Débits de boissons, « fermer pas ouvrir ! »

Par ces jours de canicule et de soif chronique, il est tout de même édifiant et moins désaltérant de constater, la gorge sèche, combien ce contexte de crise sanitaire peut servir de révélateur et de prétexte à des intentions inavouées des gouvernants. Legs des questions non tranchées faute de fil à couper du beurre.

Il en est ainsi de la reprise de l’activité économique, donc productive, en Algérie, en particulier, celle des boissons alcooliques (dont la consommation présente un risque sur la santé.)

Pourtant, en date du 04 juin dernier, l’agence de presse officielle, répercutant un communiqué des services (à eau) du premier ministère, note ceci : « (…) Par ailleurs, le plan de reprise progressive et graduelle à partir du 14 juin 2020 des activités commerciales et économiques dans sa deuxième phase, concernera d’autres activités qui seront identifiées et arrêtées par les pouvoirs publics en fonction de l’évolution de la situation sanitaire et du comportement des usagers. Il s’agit notamment de certaines activités de transport par taxi ainsi que la restauration et les débits de boissons, dont l’organisation sera précisée en temps opportun (…).»

Vous rétorquerez, à raison, qu’il manque un adjectif pour mieux cadrer le propos. C’est compter sans l’apport du syllogisme socratique : tout liquide qui se boit est une … boisson ; le vin se boit. Donc le vin est … une boisson. Il ne manque que le débit qui marche mieux si vous ouvrez les vannes. Et là est tout le drame puisque aucun temps ne semble jamais opportun.

« La virgule m’a tuer« 

Ainsi, débit de boissons, qui rime avec joies bachiques, connaît, comme qui dirait, un goulot d’étranglement. Quid de toute précision sur l’organisation en question, jetant à la marge de la loi, des milliers de points de vente de boissons alcooliques qui, parfois et la porte à demi ouverte, fournissent des consommateurs dans des conditions sanitaires incertaines. Un état de fait qui favorise, surtout, la pratique de la contrebande d’un produit sensible et pourtant fortement réglementé.

Plus récemment, la même agence de presse toujours officielle, presque en trinquant aux succès des services de sécurité, fit état de l’arraisonnement et de la saisie d’un chargement de boissons alcooliques dont on ignore l’origine et la destination. Episode anecdotique mais, en la matière, une bouteille suffit à faire le printemps éthylique.

Question à deux canettes vides ou à deux bouchons de liège: les brasseries battant pavillon algérien ont-elles remis en marche leur chaines d’enfutage ou non ? Si oui, qu’en est-il de leur production ? Pourquoi les points de vente n’ont-ils pas suivi ? Cette activité fait-elle les frais de l’action restrictive que la loi semble donner aux walis et autres invisibles potentats locaux ? Si oui, qu’elle en est la raison sanitaire ou sécuritaire qui justifie ce recours ?

Cela nous replonge dans une ère qu’on pensait révolue où même une virgule pouvait tuer un prisonnier.

Requiem pour un verre vide

Pour les amateurs de bulles pétillantes et « émoussantes » (et au sujet desquelles Bururu recommande la modération), la coupe est pleine, enfin non, elle est à moitié vide. Non, vous l’aurez compris, les robinets sont à sec au propre comme au figuré.

Au sens strict des « process » de production avec ses incidences sanitaires, la filière de boissons alcooliques n’est « ni moins pire ni plus pire« , comme semble le penser l’autorité, que celle de fabrication de soda « obésifiant » ou des jus de fruits sans fruits. A moins de confondre un flacon de gel hydro-alcoolique avec un magnum chambré et heureux de quitter sa cave, ou de siroter une bière à travers le masque FFP2 qu’on aurait oublié de retirer avant, rien ne peut justifier un tel ostracisme qui confine à la prohibition de sinistre mémoire et qui ne dit pas son nom, bien que reconnaissable à son odeur nauséabonde comme du vinaigre.

Cette bouteille que je ne saurais boire !

On conçoit qu’on ne puisse pas, dans l’immédiat, rouvrir les bars-restaurants ni permettre aux clients de s’accouder aux zincs des comptoirs en acajou, propices à la promiscuité et aux échanges vaporeux des postillons qu’aggraverait l’état d’ébriété, mais qu’est-ce qui justifie l’interdiction, non écrite sur l’ardoise du plat du jour, la commercialisation d’alcool pour une consommation privée ? Rien, ou plutôt une chose : la bigoterie non assumée baignant le pays depuis des lustres. Une sorte de « couvrez ce sein que je ne saurais voir « , pour reprendre la réplique proverbiale de Molière.

Autant confier les destinées des libertés individuelles à un Savonarole des temps modernes !

Cette omission signe-t-elle l’incohérence des gouvernants ou est-elle un indice de sa rechute névrotique dans les abîmes du conservatisme rigoriste et moral? Une activité à peine tolérée « du temps des jours de Dieu », comme dirait Feue ma grand-mère qui, elle, préférait le petit-lait au vin (mais ce n’est pas héréditaire, Dieu merci), voilà que le dé-confinement semble offrir l’opportunité idoine pour régler son compte à une industrie florissante, légale et créatrice de richesse.

Si l’autorité derrière cette forfaiture à l’épicurisme venait à souffler dans l’alcootest de la bonne gouvernance, elle perdrait, sur le champ, tous les points de son permis de conduire les affaires publiques avec séjours en cellule de dégrisement.

Au sommet du pic du zénith du summum de l’apogée de la crise Covid-19, on a bien toléré que des partis politiques, en laisse, tiennent leur congrès pour adouber les nouveaux maitres, on a bien autorisé un vassal de province à faire table ouverte lors d’un festin public, mais on rechigne à libérer du confinement des bulles qui ne demandent qu’à pétiller et à rendre le sourire à des visages sous pression et qui commencent à avoir le vin mauvais.

Ce jour viendra. Santé !

Abdenour BOUHIREB



De quoi la source anonyme est-elle le nom ?

Un quotidien qui parait le matin, comme son nom ne l’indique pas puisque il s’appelle « Le Soir », a eu l’ingénieuse idée de nous faire part d’une révolution en cours au sommet de la tour d’avoirs. Oups! d’ivoire.

Et que nous raconte-t-on sur les colonnes crépusculaires de ce canard pourtant matinal ? On y apprend que le roi, l’an de grâce matinée à peine entamé, a décidé que les choses ne devaient plus aller dans le royaume comme elles le faisaient jusque-là, c’est-à-dire remontant comme l’esturgeon le fleuve à contresens. Mais c’est sans compter sur la résistance du château fort pas faite que contre les envahisseurs.

Sans consulter les faiseurs de roi, qui, eux, sont tapis dans l’ombre chinoise qu’est le théâtre du pouvoir, le souverain, pensif au coin du feu, s’est dit, un soir, qu’il était urgent de mettre un coup d’arrêt au statuquo prévalant au sein de sa cour.

Il était temps, les écuries d’Augias méritaient un coup de chiffon après la résiliation, avec fracas, du contrat il y a plus d’une année de l’ancienne compagnie de nettoyage et de siphonage qui passait l’aspirateur même dans les poches intérieures des tenues de travail. Bref.

Et comme avant de prendre un bain, il n’y a rien de mieux que de se brosser les dents avec force gargarismes post-bombance, le roi s’est intéressé, nous dit le canard bavard, aux … cuisines, lieux de tous les plaisirs gourmands, des péchés du ventre et des luttes à couteaux tirés. C’est décidé désormais, tout le monde sera logé à la même enseigne. Exit les places VIP: vizirs comme courtisanes, chevaliers comme palefreniers, écuyers comme domestiques, tout le monde mangera à table, n’y posera pas ses coudes, mastiquera en silence et, surtout, n’oubliera pas de payer sa ration alimentaire, déclarée au fisc au réel.

Une fois le repas terminé, comme il est de bon temps de faire la sieste en se retirant, chacun dans sa loge, le souverain vient de décider qu’il était interdit d’apposer le sceau officiel du royaume sur la cire encore fumante pour sceller les missives personnelles, écrites dans la moiteur des après-midis oisifs et transmises par porteur (comprendre par pigeon ramier qui ne finit pas de ramer), qui pour renouveler son abonnement prépayé, qui pour annuler le rancard du lendemain à sa dulcinée ou vendre sa voiture sur Ouedkniss.

Pronom indéfini mais sûr !

Mais comme Bururu, vous me diriez : d’où est-ce que le canard tient-il cette information sur la révolution en cours ? Aucun troubadour ne s’est proposé de nous en faire la chronique. Pas un medah n’a battu le bavé pour chanter sur tous les toits les édits du roi ! Alors, qu’elle en a été la source ?

Pourquoi chercher midi à quatorze heures, puisque il est déjà minuit quelque part ? Le canard le dit lui-même : il tient ça d’une « source sûre » et pour laquelle il a été assuré un anonymat digne d’un pronom indéfini. Ce serait donc un des garçons d’écurie, trop heureux de pouvoir diner, enfin, aux cotés des gens en armes du château, qui s’est empressé d’en faire la confidence au premier emplumé qu’il a croisé revenant de la cueillette des champignons pour le lunch de 14h00. A moins que ce ne soit, avec des intentions tout à fait opposées, une courtisane aux jupons de soie, horripilée de devoir prêter l’oreille, à l’heure du souper, aux baragouinages des roturiers, rendus par le décret royal trop proches.

Mais dans les deux cas de figure, le roi aurait omis d’interdire à sa cour de divulguer ce qui se dit dans ses appartements ou dernière les murs épais de ses donjons, aux premiers venus de ses sujets. Car cette fonction a un titulaire en la personne du crieur public. Loin de vouloir rester anonyme, il s’identifie auprès de son public qu’il rameute à l’aide d’un tambour ou d’une trompette. Oyez! Oyez!

Cela est vieux comme le monde et est antérieur à l’invention de l’électricité : pour court-circuiter un projet de nature à contrarier ses intérêts indus, rien de mieux que de multiplier les rumeurs, les fuites d’informations non vérifier, alerter tout le monde et forcer le maitre de l’ouvrage à réagir au lieu d’avoir la primeur de l’action.

Cette ruse a un nom, les « intrigues de palais ». De quoi donner l’idée au génie d’Aladin de rester dans sa lampe…

Abdenour BOUHIREB



Oiseau, quelle est ta langue ?

« Ce qui se pense bien s’énonce bien », apprend-on à la bonne école ! L’accent circonflexe est mis, comme un chapeau par jour printanier, sur deux compétences que l’élève se doit de porter à bras le corps, à ce détail près que la seconde révèle la première comme la fumée devrait révéler le feu.

Ceci permet de déduire que toute proposition mal énoncée a été, à la fécondation, mal pensée. Mais l’apprenant a-t-il, pour autant, mérité un zéro pointé à la marge de sa copie ? Rien n’est moins sûr.

Par quel autre moyen, en dehors du graffiti tagué à la dérobade sur un mur d’un quartier lugubre, l’enfant peut-il énoncer correctement sa pensée lorsque : un, personne ne lui demande jamais son avis, deux, il fréquente une école éthiquement et techniquement sinistrée, dans un pays linguistiquement névrosé, sous un système idéologiquement rétrograde, mesurant la liberté de pensée à la pipette et où les prisons sont devenues les antichambres des réseaux sociaux ?

Ce qui a inspiré ces lignes, c’est un énième projet de réforme de l’école, annoncé à cor (à tort ?) et à cri par le canard (à défaut de canal) officiel, cette semaine. A en juger par la teneur intenable de l’exergue en tête d’article, les choses s’annoncent édifiantes : « Le ministère de l’Education nationale a dévoilé un projet de réforme du système éducatif à travers des assises de diagnostic et d’évaluation pour l’amorce d’un dialogue national inclusif visant à tracer une feuille de route pour une réforme profonde du secteur. »

Lever le voile sur l’ectoplasme

Mis à part un spécialiste de l’exégèse des langues mortes mais vite enterrées, rares sont ceux capables de saisir ce que n’a pas voulu dire la muse qui a inspiré un tel écrit. D’abord, nous y apprenons que le ministère dévoile, ce qui dénote son intention de mettre un peu de lumière sur un projet qui, comme le vampire, ne doit aucunement faire mumuse avec les photons qui, pourtant, comme toute le monde le sait, ont un poids nul au repos, donc faciles à supporter.

Le projet, ici sans corpus ni mouture comme un ectoplasme sans nom, n’est qu’une intention auto-réalisatrice, relevant ou du sacrilège ou de l’autodéification (ça dépend de quel côté du sabre on se situe), puisque seul le Verbe possède un tel pouvoir.

Le moyen ? Des assises de diagnostic et d’évaluation. Ce qui suppose la mise en place de normes et de standards de portées mondiales dans un pays qui a, jadis, cultivé sous serre le socialisme spécifique.

Cela devrait aboutir à l’ « l’amorce d’un dialogue national inclusif ». Mettons les choses au clair de lune pour ne pas réveiller le comte Dracula : si vous voulez amorcer un dialogue avec quelqu’un c’est en raison de l’absence originelle de tout contact relationnel entre vous deux. Alors, soit le dialogue n’a jamais eu lieu, soit il n’a jamais été national (voir régional ou local), soit il a été exclusif, autant dire sectaire.

Une démarche aboutirait à tracer une feuille de route. Une montagne qui accouche d’une souris. Pourtant, il existe sur le marché, dans le plus petit bureau-tabac et en vente libre sans ordonnance du papier ministre adéquat pour ce type de projet, des tables traçantes ou imprimantes plotters très bon marché et, même, du papier millimétré d’excellente facture. Pourquoi alors tant de fatras pour tracer une feuille de route, à moins que celle-ci ne mène au nirvana, rien ne justifie pareille débauche d’énergie.

Vite, appelez le dico !

Le fin mot de l’histoire, c’est une réforme profonde du secteur. Passons sur la réforme profonde qui, diplomatiquement, annonce un toilettage onéreux mais superficiel de type pompes funèbres sur macchabé fortuné, et attardons-nous sur le mot « secteur ». Là, nous levons un lièvre de la taille d’un kangourou éléphantesque.

Interrogeons, dardar, le dictionnaire numérique Le Littré : « Terme de géométrie. La surface du cercle comprise entre un arc et les deux rayons menés aux extrémités de l’arc. (…) »

Ce qui, en décodé, signifie une portion de formage ou de tarte à même de sauver de son inanition notre pauvre souris née un peu plus haut.

Il ne s’agit, donc, que de passer l’essuie-tout sur le secteur dans sa dimension administrative, autant dire une vision réductrice ciblant le ministère, au sens des sciences administratives, au lieu de s’attaquer à l’institution au sens de l’anthropologie. Si « la carte n’est pas le territoire », le secteur ne serait pas l’école.

Pour résumer, disons qu’en application des préceptes apocryphes de la téléologie (qui n’est pas l’art de la télévision !), il a été, jusque-là, question de courir sur une jambe quatre lièvres à la fois, comme mettre autant de poupées russes l’une dans l’autre dans un ordre inversé à la longueur de leurs jupes écossaises. Le ministère vise par son projet :

-      la réforme du système éducatif (intention politique/stratégique louable) ;

-      des assises de diagnostic et d’évaluation (actes réalisés sur sa chaise consistant à critiquer la proposition du voisin et où pour avoir raison il faut crier le plus fort) ;

-      l’amorce d’un dialogue national inclusif (une bouteille de vin à la mer, sans message ni bouchon – noyade assurée) ;

-      tracer une feuille de route (exercice d’écolier entre deux leçons de grammaire et où la seule règle est celle de son camarade de table) ;

-      une réforme profonde du secteur (action à périmètre restreint, à visée verticale et à effort horizontal). »

Langues d’oiseaux à volonté 

Pour conclure, disons que lorsque les bonnes intentions, et même les meilleures à priori, usent d’un langage aussi ésotérique, seul compréhensible des habitués de l’entre-soi, le profane n’y pipe mot. Ce conciliabule annoncé, qui tramerait les plus improbables issues à l’école, dans le dos du citoyen (et non derrière), à son insu et souvent au grand dam de sa progéniture, annonce un somptueux surplace régressif pour la nation.

Nous venons de subir un hermétisme insondable et impénétrable qui situe la communication (cet art de dissimuler ses pensées) sur une strate supérieure et inaccessible pour le commun des mortels : « ce qui se pense bien ne doit jamais être clairement énoncé. » D’aucuns évoqueraient la langue des oiseaux, nous parlons du viol symbolique de l’esprit humain.

Pour ne pas vous laisser sur votre faim, Bururu qui, comme tout le monde le sait, est un oiseau nocturne propose un exemple Level 01 pour matérialiser la subtilité dont il est question: Dites à votre voisin que vous avez dans votre jardin « une plante vertigineuse ». S’il n’est pas aveugle, il comprendrait tout sauf une chose : vous avez une plante ayant une tige verte si haute qu’elle donne le vertige à tout regard qui voudrait en saisir le faîte.

Exercice d’application : interprétez dans la langue d’un oiseau de votre choix, y compris ceux de la basse cours qui recourent bassement à tous les noms d’oiseaux pour s’apostropher les uns les autres, la phrase suivante : « Je rêve de bâtir un pont suspendu entre deux nuages.»

Abdenour BOUHIREB



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