la relativité qui promet de remplir la tête d’une épingle par ce que le cosmos contient comme matière.

Question 01 : celui qui tient l’épingle entre ses doigts fait-il parti du cosmos ou est-il un figurant bien rémunéré ?

Question 02 : l’épingle, à son tour, est-elle incluse dans le cosmos ?

Question 03: une fois la réduction faite, que doit-on faire de cette épingle ?

Bref, vous l’auriez compris, il n’y a pas que la quarantaine qui pose problème.

Pour revenir au sens des mots et à l’empire que ceux-ci exercent sur nos pensées et, donc, nos cultures, rappelons que la quarantaine, en plus d’être une plante à la fleur vivace et une quantité de chose avoisinant quarante unités, elle délimite l’âge où l’humain connaît une véritable dépression et une crise existentielle se manifestant par une radicale remise en cause de son CV intime. Cette crise peut durer de quelques mois à quelques années, selon les témoignages et les constats.

Pour finir, disons que la maladie infectieuse n’est pas le seul motif d’une quarantaine ! Pour cela, faisons confiance à l’humain qui, dans son grand génie, a créé les bagnes, les asiles, les prisons, les camps et les cachots où il confine ce qu’il n’a pas su prévenir ou soigner.

Généreux par nature, il a même créé les zoos, les niches et les cages pour faire gouter aux animaux les joies de la captivité.

Abdenour BOUHIREB



Pseudonymes de tous les pays démasquez-vous !

Pas question de se faire gronder par le garde champêtre en charge de tout ce qui touche aux canards à plumes. Il parait qu’il a piqué une de ces colères si noires que le ciel s’est obscurci, intimant l’ordre à tous les pseudonymes de la presse de se démasquer, toute affaire cessante.

Non ! Pas se démasquer au sens de retirer la protection qu’on porte sur le visage contre la COVID-19 par ces temps de pandémie, mais de ne plus signer leurs papiers avec des identifiants d’emprunts, factices ou des initiales, voire sans signature du tout, style dépêche d’agence de presse.

Il veut savoir qui a écrit quoi en prenant son café matinal sans à voir à le demander aux limiers de sa majesté qui, eux, ont le devoir de garder leur noms d’artistes en toute circonstance, ni de devoir renvoyer l’ascenseur à un délateur attitré, plumitif larbin qui épie et balance ses confrères. Le garde champêtre n’a jamais recours à ce type de larrons car il n’est ni trappeur ni braconnier.

Appelez-moi Bururu !

Que cela soit précisé dès à présent : Le Bururu qui sévit dans ces chroniques porte bel et bien ce nom. Tout le monde l’appelle ainsi et pas autrement. Il n’a ni nom ni prénom mais juste cet alias. Il n’a pas la chance de s’appeler Bururu le hibou, ou Bururu la chouette, comme on appellerait Shaun le mouton ou Willy l’ourson.

Hélas, il s’est retrouvé dans ces chroniques sans jamais avoir passé la moindre des castings ou des auditions (pour le métier d’acteur et pas celles des juge d’instruction ou de la police judiciaire).

Encore, il n’est ni journaliste, ni reporter ni envoyé spécial d’aucun organe de presse. Son métier c’est insomniaque noctambule chronique pour lequel il ne perçoit aucun salaire ni émolument, contrairement au vrai journaliste qui, lui, ne vit que des revenus exclusifs de son métier de rédacteur. Qu’il soit détenteur d’une carte de presse établie par l’Etat ou d’un compte Facebook seulement, cela importe peu. L’essentiel est qu’il ne vive que de son activité consistant à récolter l’information, la vérifier et la diffuser. Le reste n’est que question d’organisation dans des formes que la corporation décide de se donner.

Si vous retirez à Bururu toutes ses plumes à la recherche du moindre indice qui trahirait son passé de journaliste anonyme, vous en serez déçu. Il paraitra nu comme un ver : ni tatouage artistique véhément hérité de ses années anarchistes, ni cicatrices témoignant de ses hauts faits d’armes de maoïste révolutionnaire. Rien ! Juste un Bururu à la chair de poule, transi en cet été finissant.

« Pseudonymat » et pseudo-journalisme

Puis, quelle mouche aurait piqué notre garde champêtre national pour qu’il exigeât l’arrêt de recourir, par lubie ou scrupule, aux pseudonymes ? C’est pourtant un usage admis dans tous les pays qui ne sont pas des dictatures militaires ou des théocraties obscures, dans le monde des médias comme dans celui des Arts et des Lettres.

On ne va pas faire injure au lecteur d’en donner, ici, des illustrations. Wikipédia et les fiches des RG regorgent d’exemples de plumes aimant à se voiler dans des alias très recherchés et que tout le monde finissait par déchiffrer et reconnaître.

Les noms d’oiseaux ne sont pas du ressort du garde champêtre mais de celui des ornithologues passionnés. Lui, il est là pour appliquer la loi contre les contrevenants et protéger l’écosystème, véritable pourvoyeur de vie à tous les échelons de la chaine alimentaire.

Pour l’heure, on ne sache pas que l’utilisation d’un pseudonyme soit un délit. Quant à la responsabilité du rédacteur devant la justice, elle reste entière avec ou sans anonymat, celle de son directeur de publication aussi. La justice a tout pouvoir pour querir le journaliste faussaire et lui mettre le bec dans l’écuelle de ses errements professionnels.

Et si cela ne convient pas au prince, on n’a qu’à faire changer la loi.

Moraliser un métier ou une profession doit rester l’affaire des professionnels eux-mêmes et non leur tomber du ciel comme une météorite qui, cette fois-ci, déciderait d’en finir avec les canards. La corporation visée a besoin d’un libre accès aux sources de l’information publique, d’un statut qui lui garantit sa dignité, d’aides pour une libre entreprise et une formation continue de qualité, d’une éducation large du public/lecteur sur l’importance vitale des médias dans une démocratie, de leviers pour organiser la déontologie et l’éthique en son sein et d’une justice prenant le relais à chacune de ses révélations sur la gestion des affaires publiques.

La presse devra, surtout, être prémunie des accointances avec le monde des affaires, des chapelles politiques et idéologiques, des menaces du crime organisé, des diktats divers et variés, de l’omerta, de la censure et de l’autocensure. Ce qui est loin d’être le cas même dans les pays les plus développés, vue la portée quasi-naturelle du bipède à vouloir tout piétiner, imposant sa volonté crasse.

L’ambulance et le reporter blessé

Il est vrai que, entre pouvoirs publics et journalistes, il semble s’être instaurée une relation dialectique. Mais s’ils doivent se faire la guerre, autant clarifier les règles d’engagement dans ce conflit asymétrique à plus d’un titre: On ne tire pas sur une ambulance, surtout si celle-ci transporte un reporter blessé.

Quitte à vouloir organiser verticalement le métier, commençons par le secteur public pour sa valeur test et ses effets pédagogiques et sa dépendance hiérarchique du garde champêtre. Doit-on rappeler que le sacerdoce de toute plume, ce n’est pas de signer ou pas en bas de la feuille mais de vérifier la véracité de l’information qu’on s’apprête à balancer?

En ce sens, le dernier épisode, qui mit en cause l’agence de presse officielle, fut édifiant. Celle-ci a diffusé une information traitant de la situation des droits de l’Homme dans le pays. Une sorte de cake-news dont on raffole en haut-lieu. Cette information s’avéra fausse du point de vue de l’organisation onusienne impliquée par le sujet de la dépêche en question. Elle l’a démentie tout en demandant que rectification soit faite.

En l’espèce, et sans aller jusqu’à judiciariser les choses, le démenti, la mise au point, le mea-culpa et le rectificatif en bonne et due forme restent des moyens civilisés et pacifiés pour réparer un tant soit peu les contrecoups du journalisme.

Car, à la longue, comme le dit Bururu, l’intox devient la maladie auto-immune de tout organe de propagande.

Abdenour BOUHIREB



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