Le saigneur des agneaux

Contrairement à ce que son nom n’indique pas, le saigneur des agneaux n’est pas un roi, ni un quelconque souverain. Ce n’est pas non plus le titre d’un péplum DZ en trois opus, retraçant le parcours du Raïs victorieux sur les forces du mal.

Il n’est pas aussi un berger ou plus poétiquement un pâtre. Donc ni flute qui chante ni réponse à la bergère qui languit dans le pré en attendant son amoureux par jour pré-printanier. Au passage, honte à lui de lui poser un lapin en ce 8 mars…ma3lic!

Le saigneur dont il est question ici, est par définition celui qui fait saigner. Et comme depuis Moïse, l’humanité a élu au poste de victime expiatoire nos sauveurs les agneaux, donc, celui qui perd son sang dans l’histoire c’est le fils du bélier et non de l’adorateur du Dieu capricieux. Et n’allez pas me sortir l’argument des vertus thérapeutiques de la saignée, sinon c’est le TPI dirict.

Bon, résumons-nous : on a un couteau, une gorge est une âme qui bêle de stupeur pour un casting plein de fausses notes. Yerna pas de machine-arrière.

Vous allez me dire où est Bururu dans cette histoire qui hoquette ? Bururu a fini cette semaine de démanger en quittant son vieux perchoir pour s’installer dans une autre branche d’où il pourra veiller à sa nichée. Bref, le reste relève de la vie privée alors oust, circulez, il n’y a rien à voir.

Pas la peine de faire dans la génuflexion, ni dans la nostalgie car comme dit l’adage, la superstition porte malheur. Hahahah.

Ihi ya el khawa, ce saigneur ne fait que perpétuer la prescription divine qui recommande de substituer le mouton à l’enfant omettant de préciser que l’agneau dont il est question est lui-même le fils de quelqu’un et de quelqu’une, unis par les liens sacrés (et sacrifiés) de la copulation animale.

Au soir venu, la maman offre le sein à son rejeton sauvé de la providence par ange interposé alors que la brebis larmoie au sang, maudissant un sort qui s’est écrit en lettres écarlates sur l’étoffe de son agneau. Pas la peine que je vous précise avec quoi essuie-t-on l’arme du crime !

Bref, après un tel crève-cœur, Bururu a l’estomac tout retourné et n’a qu’une idée, éteindre la lumière et faire plonger le monde dans le noir. Mais tout compte fait, pourquoi le ferait-t-il ? L’humanité n’a-t-elle pas déjà plongé corps et âme dans l’obscurantisme ?

Dès lors, pour parler comme un orateur, cette humanité qui se gargarisait tant d’humanisme inventa les sépultures, les totems et les odes aux morts pour se donner bonne conscience sur un tas de cadavres d’ovins fumants. Ou, le nec plus ultra, s’attabler en festoyant autour d’un méchoui doré au feux des guerres.

Bururu qui en est à sa sixième bière entend encore le grand Jacky qui lança jadis ces mots glaçants :

C´est trop facile quand les guerres sont finies / D´aller gueuler que c´était la dernière

Amis bourgeois vous me faites envie / Vous ne voyez donc point vos cimetières.

Suite à un tel développement mystico-biblico-lyrique et en guise de chute brutale, il est aisé pour vous chers lecteurs de deviner qui se cache derrière le masque de Zorro le saigneur et de mettre un nom sur les os brisés des agneaux qui marchent en file indienne vers les cieux, quémander une place au paradis, à l’abri des lames et des flammes. Une place près du Grand Ordonnateur Sacrificiel. A-wer nekker !

Moralité, on est tous l’agneau de quelqu’un et n’oubliez pas de vous essuyer les pieds en partant.

Abdenour BOUHIREB



Le polymorphisme de la connerie

Cette fois-ci, Bururu veut parler d’une espèce de bestiaux bien particulière car adepte du polymorphisme. Pour une fois, il ne s’agirait pas de volailles mais de gorilles. Et rien ne vous empêchera de traiter ces orang-outangs de tous les noms d’oiseaux. Mais chaque chose en son temps.

Vous me direz que ce sujet ne nous éloigne pas des primates que nous sommes en soulignant d’un marqueur fluo notre généalogie germaine. Assurément, mais chacun son métier et les vaches seront bien gardées. Et ça tombe bien puisqu’il sera question de chiens de garde. Peff, je ne sais plus, entre le klébar et le simien, l’homme se retrouve dans une drôle de bergerie sur laquelle veillent nos amis les loups.

Ainsi donc, les crapules que Bururu soumet à l’analyse de son stéthoscope astigmate et satirique cette fois sont une vermine dotée de grandes qualités immorales et surtout physiques. Après, il faudra penser à jeter tout ça dans un incinérateur de peur d’une contamination.

Aussi malin qu’un pois chiche, ce “zindividu” a l’aptitude héritée de ses ancêtres caméléons à se muer en toute espèce qu’il voit: Il peut se travestir un jour en médecin, l’autre en architecte, puis en avocat ou en maçon, etc. Et vous pouvez visiter tous les corps de métiers, y compris celui des professeurs auquel appartient votre serviteur hurluberlu, au fond de sa cervelle de moineau, notre vermine à pattes reste un videur chargé de ne pas réfléchir lorsque le maitre qui tient la bourse lui indique la cible à démolir.

Non, il ne veut pas être soldat ou sapeur-pompier. L’héroïsme c’est pour les autres. Ni même aventurier ou montreur d’ours, faut pas déconner quand même, hé ! Même pas mercenaire, tant cela exigerait de lui de faire montre d’un certain art. Non, le malabar dont il est question ici est juste un gros bras qui, pour prendre du muscle, n’hésite pas à bouffer de son propre cerveau. Et son dada c’est d’être le toutou de son maitre.

Il y a parmi eux le dépravé qui consent une débauche d’énergie pour servir le nabab du stupre, il y a aussi le conservateur (et le con-serviteur), de la famille des intégristes tautologiques et irrémédiables qui sert lui aussi d’autres dieux assoiffés de sang et de houris. Il y a surtout ceux qui en dobermans éclairés se sont installés à leur propre compte à rebours et qui finiront par recréer le cercle vicieux à force de se mordre la queue.

Sur ses larges épaules, il est écrit « larbin à vendre ». Il essaye, sa vie durant, à fédérer les connards de son espèce pour freiner l’élan libérateur des bonnes âmes ou pervertir les solidarités construites par la raison et la sueur. Tout ça par amour du non changement.

Ils sont de tous les complots, de toutes les conjurations et de toutes les traitrises, pour vue qu’ils puissent exercer leur vélocité « connerique ». Une forme ça se maintient à coup de cassage de gueule sociale et culturelle.

Les victimes de choix de ces cerbères mono-céphales sont les progressistes, les libres penseurs, les activistes émancipateurs, les artistes et les sages. Vous les trouverez la nuit à tricoter des traquenards avec leurs semblables et à frétiller de la queue rien qu’à l’idée de répandre le sang des idées novatrices.

A chaque méfait, ils signent leur œuvre comme on marque son territoire par les odeurs, en déposant sur la scène de leur crime leur carte de visite. A la rubrique « métier », il est écrit : « je ne suis pas né conard mais j’ai pris de cours ».

C’est sur ces vers primitifs que s’appuie toute tyrannie naissante, bien portante ou finissante. Il leur arrive même de s’autosaisir de certaines affaires sans que leur maitre n’ait à leur en donner l’ordre car la vue des choses belles les révulse et l’idée de souiller la liberté les excite.

Depuis la nuit des temps où les chiens n’aboient pas à nos jours sans aurore, ils ont brisé des révolutions, cassé des destins, ramolli des certitudes et retardé des guérisons. Ils ont fait pleuré des peuples et détourné des victoires. Ils ont vendu des secrets et éventé des mystères. Ils ont détruit des chefs-d’œuvre et compromis des découvertes.

C’est pour cette raison que Dame Evolution que dieu ait son âme a fermé la porte sur leur groin de porcs, et depuis ils sont restés macaques alors que leurs cousins sont devenus humains.

Mais, n’oublions jamais que les seconds sont encore plus coupables et dangereux que les premiers …

Abdenour BOUHIREB



La révolte du coucou

Bururu est tout circonspect et honteux. Il a raté avec vous son rendez-vous de la semaine écoulée. Ce n’est pas dans ses habitudes, mais bon. Bururu avait eu fort à faire dans la basse-cour où il occupait, jusque-là, le poste éminemment stratégique de gardien de parking. Et pour cause, de drôles d’emplumés avaient déclenché une guerre civile au sein du poulailler. Terrible même cela n’est pas encore la révolution.

Et, figurez-vous que cette révolte avait été conduite par un … coucou, connu pour être un rapace raté, un ramasseur d’asticots et un pique-assiette des volières de seconde zone. C’est dire que les temps ont bien changé.

Quelle fut grande la surprise de votre serviteur en voyant, depuis son perchoir, un blanc-bec haranguer les foules et exiger qu’il soit investi roi des bécasses ad vitam aeternam, jusqu’à ce que mort s’en suive!

Les pauvres cailles transies de froid étaient subjuguées par le lyrisme charmeur de cette pie voleuse qui lorgnait les fonds de bouteilles dans les mangeoires et bavait d’envie d’y glisser sa … caroncule fétide. Comme disent nos grands-mères, à défaut de grives on mange des merles. Un coucou, tu penses !

Ruh ya zman, adji ya zman … un quart d’heure après, Bururu avait convoqué une assemblée constituante (enfin, vous comprendrez plus loin qu’il s’agissait surtout d’une « destituante ») en y invitant tout ce que la savane Nat Tezgi comptait comme porteurs de bec, gallinacées, échassiers et tétrapodes ailés, qu’ils sachent ou non vociférer en période de chaleur. El muhim, des boules de plumes sur pattes quelle que soit leur place dans le casting divin de la Création, y compris les grands aigles du Djurdjura, les condors des Bibans et les rapaces des contreforts de l’Atlas tellien.

N’allez tout de même pas penser qu’il était exigé à l’entrée pour ces créatures ovipares de pondre des œufs d’or pour prétendre prendre place au sein de ce cénacle d’emplumés car chez eux il n’existe pas encore d’article 120!

Bon, après avoir pu ramener un silence de mort au sein de la communauté, Bururu avait soumis au vote à main levée le projet d’Ordre du jour. Un vrai double dilemme pour lui, meskin. Un : aucun oiseau ne peut voter à main levée étant donné que la nature avait omis de lui en fournir, lui fourguant à la place une paire d’ailes dont se passerait même un pingouin des hauts marécages kabyles. Deux : Comment parler d’ordre du jour pour un hibou qui naturellement ne vit que la nuit. C’est ce que les anciens du département des sciences exactes de Oued-Aïssi appellent la quadrature du cercle polaire.

Ma3lic, en revenant sur les drames biologiques occasionnés par la théorie de l’évolution sur les espèces anthropoïdes endémiques, Bururu avait promis à cet aréopage de porteurs de plumes de soumettre leur réclamation au service après-vente de la Création pour corriger ces deux énormes erreurs techniques et de conception dans leur prochaine livraison. Dont acte.

Une fois le calme revenu, Bururu avait fait adopter et l’ordre du jour et le bilan thermique de cette chamaillerie. Puis, prenant l’air majestueux, il racla sa gorge détruite par des hectolitres de sirop éthylique et annonça devant les oies médusées sa décision irrévocable de quitter son poste de gardien de parking sine die.

Pas la peine de vous narrer les hourras réjouis pour certains et attristés pour d’autres, que cette annonce fracassante n’avait pas manqué de faire éclore au sein de ces volailles.

Sommé de s’en expliquer, Bururu avait sorti un argument massue (du nom du Général qui avait créé cette masse de ferraille accrochée à une poignée en bois et avec laquelle on attendrit les magrets de canard) : « désormais, je refuse d’assumer ce rôle de gardien de parking depuis que j’ai découvert que je ne suis pas un rottweiler mais un hibou. Point bar !!!», (Vous avez bien lu : bar et non barre. NDR), leur lança-t-il.

Pris de pique-nique, oups non de panique, le coucou du haut de ses barricades encore fumantes, s’était lancé comme une frégate piquant sur une daurade dodue et dépressive de la méditerranée, et s’installa sur le tabouret maintenant vide et délaissé par Bururu.

S’en suit une bagarre générale entre les pondeuses d’œufs sur le partage du pouvoir. Le fracas des corps à corps retentit dans tous les coins du bled Mikey et l’on dénombra, au soir venu, trois becs démolis, deux pattes de pigeons voyageurs écrabouillés, des plumes par tonnes et quelques calottes sanguinolentes.

Heureusement que dans les parages, nageant entre deux courants d’air ascendants, une patrouille de faucons, commandée par une buse pleine de ruse (ce n’est pas vrai mais ça rime tout de même !!!), les belligérants furent séparés par le mur du son que la connerie humaine traverse allégrement tant sa force intrinsèque est rétive à toute tentative de domestication. (N’essayez pas de lier cette dernière phrase au reste du texte, vous risquerez le tournis sémantique).

A noter que le coucou avait été aussitôt banni de la ménagerie et condamné à faire mouvoir entre deux collines oubliées un œuf d’autruche tel Sisyphe dans l’ancien temps. Depuis, on le désigna du nom Si Zypht, pour rappeler la noirceur de ses desseins.

Depuis, la vie autre fois bruyante dans la basse-cour avait été mise en sourdine, promesse de longues nuits sereines et paisibles pour Bururu qui se dit que décidément il n’avait rien à partager avec ces indignes descendants du Dieu Amon. Amen !!!

Abdenour BOUHIREB



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