Morale et mots qui râlent

Les nuits se suivent et ne se ressemblent pas apportant, chacune au petit matin, son lot précoce de nouvelles incertaines qui, pour le moins que l’on puisse dire, aggravent les insomnies de votre serviteur, Bururu.

Cette fois-ci, le canard boit-tout et boiteux, se levant chaque matin au soir venu, nous révèle avec une pointe d’ironie « périscoopique » que « (…) des chauffeurs ou des agents de sécurité avaient été recrutés avec le titre de «conseiller du directeur général (…)» au sein d’une entreprise publique spécialisée dans la publicité.

Passons sur le conditionnel passé qui devait, dans ces conditions, éviter de devoir passer dans le registre de la calomnie et précisons, à ce stade de la narration, que la boite en question est un moulin à vent qui carbure au gaz public et, comme un sac troué, distribue du blé (au propre comme au figuré) à l’ensemble de la volaillerie DZ, mis à part un ou deux emplumés exclus du festin céréalier et qui, eux, préféraient picorer dans la tourbe les lombrics et autres vermines de cet acabit.

Où est le hic alors, me demanderiez-vous ? Aucun, mis à part le fait qu’avoir un chauffeur ou un agent de sécurité, ayant pour titre « conseiller du directeur général« , doit chercher, au minimum, dans le Bac+5 dans l’argus des emplois avec vue sur ascenseur social. Il faut être un 007 ou un Top Gun avec la bosse des mathématiques « dromadériennes » pour caracoler dans ces airs stratosphériques de la compétence et conseiller le boss d’un machin public qui vend des trompettes de la renommée pour paraphraser Brassens.

Bururu donnerait sa collection de livres et son pendentif à l’effigie de … Bururu him-self, pour jeter un coup d’œil sur la fiche de poste de ces pilotes et ces cerbères de PDG de haut vol ! Que devaient-ils accomplir comme missions impossibles pour mériter le rang de vizir ? Lire les Milles et Une Nuits en verlan ? Conduire à l’aveugle un chameau ivre sans caler sur le prochain dos d’âne ? Protéger le chef contre le mauvais sort sans recourir à un pneu usagé accroché sur le fronton du siège social ? Bec cousu et boule de plumes.

Heureusement que pareils oiseaux rares ont laissé des traces indélébiles dans l’histoire du management et de la bonne gouvernance, pour peu qu’on sache chercher dans les bons recoins du net ou demander à Google le druide big-brotherien.

L’esclave philosophe VS le chauffeur body-garde

Et c’est à ce moment-là du scénario que Bururu se souvient d’une histoire antique et authentique faisant son héros d’un esclave philosophe du temps de la Rome conquérante.

Les chroniques des érudits rapportent à l’unisson que le triomphateur (qui a vu, vécu et vaincu), de retour devant son peuple l’acclamant, s’empêchait d’avoir la grosse tête et de croire lui-même au délire de son aura divinement glorieuse, par le truchement d’un esclave-philosophe chargé de lui souffler comme au théâtre des mots réfrigérants :

Tel un GPS invisible et dopé à la sagesse, l’esclave était assis aux côtés d’un César aux lauriers chargés de tributs pris aux peuplades qu’il venait de soumettre. Gorge profonde des temps anciens, il murmurait à l’oreille dudit empereur debout sur son char, cette réplique aujourd’hui encyclopédique: « En regardant derrière toi, souviens-toi que tu es un homme. »

Et si Bururu devait plaider la cause de notre chef d’entreprise publique, dans le cas où un procès lui serait fait pour ses recrues d’un genre nouveau, il dirait ses mots qui râlent :

« Permettez-moi, Monsieur le juge, de vous dire à quel point mon client, pauvre PDG de son état, pourrait avoir besoin, à chaque mission, d’un chauffeur ou d’un agent de sécurité pour lui rappeler, comme un miroir, son humanité chancelante à tout instant et ciblée de toutes parts par les apparats de la vie mondaine. Vous le savez mieux que quiconque, Monsieur le président de ce tribunal, le pouvoir fascine, corrompt et procure un vertige qui ne se soigne pas avec un cachet de Paracétamol à 500 mg. L’esseulement est si tenace à l’arrière de son Audi A8. Et la sellerie en cuir, les vitres fumées et les sièges chauffants ne font qu’accentuer l’ivresse de la puissance qui ne connaît pas de marche-arrière sur l’autoroute de la gloire.»  

Pas bête l’animal!

Enfin, les lignes qui précédent nous prouvent, si besoin est, que la bonne marche d’une boite cubique ne doit pas s’accommoder des chemins pavés de bonnes intentions, même s’ils doivent mener tous à Rome. Elle gagnerait, plutôt, à emprunter des sentiers de traverses, des routes buissonnières et couper à travers champs pour sauvegarder son humanité que le moindre sentiment de puissance pétrit comme une pâte feuilletée et sur laquelle le destin phantasme d’apposer des gribouillis invivables mais funestes.

De nos jours, le chemin de crête est certes moins sûr pour prendre des selfies, mais plus grisant avec une expérience de vie plus édifiante pour celui qui ne rechigne pas à retrouver la posture quadrupède. Car l’homme, animal doué de raison, n’a pas forcément raison d’oublier son animalité essentielle. D’où les nounours qu’on offre aux nouveaux nés pour leur rappeler que l’humilité est l’unique planche de salut, en attendant les gardes de côtés.

Pour rester dans un registre animalier au format 4 mains, méditons l’épisode où Zarathoustra s’était endormi sous un arbre en fruits. Moment propice pour un serpent intrépide de lui porter un baiser au cou en signe de sa fatale amitié. Ce qui fit sursauter le sage criant de douleur. Devant pareille mésaventure, la vipère, ayant reconnu le prophète, se confondit en excuses et prit ses jambes, qu’elle n’a pas, à son cou.

Zarathoustra retint, alors, d’une main le serpent par sa queue et de l’autre son cou en sang. Il remercia le reptile d’avoir raccourci sa sieste tant sa route était encore longue. Et la vipère rétorqua que son poison allait rendre encore plus courte son aventure pédestre. Zarathoustra eut sa réplique si culte que nous vous la livrons en VO : « Quand donc un dragon mourut-il du poison d’un serpent ? Mais reprends ton poison ! Tu n’es pas assez riche pour m’en faire cadeau.»

Abdenour BOUHIREB



Débits de boissons, « fermer pas ouvrir ! »

Par ces jours de canicule et de soif chronique, il est tout de même édifiant et moins désaltérant de constater, la gorge sèche, combien ce contexte de crise sanitaire peut servir de révélateur et de prétexte à des intentions inavouées des gouvernants. Legs des questions non tranchées faute de fil à couper du beurre.

Il en est ainsi de la reprise de l’activité économique, donc productive, en Algérie, en particulier, celle des boissons alcooliques (dont la consommation présente un risque sur la santé.)

Pourtant, en date du 04 juin dernier, l’agence de presse officielle, répercutant un communiqué des services (à eau) du premier ministère, note ceci : « (…) Par ailleurs, le plan de reprise progressive et graduelle à partir du 14 juin 2020 des activités commerciales et économiques dans sa deuxième phase, concernera d’autres activités qui seront identifiées et arrêtées par les pouvoirs publics en fonction de l’évolution de la situation sanitaire et du comportement des usagers. Il s’agit notamment de certaines activités de transport par taxi ainsi que la restauration et les débits de boissons, dont l’organisation sera précisée en temps opportun (…).»

Vous rétorquerez, à raison, qu’il manque un adjectif pour mieux cadrer le propos. C’est compter sans l’apport du syllogisme socratique : tout liquide qui se boit est une … boisson ; le vin se boit. Donc le vin est … une boisson. Il ne manque que le débit qui marche mieux si vous ouvrez les vannes. Et là est tout le drame puisque aucun temps ne semble jamais opportun.

« La virgule m’a tuer« 

Ainsi, débit de boissons, qui rime avec joies bachiques, connaît, comme qui dirait, un goulot d’étranglement. Quid de toute précision sur l’organisation en question, jetant à la marge de la loi, des milliers de points de vente de boissons alcooliques qui, parfois et la porte à demi ouverte, fournissent des consommateurs dans des conditions sanitaires incertaines. Un état de fait qui favorise, surtout, la pratique de la contrebande d’un produit sensible et pourtant fortement réglementé.

Plus récemment, la même agence de presse toujours officielle, presque en trinquant aux succès des services de sécurité, fit état de l’arraisonnement et de la saisie d’un chargement de boissons alcooliques dont on ignore l’origine et la destination. Episode anecdotique mais, en la matière, une bouteille suffit à faire le printemps éthylique.

Question à deux canettes vides ou à deux bouchons de liège: les brasseries battant pavillon algérien ont-elles remis en marche leur chaines d’enfutage ou non ? Si oui, qu’en est-il de leur production ? Pourquoi les points de vente n’ont-ils pas suivi ? Cette activité fait-elle les frais de l’action restrictive que la loi semble donner aux walis et autres invisibles potentats locaux ? Si oui, qu’elle en est la raison sanitaire ou sécuritaire qui justifie ce recours ?

Cela nous replonge dans une ère qu’on pensait révolue où même une virgule pouvait tuer un prisonnier.

Requiem pour un verre vide

Pour les amateurs de bulles pétillantes et « émoussantes » (et au sujet desquelles Bururu recommande la modération), la coupe est pleine, enfin non, elle est à moitié vide. Non, vous l’aurez compris, les robinets sont à sec au propre comme au figuré.

Au sens strict des « process » de production avec ses incidences sanitaires, la filière de boissons alcooliques n’est « ni moins pire ni plus pire« , comme semble le penser l’autorité, que celle de fabrication de soda « obésifiant » ou des jus de fruits sans fruits. A moins de confondre un flacon de gel hydro-alcoolique avec un magnum chambré et heureux de quitter sa cave, ou de siroter une bière à travers le masque FFP2 qu’on aurait oublié de retirer avant, rien ne peut justifier un tel ostracisme qui confine à la prohibition de sinistre mémoire et qui ne dit pas son nom, bien que reconnaissable à son odeur nauséabonde comme du vinaigre.

Cette bouteille que je ne saurais boire !

On conçoit qu’on ne puisse pas, dans l’immédiat, rouvrir les bars-restaurants ni permettre aux clients de s’accouder aux zincs des comptoirs en acajou, propices à la promiscuité et aux échanges vaporeux des postillons qu’aggraverait l’état d’ébriété, mais qu’est-ce qui justifie l’interdiction, non écrite sur l’ardoise du plat du jour, la commercialisation d’alcool pour une consommation privée ? Rien, ou plutôt une chose : la bigoterie non assumée baignant le pays depuis des lustres. Une sorte de « couvrez ce sein que je ne saurais voir « , pour reprendre la réplique proverbiale de Molière.

Autant confier les destinées des libertés individuelles à un Savonarole des temps modernes !

Cette omission signe-t-elle l’incohérence des gouvernants ou est-elle un indice de sa rechute névrotique dans les abîmes du conservatisme rigoriste et moral? Une activité à peine tolérée « du temps des jours de Dieu », comme dirait Feue ma grand-mère qui, elle, préférait le petit-lait au vin (mais ce n’est pas héréditaire, Dieu merci), voilà que le dé-confinement semble offrir l’opportunité idoine pour régler son compte à une industrie florissante, légale et créatrice de richesse.

Si l’autorité derrière cette forfaiture à l’épicurisme venait à souffler dans l’alcootest de la bonne gouvernance, elle perdrait, sur le champ, tous les points de son permis de conduire les affaires publiques avec séjours en cellule de dégrisement.

Au sommet du pic du zénith du summum de l’apogée de la crise Covid-19, on a bien toléré que des partis politiques, en laisse, tiennent leur congrès pour adouber les nouveaux maitres, on a bien autorisé un vassal de province à faire table ouverte lors d’un festin public, mais on rechigne à libérer du confinement des bulles qui ne demandent qu’à pétiller et à rendre le sourire à des visages sous pression et qui commencent à avoir le vin mauvais.

Ce jour viendra. Santé !

Abdenour BOUHIREB



De quoi la source anonyme est-elle le nom ?

Un quotidien qui parait le matin, comme son nom ne l’indique pas puisque il s’appelle « Le Soir », a eu l’ingénieuse idée de nous faire part d’une révolution en cours au sommet de la tour d’avoirs. Oups! d’ivoire.

Et que nous raconte-t-on sur les colonnes crépusculaires de ce canard pourtant matinal ? On y apprend que le roi, l’an de grâce matinée à peine entamé, a décidé que les choses ne devaient plus aller dans le royaume comme elles le faisaient jusque-là, c’est-à-dire remontant comme l’esturgeon le fleuve à contresens. Mais c’est sans compter sur la résistance du château fort pas faite que contre les envahisseurs.

Sans consulter les faiseurs de roi, qui, eux, sont tapis dans l’ombre chinoise qu’est le théâtre du pouvoir, le souverain, pensif au coin du feu, s’est dit, un soir, qu’il était urgent de mettre un coup d’arrêt au statuquo prévalant au sein de sa cour.

Il était temps, les écuries d’Augias méritaient un coup de chiffon après la résiliation, avec fracas, du contrat il y a plus d’une année de l’ancienne compagnie de nettoyage et de siphonage qui passait l’aspirateur même dans les poches intérieures des tenues de travail. Bref.

Et comme avant de prendre un bain, il n’y a rien de mieux que de se brosser les dents avec force gargarismes post-bombance, le roi s’est intéressé, nous dit le canard bavard, aux … cuisines, lieux de tous les plaisirs gourmands, des péchés du ventre et des luttes à couteaux tirés. C’est décidé désormais, tout le monde sera logé à la même enseigne. Exit les places VIP: vizirs comme courtisanes, chevaliers comme palefreniers, écuyers comme domestiques, tout le monde mangera à table, n’y posera pas ses coudes, mastiquera en silence et, surtout, n’oubliera pas de payer sa ration alimentaire, déclarée au fisc au réel.

Une fois le repas terminé, comme il est de bon temps de faire la sieste en se retirant, chacun dans sa loge, le souverain vient de décider qu’il était interdit d’apposer le sceau officiel du royaume sur la cire encore fumante pour sceller les missives personnelles, écrites dans la moiteur des après-midis oisifs et transmises par porteur (comprendre par pigeon ramier qui ne finit pas de ramer), qui pour renouveler son abonnement prépayé, qui pour annuler le rancard du lendemain à sa dulcinée ou vendre sa voiture sur Ouedkniss.

Pronom indéfini mais sûr !

Mais comme Bururu, vous me diriez : d’où est-ce que le canard tient-il cette information sur la révolution en cours ? Aucun troubadour ne s’est proposé de nous en faire la chronique. Pas un medah n’a battu le bavé pour chanter sur tous les toits les édits du roi ! Alors, qu’elle en a été la source ?

Pourquoi chercher midi à quatorze heures, puisque il est déjà minuit quelque part ? Le canard le dit lui-même : il tient ça d’une « source sûre » et pour laquelle il a été assuré un anonymat digne d’un pronom indéfini. Ce serait donc un des garçons d’écurie, trop heureux de pouvoir diner, enfin, aux cotés des gens en armes du château, qui s’est empressé d’en faire la confidence au premier emplumé qu’il a croisé revenant de la cueillette des champignons pour le lunch de 14h00. A moins que ce ne soit, avec des intentions tout à fait opposées, une courtisane aux jupons de soie, horripilée de devoir prêter l’oreille, à l’heure du souper, aux baragouinages des roturiers, rendus par le décret royal trop proches.

Mais dans les deux cas de figure, le roi aurait omis d’interdire à sa cour de divulguer ce qui se dit dans ses appartements ou dernière les murs épais de ses donjons, aux premiers venus de ses sujets. Car cette fonction a un titulaire en la personne du crieur public. Loin de vouloir rester anonyme, il s’identifie auprès de son public qu’il rameute à l’aide d’un tambour ou d’une trompette. Oyez! Oyez!

Cela est vieux comme le monde et est antérieur à l’invention de l’électricité : pour court-circuiter un projet de nature à contrarier ses intérêts indus, rien de mieux que de multiplier les rumeurs, les fuites d’informations non vérifier, alerter tout le monde et forcer le maitre de l’ouvrage à réagir au lieu d’avoir la primeur de l’action.

Cette ruse a un nom, les « intrigues de palais ». De quoi donner l’idée au génie d’Aladin de rester dans sa lampe…

Abdenour BOUHIREB



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