La révolte du coucou

Bururu est tout circonspect et honteux. Il a raté avec vous son rendez-vous de la semaine écoulée. Ce n’est pas dans ses habitudes, mais bon. Bururu avait eu fort à faire dans la basse-cour où il occupait, jusque-là, le poste éminemment stratégique de gardien de parking. Et pour cause, de drôles d’emplumés avaient déclenché une guerre civile au sein du poulailler. Terrible même cela n’est pas encore la révolution.

Et, figurez-vous que cette révolte avait été conduite par un … coucou, connu pour être un rapace raté, un ramasseur d’asticots et un pique-assiette des volières de seconde zone. C’est dire que les temps ont bien changé.

Quelle fut grande la surprise de votre serviteur en voyant, depuis son perchoir, un blanc-bec haranguer les foules et exiger qu’il soit investi roi des bécasses ad vitam aeternam, jusqu’à ce que mort s’en suive!

Les pauvres cailles transies de froid étaient subjuguées par le lyrisme charmeur de cette pie voleuse qui lorgnait les fonds de bouteilles dans les mangeoires et bavait d’envie d’y glisser sa … caroncule fétide. Comme disent nos grands-mères, à défaut de grives on mange des merles. Un coucou, tu penses !

Ruh ya zman, adji ya zman … un quart d’heure après, Bururu avait convoqué une assemblée constituante (enfin, vous comprendrez plus loin qu’il s’agissait surtout d’une « destituante ») en y invitant tout ce que la savane Nat Tezgi comptait comme porteurs de bec, gallinacées, échassiers et tétrapodes ailés, qu’ils sachent ou non vociférer en période de chaleur. El muhim, des boules de plumes sur pattes quelle que soit leur place dans le casting divin de la Création, y compris les grands aigles du Djurdjura, les condors des Bibans et les rapaces des contreforts de l’Atlas tellien.

N’allez tout de même pas penser qu’il était exigé à l’entrée pour ces créatures ovipares de pondre des œufs d’or pour prétendre prendre place au sein de ce cénacle d’emplumés car chez eux il n’existe pas encore d’article 120!

Bon, après avoir pu ramener un silence de mort au sein de la communauté, Bururu avait soumis au vote à main levée le projet d’Ordre du jour. Un vrai double dilemme pour lui, meskin. Un : aucun oiseau ne peut voter à main levée étant donné que la nature avait omis de lui en fournir, lui fourguant à la place une paire d’ailes dont se passerait même un pingouin des hauts marécages kabyles. Deux : Comment parler d’ordre du jour pour un hibou qui naturellement ne vit que la nuit. C’est ce que les anciens du département des sciences exactes de Oued-Aïssi appellent la quadrature du cercle polaire.

Ma3lic, en revenant sur les drames biologiques occasionnés par la théorie de l’évolution sur les espèces anthropoïdes endémiques, Bururu avait promis à cet aréopage de porteurs de plumes de soumettre leur réclamation au service après-vente de la Création pour corriger ces deux énormes erreurs techniques et de conception dans leur prochaine livraison. Dont acte.

Une fois le calme revenu, Bururu avait fait adopter et l’ordre du jour et le bilan thermique de cette chamaillerie. Puis, prenant l’air majestueux, il racla sa gorge détruite par des hectolitres de sirop éthylique et annonça devant les oies médusées sa décision irrévocable de quitter son poste de gardien de parking sine die.

Pas la peine de vous narrer les hourras réjouis pour certains et attristés pour d’autres, que cette annonce fracassante n’avait pas manqué de faire éclore au sein de ces volailles.

Sommé de s’en expliquer, Bururu avait sorti un argument massue (du nom du Général qui avait créé cette masse de ferraille accrochée à une poignée en bois et avec laquelle on attendrit les magrets de canard) : « désormais, je refuse d’assumer ce rôle de gardien de parking depuis que j’ai découvert que je ne suis pas un rottweiler mais un hibou. Point bar !!!», (Vous avez bien lu : bar et non barre. NDR), leur lança-t-il.

Pris de pique-nique, oups non de panique, le coucou du haut de ses barricades encore fumantes, s’était lancé comme une frégate piquant sur une daurade dodue et dépressive de la méditerranée, et s’installa sur le tabouret maintenant vide et délaissé par Bururu.

S’en suit une bagarre générale entre les pondeuses d’œufs sur le partage du pouvoir. Le fracas des corps à corps retentit dans tous les coins du bled Mikey et l’on dénombra, au soir venu, trois becs démolis, deux pattes de pigeons voyageurs écrabouillés, des plumes par tonnes et quelques calottes sanguinolentes.

Heureusement que dans les parages, nageant entre deux courants d’air ascendants, une patrouille de faucons, commandée par une buse pleine de ruse (ce n’est pas vrai mais ça rime tout de même !!!), les belligérants furent séparés par le mur du son que la connerie humaine traverse allégrement tant sa force intrinsèque est rétive à toute tentative de domestication. (N’essayez pas de lier cette dernière phrase au reste du texte, vous risquerez le tournis sémantique).

A noter que le coucou avait été aussitôt banni de la ménagerie et condamné à faire mouvoir entre deux collines oubliées un œuf d’autruche tel Sisyphe dans l’ancien temps. Depuis, on le désigna du nom Si Zypht, pour rappeler la noirceur de ses desseins.

Depuis, la vie autre fois bruyante dans la basse-cour avait été mise en sourdine, promesse de longues nuits sereines et paisibles pour Bururu qui se dit que décidément il n’avait rien à partager avec ces indignes descendants du Dieu Amon. Amen !!!

Abdenour BOUHIREB



Législatives 2017 : votez Lavoisier !

Il parait qu’on a convoqué le corps électoral pour début du mois de mai. Et dans cette histoire Bururu est ébahi devant les mystères de la langue française : Comment, par un simple substantif au singulier même s’il a un S au cul du corps, on peut nommer et prendre par la brassée sémantique une nuée de sauterelles votantes de plus de 20 millions d’unités et les mener tambour battant pur converger vers le même échafaud électoral où s’obscurcissent les horizons démocratiques les plus radieux. Axatar, même si elles formaient la même unité organique, ci-devant Corps, ces criquets d’un genre nouveau qui butinent en sautant d’un pré-carré politique à un autre, n’en sont pas moins le signe de la multitude dans sa forme la plus diversifiée qui soit. D’aucuns diront qu’on est en présence d’une tautologie mais on s’en fiche comme du dernier décret royal portant régime électoral. Bref, Bururu n’a rien compris de la sociologie de ces essaims qui se délectent d’élections.

Bien plus, une sauterelle comme son nom l’indique, saute d’une herbe idéologique à une autre, d’un potager politique à l’autre et d’un marécage partisan à l’autre en se repaissant de tout ce qui dépasse le niveau zéro du débat d’idées, et de toute brindille qui affleure à même la terre des miracles bidouillés.

Notons surtout qu’une sauterelle aime gambader entre les clairières fleuries où sent bon l’argent de rétribution pour service rendu, les dessous de tables qui exhalent la fin des repas, ou sur les sentiers parsemés de miettes de ripailles, etc. Depuis la nuit des temps bibliques et publics, une sauterelle n’est mue que par un seul leitmotiv sacerdotal, bouffer en attendant de mourir. Telle la moissonneuse batteuse bionique, elle fauche les jeunes pousses démocratiques avant terme en nous promettant de semer à leur place les graines des discordes futures et fratricides. Rien d’autre ! Le printemps n’en sera que plus beau …

Et ne venez pas lui mettre la pyramide de Maslow sous le nez et lui faire l’outrage de lui indiquer qu’elle n’est qu’au rez-de-chaussée de son accomplissement viatique, à notre gentil insecte. Notre sauterelle n’a pas été à la Fac des sciences économie ni n’a eu son Bac dans un lycée technique car chez ces gens-là, on ne triche pas Monsieur, on ne triche pas. Enfin pas là où on les y attend. Car, en matière de fourberie, une sauterelle est capable de vous renifler le délice de l’odeur nauséeuse du traficotage électoral des années avant la fin de la mandature. Et y foncer la tête baissée. D’’ici-là, forcément, elle est toujours en quête de survie, de bouffetance et de copulation. Daya. Un guerrier, même émargeant au registre du mercenariat national, ça se repose a mimi ! En attendant la prochaine jouissance électorale. Youpi !

Et nous y sommes. Ihi, comme Bururu vient de vous le dire, ces bestioles dont le seul battement d’aile arrive à créer le chaos politique contrairement au papillon usurpateur de légende, affectionnent les scrutins où le jeu consiste à transformer les boites électorales en urnes funéraires où reposeraient en paix les espérances populaires de lendemains meilleurs. Paix à leur âme.

Vroum, et les voilà emportant sur leur passage nos votes et nos illusions de changement pacifiques. Comme des experts Es-alchimie, ils transforment les choix populaires en plébiscite pour le roi, en onction pour le vizir et en adoubement chevaleresque pour le seigneur. Haha ! Il reste à crier au loup pour qui croie encore aux histoires du petit chaperon rouge-sang.

Emplis de sagesse empirique ces sacrés criquets, l’urne vide, ils se plaignent et pleine, ils vous la vident pour paraphraser je ne sais quel épicurien en terre du Croissant. Au mépris des lois de la physique et des sciences naturelles, sayidati !!!

Les sauterelles ne tombent pas forcément des nues. Comme les Navy Seals, elles maîtrisent le ciel, la terre et la mer. Elles sont dans l’urne, devant le bureau et derrière le décor. Elles occupent le haut de l’affiche électorale, l’en-tête des décrets et le bas des signatures Post-scriptum. Et surtout, elles hantent les isoloirs sans lumière.

Comme de véritables maîtresses de l’enchantement, elles créent tout d’un rien au grand dam de Lavoisier et font disparaître le tout dans le néant. Vous voilà averties bandes de brebis.

Abdenour BOUHIREB



Une main de l’étranger bien de chez-nous

Bururu n’en peut plus ! Il en a ras la crête qu’on convoque à chaque fois la main de l’étranger pour désigner le responsable d’une saloperie faite par tawa3na.

Dès que ça commence à frémir sous la croute, que ça se lézarde de partout, on crie au loup, enfin au loup étranger bien sûr, puisque les nôtres ont été bien domestiqués après avoir regagné la maison de l’obéissance du monarque.

Dans le présent propos, il ne s’agit pas de sa petite personne. Rien n’à déclarer madame la marquise puisque, comme vous le savez, Bururu en gallinacé des temps modernes, n’a pas de mains mais des ailes. En cela, il a la dextérité d’une oie mais ce n’est pas le propos. Il a une paire d’ailes au duvet satiné qui jamais ne feront misère à personne. De-là à le soupçonner de truanderie ou de quelque complot ourdi à l’encontre de l’unité nationale, c’est se mettre les cinq doigts de la main dans l’œil jusqu’à l’aisselle.

Yerna, pour pouvoir orchestrer tous ces malheurs sur notre chère patrie, une main, aussi étrangère soit-elle, ne suffirait nullement. Même toutes les mains de la mille-pattes ne sauraient provoquer tant de déconfiture multisectorielle. Un vrai carnage, a3aqqqq!

Pauvre main de l’étranger, elle a bon dos, vas ! On la charge de tous ces malheurs et elle, ni elle ne rouspète ni ne proteste. Une vraie main ferme.

Puis, aya chiche, qu’on l’attrape et qu’on la coupe et pis sitou. Qu’on en finisse bon sang avec cette main diabolique et baladeuse (pensez aux files d’attente…) qui se faufile, revoilà la mille-pattes, dans nos contrées pour y semer la zizanie et dézinguer nos acquis révolutionnaires pays rubis sur ongle.

Ainsi donc, en un tour de main, de manifs voulues pacifiques sont sabordées, des édifices publics incendiés, des symboles dégradés, des stabilités déracinées, etc.

Du haut de son perchoir virtuel, Bururu en appelle à la justice des hommes ongulés pour qu’elle ait la main lourde sur cette vilaine main de l’étranger. N’était-elle pas déjà impliquée dans le fameux meurtre camusien, souvenez-vous, en donnant un coup de main de maitre à un Mursaut délirant et aveuglé par le soleil divin ? Pour preuve, l’affaire portait le nom de l’étranger, de l’aveu de son auteur, non ? Ajoutez-y une main malheureuse et le dossier sera clos. A moins que ce soit, comme autrefois, la main de Dieu qui avait marqué par le biais d’un joueur mythomane un but mythique, quant à lui.

Ou, admirez la trouvaille, on accuse promptement cette main de l’étranger d’être derrière la raréfaction des produits alimentaires alors que le vrai coupable et qui est connu et reconnu de tous n’est autre que la main invisible du marché. C’est à celui-ci qu’il faut tordre la main. On les voit, par contre, ceux-là qui viennent devant les écrans de télé, la main sur le cœur (l’autre sur la panse), ou ce qu’il en reste, jurer par tous les saints qu’ils vont défendre la patrie blessée contre la convoitise de cette main de l’étranger. Mais comment feraient-ils quoi que ce soit eux dont le seul art abouti est celui de voter à main levée les oukases de leurs seigneurs.

Une main étrangère peut-elle pousser un peuple à se battre à mains nues contre la mitraille pour recouvrer ses droits et sa dignité que des mains de fer ont spoliés ? Non, cette main est bien de chez-nous, c’est celle qui met la main à la pâte pour bâtir un avenir meilleur et rester digne. Une main qui se portera jusqu’au collet de ceux qui l’ont longtemps châtiée pour se venger de tant de traitrise.

Bururu vous le dit franchement : Si vous n’aviez pas deux mains gauches à la place de la cervelle, vous n’auriez qu’à apposer une main de Fatma sur vos châteaux et vos forteresses pour éloigner le mauvais œil, car il ne vous reste que cette amulette pour sauver votre règne, bande de mollusques des haut-fonds.

Quant à nous autres, gens que vous avez déplumés depuis des lustres, nous vous tendons une main pas du tout amicale avec le majeur replié pour vous dire le secret de toute notre sympathie. Aya saha !

Abdenour BOUHIREB



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